Evangéliques chrétiens & Ultra-orthodoxes juifs : pourquoi sont-ils si duremement touchés ?

 3 villes ultra-orthodoxes moins peuplées ont chacune plus de cas que Tel Aviv : Il s’agit de Beit Shemesh, Elad et Modiin Illit, dont certains habitants sont accusés de ne pas suivre les mesures

Des policiers ferment des synagogues et donnent des amendes aux Juifs Haredi dans le quartier de Boukharim à Jérusalem, suite aux restrictions imposées par le gouvernement dans le cadre des efforts pour contenir la propagation du coronavirus, le 6 avril 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Des policiers ferment des synagogues et donnent des amendes aux Juifs Haredi dans le quartier de Boukharim à Jérusalem, suite aux restrictions imposées par le gouvernement dans le cadre des efforts pour contenir la propagation du coronavirus, le 6 avril 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

La communauté ultra-orthodoxe d’Israël continue d’être affectée de manière disproportionnée par l’épidémie de coronavirus, ont montré les données épidémiologiques publiées jeudi par le ministère de la Santé.

Les villes de Beit Shemesh, Elad et Modiin Illit ont chacune plus de cas actifs que Tel Aviv, le deuxième centre de population du pays, selon l’ensemble des données.

Tel Aviv, avec sa population de 450 192 habitants en 2018, compte actuellement 202 cas actifs, tandis que Beit Shemesh en compte 320, Elad 243 et Modiin Illit 252. Ces trois villes ont une population combinée de seulement 241 380 habitants.

Au début de ce mois, un haut fonctionnaire du ministère de la Santé aurait demandé que Elad et Modiin Illit soient déclarés zones sous quarantaine, permettant ainsi au gouvernement de limiter davantage les déplacements dans ces endroits afin de limiter la propagation du virus. Finalement, de telles mesures ont été déclarées pour Bnei Brak, la plus grande ville ultra-orthodoxe d’Israël, et des quartiers Haredi à Jérusalem.

De nombreux membres de la communauté ultra-orthodoxe ont tardé à respecter les règles de distanciation sociale et ont d’abord résisté à la fermeture des écoles et des synagogues, ce qui a entraîné des taux de contamination particulièrement élevés.

Certains membres de mouvements extrémistes ont continué à ignorer les réglementations sanitaires et se sont heurtés aux forces de sécurité qui tentaient de faire respecter les normes.

La capitale Jérusalem est toujours en tête du pays, avec 2 341 cas actifs, la plupart situés dans les quartiers de Haredi. Elle est suivie par Bnei Brak avec 1 753 cas. La majorité des villes figurant dans la liste des dix premiers cas de contamination par habitant sont majoritairement ultra-orthodoxes.

Depuis le début de la pandémie, Israël a connu 14 592 cas cumulés de coronavirus, dont 5 334 se sont rétablis depuis et 107 sont actuellement sous respirateur. Il y a eu 191 décès.

La semaine dernière, le gouvernement a assoupli les mesures de quarantaine d’urgence bloquant l’entrée et la sortie de Bnei Brak et de certaines parties de Jérusalem, et a levé d’autres restrictions dans tout le pays.

Le mois dernier, la Douzième et la Treizième chaîne ont toutes deux indiqué que les personnes ultra-orthodoxes représentent environ la moitié des patients atteints de coronavirus traités dans les principaux hôpitaux du pays.

La taille importante des familles Haredi et le fait que beaucoup de leurs communautés sont situées dans certaines des zones urbaines les plus denses d’Israël ont également rendu la lutte contre le virus extrêmement difficile.

 

 

L’histoire exacte des commentaires du grand rabbin de Strasbourg sur le COVID-19

Le Times of Israël rejette toute accusation de “sensationnalisme” soulevée à son encontre par Harold Abraham Weill sur le site Internet de France 3 Régions

Le personnel médical attend qu'un patient infecté par le COVID-19 soit embarqué à bord d'un train à grande vitesse TGV médicalisé à la gare de Strasbourg, dans l'est de la France, le 3 avril 2020, lors de l'évacuation de 24 patients vers des hôpitaux de Bordeaux dans le sud-ouest de la France. (Crédit : PATRICK HERTZOG / POOL / AFP)

Le personnel médical attend qu’un patient infecté par le COVID-19 soit embarqué à bord d’un train à grande vitesse TGV médicalisé à la gare de Strasbourg, dans l’est de la France, le 3 avril 2020, lors de l’évacuation de 24 patients vers des hôpitaux de Bordeaux dans le sud-ouest de la France. (Crédit : PATRICK HERTZOG / POOL / AFP)

Samedi 28 mars, le Times of Israël publiait un article intitulé « La majorité de la population juive de Strasbourg serait atteinte du Covid-19 », citant des propos du grand rabbin de Strasbourg et du Bas-Rhin, M. Harold Abraham Weill, prononcés le vendredi 27 mars lors d’un entretien téléphonique (en hébreu) avec la journaliste Nurit Canetti de Galei Tsahal, la radio de l’Armée israélienne.

Mais dans une interview publiée le 30 mars sur le site Internet de France 3 Grand Est et accordée à la journaliste Sabine Pfeiffer, le grand rabbin niait catégoriquement avoir tenu ces propos et accusait longuement le Times of Israël d’avoir écrit un article « cédant au sensationnalisme ».

Nurit Canetti : Et maintenant, nous sommes à Strasbourg, avec le rabbin Abraham Weill, membre du Conseil des rabbins d’Europe. Bonjour.
H. A. Weill :
Shalom et bonjour.

Vous avez vous-même été atteint du coronavirus il y a environ deux semaines, n’est-ce-pas ?
Oui, exactement, oui.

Comment vous sentez-vous ? 
Bien, grâce à Dieu, je me sens beaucoup mieux aujourd’hui. C’est long, ça prend, je crois, un peu plus de deux semaines à se remettre. Aujourd’hui, ça va et j’espère que ça ira mieux dans les jours à venir.

Vous êtes chez vous ?
Oui, je suis chez moi. Grâce à Dieu, je me sentais bien dès le début, malgré tous les symptômes. Bien sûr, j’avais de la fièvre, des maux de dos, de tête, une toux, mais pas trop fort, disons, et pendant pas trop longtemps. Les trois premiers jours je suis resté chez moi. La situation est tellement grave en France. Je n’ai presque rien à ajouter à ce qu’à dit votre invitée précédente…

…D’Italie
Oui, oui. C’est exactement la même situation à Strasbourg. Dans les hôpitaux, ils ne reçoivent plus ceux qui ne sont pas dans un état vraiment grave. J’ai parlé hier à un ami qui avait des symptômes beaucoup plus forts, qui était dans une situation vraiment dangereuse, et après une semaine pendant laquelle la fièvre n’est pas descendue, et avec une toux, et des difficultés à respirer, quand il est arrivé à l’hôpital, ils lui ont dit de rentrer chez lui, qu’ils n’avaient pas de place. « Si vous voyez que c’est vraiment dangereux, revenez vers nous, mais en attendant, restez chez vous, vous serez mieux chez vous qu’à l’hôpital. »

La situation à Strasbourg est, de manière générale, très difficile, et particulièrement dans la communauté juive, n’est-ce pas ? De nombreux membres de votre communauté juive sont malades.
Exact. Exact. C’est vraiment un phénomène effrayant. Chez nous, il est difficile de dire précisément combien de personnes ont été contaminées, mais j’estime que 50, peut-être 60, peut-être 70 %, je ne sais pas. Ce qui est clair, c’est que la majorité de la communauté a été contaminée…

Ouaw. Comment expliquez-vous cela ? Est-ce dû à la présence prolongée des gens, quand ils ne savaient pas qu’ils étaient contaminés, dans les synagogues et les écoles ?
Exact. C’est très probable. Et aussi les fêtes de Pourim.

Exact.
Je pense que tout a escaladé la semaine de Pourim. Même si nous avions déjà pris quelques mesures, c’est-à-dire que nous sentions que la situation évoluait et devenait dangereuse, nous avions déjà pris des mesures très sévères à l’approche de Pourim, mais il semble que ça n’a pas suffi, avec les mishloah manot, ou chacun donne à son prochain, lui donne un mishloah manot et les gens vont dans les maisons les uns des autres. C’est évident que ça a permis au virus de se propager, c’est évident.

Quelle est la taille de la communauté de Strasbourg ?
C’est une très grande communauté. On parle de 20 000 Juifs. Il s’agit d’une communauté, qui est très, je vais dire, [inaudible] d’une certaine manière, intégrée à la vie de la ville. Tout le monde sait qu’il y a plusieurs synagogues à Strasbourg, qu’il y a une grande communauté, cela fait partie de l’histoire de la ville. Strasbourg est la communauté juive la plus ancienne de France et la communauté de Strasbourg est l’une des plus grandes d’Europe.

Y-a-t-il eu beaucoup de morts parmi les membres de la
communauté ? 

Pardon ?

Y-a-t-il eu beaucoup de morts, de la maladie ?
Grâce à Dieu, grâce à Dieu, sans vouloir donner sa chance au Satan, il y une personne qui était connue, pieuse, qui est décédée il y a exactement une semaine, Shabbat dernier, de cette maudite maladie, et nous prions pour qu’il n’y ait plus de décès dans la communauté. Il y a, de ce que je sais, une vingtaine de membres de la communauté, peut-être plus que vingt, parce que ça monte tous les jours, qui sont actuellement en soins intensifs, sous respirateur, dans le coma, dans une situation vraiment très grave. C’est possible que ce soit plus que vingt. J’espère et je prie pour qu’ils se rétablissent.

Et nous sommes avec vous. Vous arrivez, en tant que grand rabbin, à rester en contact avec les membres de la communauté, donner peut-être du hizouk rouhani (encouragements spirituels), peut-être par Internet ?
Exact. C’était très important pour nous, depuis le début. J’ai une équipe qui travaille avec moi qui fait un travail formidable et ils sont sur le terrain depuis le premier jour. J’ai une équipe tech qui s’occupe de l’aspect technique, et nous avons une plateforme Zoom active toute la journée, de 9h à 22h, qui propose tous les jours des programmes de cours, des programmes de toutes sortes, de musique, du matin au soir. Et aussi des prières collectives virtuelles, pour ceux qui souhaitent rester en contact, et des bénévoles qui appellent tous les jours des personnes âgées, isolées, seules chez elles et ils font, je ne sais pas, 500 appels par jour.

Rav Weill, savez-vous qu’aux Etats-Unis, particulièrement dans l’État de New York, des propos antisémites ont émergé, face à l’important taux de contagion au sein de la communauté juive de Brooklyn. Vous aussi, vous observez des appels à l’antisémitisme face à la contagion au sein de votre communauté et des autres communautés ?
Evidemment. Nous commençons à le voir sur Internet, sur Facebook, dans des dessins, sur le fait que les Juifs sont responsables de ce qui se passe. La ministre de la Santé [Agnès Buzyn], qui a démissionné il y a une quinzaine de jours, mais qui était en poste quand l’épidémie a commencé, elle est Juive, ou du moins son père est Juif, elle a un nom juif, elle est mariée à un Juif, qui s’appelle Levy. Tout le monde dit qu’elle savait avant, qu’elle voulait vendre le vaccin quand il arrivera…

Les autorités réagissent ?
Non, je pense que les autorités ont des choses plus graves à s’occuper. C’est ce qui passe sur Internet, on n’entend pas ça à la radio.

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Un éminent rabbin ultra-orthodoxe meurt du coronavirus aux Etats-Unis

Yaakov Perlow, qui dirigeait la dynastie hassidique Novominsker et Agudath Israel of America, avait mis en garde ses fidèles contre la pandémie

Rabbi Yaakov Perlow lors de la convention d'Agudath Israel of America en 2019 à  Stamford, dans le Connecticut (Autorisation/Agudath Israel via JTA)
Rabbi Yaakov Perlow lors de la convention d’Agudath Israel of America en 2019 à Stamford, dans le Connecticut (Autorisation/Agudath Israel via JTA)

JTA — Yaakov Perlow, éminent rabbin ultra-orthodoxe également connu sous le nom de Rebbe Novominsker, s’est éteint mardi des suites du coronavirus meurtrier.

Perlow, descendant d’une lignée éminente de rabbins, est mort à son domicile dans le quartier Borough Park de Brooklyn, à New York, à l’âge de 89 ans.

Perlow avait succédé à son père et était devenu le chef rabbinique de la dynastie hassidique Novominsker. Il avait également fondé les yeshivot Novominsk Kol Yehuda à Borough Park.

« Cette perte pour le peuple juif et pour Agudas Yisroel est inestimable », a fait savoir Agudath Israel dans un communiqué, utilisant une orthographe alternative du nom.

Le mois dernier, alors que le coronavirus commençait à se propager rapidement à travers les communautés juives des États de New York et du New Jersey, Perlow avait vivement recommandé aux membres de la communauté de prendre au sérieux les conseils des experts médicaux.

« Nous devons être informés des faits marquant cette maladie et de ce que les médecins experts, les spécialistes des maladies infectieuses, nous disent de manière unanime », avait-il clamé dans un message transmis par vidéo.

« Nous ne pouvons plus nous comporter aujourd’hui comme nous l’avons fait la semaine dernière ou il y a deux semaines. On nous dit que, selon la loi juive, on doit écouter les médecins, qu’il s’agisse d’un malade à Yom Kippour ou d’un malade dont l’état exige de profaner le Shabbat, et ainsi de suite », avait-il ajouté.

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15 résidents d’une maison de retraite juive à Amsterdam décèdent du COVID-19

Le taux de mortalité fait de Beth Shalom la maison de retraite la plus durement touchée du royaume ; l’infection a commencé peu avant son confinement total

La maison de retraite Beth Shalom aux Pays-Bas. (Beth Shalom via JTA)

La maison de retraite Beth Shalom aux Pays-Bas. (Beth Shalom via JTA)

AMSTERDAM (JTA) — Au moins 15 personnes sont décédées dans la principale maison de retraite juive d’Amsterdam. Le virus a également infecté 22 autres personnes.

Le COVID-19 a commencé à frapper les résidents de Beth Shalom à la mi-mars. L’infection est intervenue juste avant que les responsables de l’établissement n’imposent un confinement, a déclaré mercredi un porte-parole de l’administration médicale Cordann, qui dirige la maison de retraite, au quotidien Het Parool.

Le 4 mars, alors que les Pays-Bas comptaient des dizaines de cas confirmés de coronavirus, des enfants de l’école juive Rosh Pina ont rendu visite à Beth Shalom.

Les Pays-Bas avaient choisi l’option d’une politique relativement souple de confinement que le Premier ministre Mark Rutte a qualifiée de « confinement intelligent ». Les écoles, certains magasins, les salles de sports et les restaurants ont fermé ainsi que les maisons de retraite qui sont sous confinement total. Les transports publics restent opérationnels et il n’y a pas d’interdiction de déplacement dans les villes hollandaises, comme c’est le cas en France.

Les communautés juives à travers l’Europe ont été durement touchées par le COVID-19. Au Royaume-Uni, il y a eu au moins 152 enterrements juifs pour des personnes qui sont mortes du coronavirus, selon le Conseil de députés des Juifs britanniques.

En France, au moins un cimetière avec une partie juive, Thiais, est quasiment plein après avoir accueilli plusieurs dizaines de dépouilles ces deux dernières semaines.

Différents experts estiment que les communautés juives ont été particulièrement affectées par le virus parce que leurs membres voyagent souvent. En outre, ils ont des cercles d’amis et de famille élargis et habitent principalement dans de grandes villes.

 

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COVID-19 : Les probables conséquences dans le milieu haredi, selon un expert

Les orthodoxes continueront de respecter leurs chefs rabbiniques malgré une réponse tardive au virus, mais pour Gilad Malach, beaucoup “vont se mettre à décider par eux-mêmes”

Un jeune ultra-orthodoxe à Jérusalem, le 16 mars 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Un jeune ultra-orthodoxe à Jérusalem, le 16 mars 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

La pandémie de coronavirus pourrait amener les Haredim à moins s’appuyer sur les sages rabbiniques et à penser davantage par eux-mêmes lorsqu’il s’agit de questions sans rapport avec la religion, selon un éminent expert de la communauté.

Gilad Malach, qui dirige le programme des ultra-orthodoxes en Israël à l’Institut israélien de la démocratie, ne prévoit pas de révolution concernant le respect des Haredi pour leurs modèles religieux. Mais il estime que la crise actuelle, qui voit des milliers de membres de la communauté très soudée être contaminés – en partie à cause de décisions erronées de leurs dirigeants – pourrait accélérer une tendance existante vers plus d’individualisme.

Le mois dernier, le rabbin Chaim Kanievsky – probablement le leader rabbinique le plus vénéré du monde ultra-orthodoxe aujourd’hui – s’est vu demander si ses centaines de milliers d’adeptes de la fameuse branche lituanienne de la communauté devaient obéir ou défier les ordres de fermeture des établissements d’enseignement émis par le ministère de la Santé en raison du coronavirus. Il a brièvement répondu que, bien entendu, ils devraient rester ouverts.

Du fait de sa décision, d’innombrables jardins d’enfants, écoles et académies talmudiques sont restés ouverts à Beni Brak, une banlieue Haredi de Tel Aviv, ce qui, selon les experts, a inévitablement provoqué la contamination de milliers de personnes par le virus.

Mais le rav Kanievsky (qui est ensuite revenu sur sa position) et ceux qui parlent en son nom ne sont pas les seuls à blâmer pour la crise actuelle.

Le gouvernement, en particulier le ministre de la Santé Yaakov Litzman, n’a pas non plus réussi à préparer correctement la communauté ultra-orthodoxe, dont beaucoup ne consultent pas les médias traditionnels, a-t-il déclaré.

De nombreux Israéliens laïcs ou moins religieux sont en colère contre la communauté Haredi pour son mépris initial des règles liées à la pandémie, qui pourrait conduire à une discrimination contre les demandeurs d’emploi Haredi et à une accentuation de la division entre les deux groupes, a déclaré M. Malach. Cela pourrait à son tour mettre les ultra-orthodoxes sur la défensive, amenant la communauté à se tourner vers l’intérieur plutôt que vers l’extérieur.

Cependant, les deux communautés finiront par réaliser qu’il est dans l’intérêt de tous de coopérer, a estimé M. Malach.

Vous trouverez ci-dessous une transcription de notre conversation, remaniée pour des raisons de longueur et de clarté.

Le Times of Israel : Commençons par un aperçu général de la ville de Bnei Brak. Qui y habite ?

Gilad Malach : Bnei Brak est la ville la plus densément peuplée d’Israël. Plus de 20 000 personnes y vivent au kilomètre carré. Au total, quelque 200 000 personnes y vivent – presque toutes ultra-orthodoxes. Il y a aussi quelques orthodoxes et quelques juifs traditionnels, mais mon estimation est que 90 % d’entre eux appartiennent à la communauté ultra-orthodoxe.

Il existe différents sous-groupes : les Hassidim et les Lituaniens, les Ashkénazes et les Séfarades, et d’autres groupes. Qui donne le ton dans ce domaine ?

Oui, dans l’ensemble, c’est une ville diversifiée où tous les groupes susmentionnés coexistent. Les deux plus grands groupes ashkénazes – les Hassidim et les Lituaniens – se sont toujours présentés ensemble sur une même liste aux élections municipales.

Il est donc difficile de savoir quelle est l’ampleur du pouvoir de chaque groupe. Et environ un tiers sont des Séfarades, donc je suppose qu’il est juste de dire que la division générale de la communauté ultra-orthodoxe dans tout Israël – un tiers de Hassidim, un tiers de Lituaniens et un tiers de Séfarades – s’applique également à Bnei Brak.

Le rabbin Kanievsky, qui a demandé à ses disciples de laisser les établissements d’enseignement ouverts alors que le reste de la société les fermait, est-il considéré comme une autorité par tous ?

Il est le chef des Lituaniens, mais il a une certaine autorité dans la mesure où ses décisions peuvent avoir une certaine influence sur tout le monde. Même les autres groupes écoutent ce qu’il a à dire. Les Lituaniens ont en fait deux leaders, lui et le rabbin Gershon Edelstein, le chef de la yeshiva de Ponevezh.

Mais c’est déjà une question de « tribunaux » et le « tribunal » du rabbin Kanievsky a une position plus centrale et plus importante depuis que le précédent « leader de la génération » – le rabbin Aharon Yehudah Leib Steinman – est décédé [en 2017].

Parlons de ce qui a poussé le rabbin Kanievsky à décider que les établissements d’enseignement devaient rester ouverts, alors qu’ils étaient fermés dans le reste du pays. Quelqu’un lui a chuchoté à l’oreille que l’État voulait fermer les jardins d’enfants, et il a dit qu’il n’en était pas question.

Cet homme était son petit-fils Yanki. C’est lui qui mène la barque. C’est lui qui décide de tout. Il a présenté l’affaire à son grand-père de manière très brève et tendancieuse, sans lui donner toutes les informations [sur les dangers de la pandémie], ce qui l’a conduit à prendre la décision scandaleuse de ne pas fermer les institutions, alors que le gouvernement avait déjà décidé de les fermer. Les résultats sont durs.

Serait-il justifié de dire que ce Yanki est responsable de la situation actuelle ?

Trois raisons principales expliquent la situation actuelle. Premièrement, la direction – le petit-fils du rabbin Kanievsky, mais aussi lui-même. Le fait qu’il n’ait pas demandé plus d’informations est également une erreur. Il comprend qu’il y a une pandémie, alors pourquoi ne s’y intéresse-t-il pas davantage ? Dire seulement que la Torah va aider n’est pas sérieux. Tous les rabbins n’auraient pas agi de la sorte.

Avec tout le respect dû au rabbin Kanievsky, certains affirment qu’à 92 ans, il est devenu sénile et dit oui et amen à tout ce que les gens autour de lui suggèrent – qu’il ne comprend pas vraiment la situation.

Je ne sais pas s’il est sénile ou non. Mais un dirigeant est censé savoir s’il comprend quelque chose ou non. S’il se rend compte qu’il n’est pas en mesure de juger de telles choses, il doit le dire. Une partie de la responsabilité incombe aux dirigeants – cela inclut les rabbins et leurs « tribunaux », qui n’ont pas suivi les instructions du gouvernement. Son petit-fils en fait partie.

Le deuxième facteur est le gouvernement. Il est vrai qu’il n’est pas facile de communiquer des choses au public haredi, mais vous avez un ministre de la Santé ultra-orthodoxe qui a de bonnes relations avec cette communauté. Si seulement il était allé voir les chefs rabbiniques, les chefs communaux et les autorités municipales, qui ont une grande influence…

Soixante pour cent des ultra-orthodoxes vivent dans des villes ultra-orthodoxes ou à Jérusalem. Les dirigeants municipaux ont beaucoup de pouvoir. [Litzman] jouit d’une grande confiance, mais il ne l’a pas utilisée. Son ministère aussi aurait dû en faire plus.

Troisièmement, il y a le facteur objectif, si vous voulez – la grande densité dans les villes ultra-orthodoxes, et le fait qu’elles ne sont pas connectées à la technologie moderne. Ils n’ont pas vu les images que nous avons tous vues, sur le désastre en Italie et le sentiment d’urgence dans les conférences de presse [du Premier ministre Benjamin Netanyahu] et des choses comme ça.

Combien d’ultra-orthodoxes ignorent encore les instructions du gouvernement, ou tout le monde s’y conforme-t-il maintenant ?

Dans l’ensemble, la grande majorité des gens écoutent maintenant les instructions, ne quittent pas leur maison sans raison et ne vont même pas à la synagogue. Le grand défi maintenant, qui n’est pas exclusif aux ultra-orthodoxes, est la fête de Pessah, car c’est un jour férié où les gens ont l’habitude de rendre visite à leur famille, et il est difficile pour eux de ne pas le faire.

Il est difficile pour les ultra-orthodoxes de ne pas aller à la synagogue jusqu’à ce qu’ils se rendent compte qu’ils n’ont pas d’autre choix. Maintenant, il est également difficile pour eux de ne pas aller rendre visite à leurs parents âgés. C’est difficile, mais c’est vrai pour tous les Israéliens, pas seulement pour eux. Il peut donc être nécessaire de décréter une sorte de confinement la veille de Pessah pour tout le monde.

Mais je pense qu’il y a une grande inquiétude [au sujet du coronavirus], même au sein de la communauté ultra-orthodoxe. La combinaison d’une interdiction claire du gouvernement de sortir, du fait que les rabbins ont maintenant rejoint cet appel, et de l’application de la loi par la police, aidera.

Le rabbin Kanievsky a d’abord déclaré que les établissements d’enseignement devaient rester ouverts, ce qui, selon les experts, a inévitablement provoqué la contamination de milliers de personnes par le virus. Son mauvais jugement aura-t-il un impact durable sur la société ultra-orthodoxe ? La communauté contestera-t-elle l’autorité des sages âgés ou continuera-t-elle à régner en maître ?

D’une manière générale, lorsqu’un dirigeant échoue, il ressent très vite les contrecoups. Je me souviens de la deuxième guerre du Liban, il y a près de 15 ans. [Ehud] Olmert a commencé la guerre avec une très grande popularité ; son taux d’approbation était de 80 à 90 %. Mais à mesure que la guerre progressait et que le public avait l’impression qu’elle était menée de façon horrible, sa cote a chuté, et il n’a jamais pu s’en remettre.

Contrairement au passé, de nombreux ultra-orthodoxes ont regardé la vidéo [montrant le rabbin Kanievsky disant à son petit-fils de garder les établissements d’enseignement ouverts]. Ils ont vu qu’il ne comprenait pas vraiment le problème.

Un très grand pourcentage de la communauté se connecte à l’Internet, malgré l’interdiction des rabbins

Mais cette dépendance à l’égard de leurs chefs religieux est l’ancre de la communauté, elle est si profondément ancrée dans la société ultra-orthodoxe qu’il faut obéir au chef de la génération. Il est donc très difficile de faire le changement et de dire qu’il est peut-être moins pertinent dans certains domaines. Je ne prévois donc pas de révolution à cet égard.

Ce que je vois, c’est que beaucoup de gens vont commencer à prendre des décisions pour eux-mêmes pour certaines choses. Cette tendance, que nous constatons depuis un certain temps déjà, pourrait certainement être renforcée. Ces dernières années, nous avons vu plus de 10 000 ultra-orthodoxes fréquenter les institutions universitaires, malgré l’opposition des rabbins. Un très grand pourcentage de la communauté se connecte à l’Internet, malgré l’interdiction des rabbins.

Les gens disent donc : je respecte les chefs rabbiniques, je les apprécie, je vais même voter pour le parti qu’ils soutiennent. Mais dans mes choix personnels, je n’obéirai pas nécessairement. [La pandémie de coronavirus] pourrait certainement approfondir ces processus – qu’on appelle individualisme – concernant la prise de décision.

Il y a toujours eu des tensions entre les Israéliens laïcs et la communauté ultra-orthodoxe. Dans quelle mesure les événements de ces derniers jours vont-ils encore les exacerber ? Que se passerait-il si, Dieu nous en préserve, nous voyions le système de santé s’effondrer dans deux semaines parce que des milliers de personnes de Bnei Brak tomberaient malades ?

Le niveau d’hostilité est vraiment très élevé. Il y a beaucoup de colère contre les ultra-orthodoxes, à cause de la façon dont ils ont répondu aux instructions du gouvernement. Cela se traduit parfois par des commentaires très durs sur les réseaux sociaux et dans la presse. Cela existe, bien que je ne pense pas que cela puisse devenir violent.

Mais je pense que cela pourrait avoir des répercussions sur les lieux de travail. Nous sommes en pleine crise économique, avec un taux de chômage très élevé. Cela pourrait donc avoir un impact sur les employeurs qui pourraient dire : « Je ne veux pas me rapprocher des ultra-orthodoxes, ou je ne veux pas les laisser participer à mon entreprise.

D’autre part, lorsque la société ultra-orthodoxe est exposée à de telles choses, elle devient immédiatement défensive, comme un troupeau qui est attaqué et se rassemble.

La crise économique pourrait accélérer le processus d’intégration des ultra-orthodoxes dans la population active et leur ouverture aux études universitaires et à la technologie. Mais si le sentiment est que « à chaque génération, ils se lèvent pour nous détruire », et que ceux qui se lèvent pour les détruire sont maintenant les laïcs, cela va en fait ralentir ce processus, car cela renforce le sentiment d’appartenance au groupe.

En résumé, à votre avis, à quoi ressembleront les relations laïques-ultra-orthodoxes d’ici la fin de l’année ?

Je suis généralement optimiste. Je pense que la critique sévère des ultra-orthodoxes ne restera pas au centre de l’attention, mais plutôt la vie elle-même. Après tout, la plupart des personnes qui ne sont pas ultra-orthodoxes veulent leur intégration.

Et la volonté d’intégration prévaudra également du côté ultra-orthodoxe de l’équation – il n’y a pas d’alternative, étant donné la situation économique. Ces choses seront plus fortes, à terme, que les émotions fortes qui existent aujourd’hui.

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GB: pourquoi les Juifs sont-ils surreprésentés dans les décès liés au Covid-19 ?

Les responsables locaux tentent de déterminer les facteurs – âge, mode de vie, habitudes communautaires – pour comprendre pourquoi les Juifs semblent particulièrement vulnérables

Un patient est sorti d'une ambulance à son arrivée au  St Thomas' Hospital, l'un des hôpitaux dans la ligne de front de la bataille contre le coronavirus à Londres, le 31 mars 2020 (Crédit : AP Photo/Kirsty Wigglesworth)

Un patient est sorti d’une ambulance à son arrivée au St Thomas’ Hospital, l’un des hôpitaux dans la ligne de front de la bataille contre le coronavirus à Londres, le 31 mars 2020 (Crédit : AP Photo/Kirsty Wigglesworth)

JTA — Le Royaume-Uni compte environ 250 000 Juifs. Ils ne représentent que 0,3 % de la population du pays.

Mais le coronavirus a tué 44 Juifs jusqu’à présent – ils forment donc environ 2,5 % des victimes du Covid-19.

Ce qui signifie par ailleurs que les Juifs britanniques sont surreprésentés, avec un facteur de huit, dans le bilan des victimes mortelles de la maladie.

Ces statistiques sont compilées, diffusées et réactualisées périodiquement par le Board of Deputies des Juifs britanniques, une organisation-cadre chargée de représenter la communauté. Ces statistiques sont uniques parce qu’elles sont la première tentative centralisée dans le monde de mesurer le taux de décès des suites du Covid-19 au sein de la communauté juive, en le comparant au total national.

Et ces chiffres soulèvent des inquiétudes – celles que les Juifs britanniques soient particulièrement vulnérables face au virus. Ils donnent également lieu à de multiples hypothèses visant à expliquer ce fait même si aucune pour le moment ne semble concluante.

Voici des théories et les raisons pour lesquelles celles-ci sont difficiles à prouver à ce moment de la pandémie.

C’est trop tôt

Tandis que les Juifs paraissent surreprésentés dans ce bilan national macabre, « le nombre de morts, au sein de la communauté juive, qui a été rapporté jusqu’à présent est statistiquement très faible – trop faible pour qu’il soit possible d’en tirer des conclusions fermes », écrit Jonathan Boyd, directeur exécutif de l’Institut de recherche politique juive (JPR), un groupe qui s’intéresse à la démographie des communautés juives européennes, dans un article d’opinion parue lundi dans le Jewish Chronicle.

La présidente du Board of Deputies, Marie van der Zyl, a évoqué auprès de la JTA le contrôle des victimes juives du coronavirus par son organisation.

« Tandis que les chiffres sont inquiétants, l’échantillon actuel est bien trop peu important pour établir des écarts, et il nous est impossible de les utiliser pour en tirer des conclusions définitives », a-t-elle ajouté.

Mais Jonathan Boyd écrit également qu’il ne serait « pas surpris de voir le décompte parmi les Juifs augmenter ». Vous en saurez plus à ce sujet en lisant ce qui suit.

Les orthodoxes haredim

Les informations portant sur l’incapacité à mettre en œuvre les protocoles de distanciation sociale dans certaines synagogues et institutions orthodoxes haredim ont fait naître l’inquiétude concernant une éventuelle propagation du virus dans ce courant religieux spécifique.

« Les gens touchent les mêmes surfaces, les mêmes siddurim (ou livres de prière) », a commenté un professionnel de santé dans les colonnes du Jewish Chronicle , la semaine dernière, en parlant du quartier de Stamford Hill, à forte population haredi.

« Je pense que la communauté est vulnérable au virus parce qu’elle est très resserrée », a-t-il ajouté.

De plus, 20 médecins juifs britanniques – aucun n’est haredi – ont également pointé du doigt la communauté dans un pamphlet qui a circulé à Stamford Hill, il y a environ deux semaines, recommandant vivement le respect des directives de distanciation sociale.

« Vous êtes pleinement responsables des morts qui surviennent en résultat de votre ignorance des conseils donnés », ont-ils ainsi écrit.

Leurs inquiétudes ont fait écho à des avertissements similaires dans d’autres régions comptant des minorités haredim importantes, notamment en Israël, aux États-Unis et en Belgique.

Mais Herschel Gluck, rabbin haredi et chef du service juif de sécurité Shomrim à Londres, affirme que « les faits ne viennent pas soutenir cette hypothèse ».

La maladie a été fatale pour plusieurs juifs haredim, dont Zeev Willy Stern et Uri Ashkenazi. Mais il y a eu, parmi les autres victimes, quatre membres de la communauté espagnole et portugaise moderne orthodoxe et deux victimes issues du mouvement réformé, notamment un rabbin.

Le rabbin Alexander Goldberg, aumônier juif à l’université de Surrey, à proximité de Londres, partage le même point de vue que Herschel Gluck et il n’est pas haredi.

Alexander Goldberg pense avoir contracté le virus et guéri spontanément, même si les autorités médicales n’ont pas voulu le tester lorsqu’il présentait des symptômes.

« Dans la communauté juive, cette maladie ne semble pas se limiter à la population haredi. Toutes sortes de Juifs semblent être touchés », explique l’aumônier.

Le facteur de mobilité

Pour cet ancien directeur des problèmes communautaires au sein du Board of Deputies, « la seule chose que les Juifs ayant attrapé le coronavirus ont réellement en commun, c’est leur appartenance à un groupe au niveau élevé de mobilité ».

Les familles haredim du Royaume-Uni se rendent fréquemment en Israël, en Belgique, à New York et ailleurs, comme le font les hommes d’affaires de la communauté, indépendamment du courant auquel ils appartiennent.

Jonathan Boyd considère lui aussi que cette mobilité pourrait avoir un rôle. Chez les Juifs de toute dénomination, « un grand nombre travaillent au centre-ville, ils prennent le métro quotidiennement, beaucoup parmi eux sont au centre de l’action », écrit-il.

« Collectivement, nous sommes plus riches et mieux éduqués que la moyenne ce qui signifie que nous sommes aussi plus susceptibles de voyager à l’étranger – ce qui peut être une raison expliquant pourquoi nous pouvons avoir eu plus que d’autres l’occasion de contracter l’infection de manière précoce », explique-t-il.

Mais Herschel Gluck émet des doutes.

« Il y a de nombreux passagers dans le métro, les wagons sont bondés », dit-il en évoquant les lignes de métro et de chemin de fer du Royaume-Uni, qui ont fonctionné jusqu’au 25 mars, lorsque le pays a décidé d’opter pour un confinement national (plus d’une semaine après que la même mesure a été prise en France).

Londres accueille un certain nombre de groupes d’immigrés et notamment plus de 800 000 Polonais et 600 000 Italiens, qui retournent fréquemment dans leurs pays d’origine en empruntant des vols de compagnies à bas prix.

« Cela ne soutient pas l’idée que les Juifs soient davantage exposés à la maladie à cause des voyages », dit Herschel Gluck.

L’âge et la vie dans la ville

Les Juifs sont plus âgés que la population générale et principalement concentrés à Londres – la ville qui a connu le plus grand nombre de cas de Covid-19 par rapport à toutes les régions du Royaume-Uni et qui serait en avance de plusieurs semaines par rapport au reste du pays concernant l’épidémie.

« Un effet Londres peut partiellement expliquer un décompte plus élevé », note Jonathan Boyd, se référant au fait que 60 % des Juifs britanniques vivent dans la capitale et ses alentours.

« La ville est l’endroit idéal pour la propagation d’un virus, et comme New York aux États-Unis, elle est à l’avant-garde de l’épidémie dans le pays », ajoute-t-il.

Les Juifs britanniques, ajoute-t-il, sont âgés – « 21 % ont 65 ans et plus contre 16,4 % dans l’ensemble de la population, et dans la mesure où le virus est plus virulent chez les seniors que chez les jeunes, les Juifs peuvent s’en trouver affectés de manière disproportionnée ».

Mais, continue-t-il, les Juifs sont également en meilleure santé que la moyenne – 5 % sont en mauvaise ou très mauvaise santé contre une moyenne nationale de 5,6 %.

Cela peut paraître outrageusement pointilleux mais « ce n’est pas une différence qui ne signifie rien, particulièrement si on garde à l’esprit notre profil d’âge », écrit Jonathan Boyd.

« Cet avantage est dû à des facteurs culturels et à notre statut socio-économique qui nous ont tous deux protégés contre la mauvaise santé », continue-t-il.

Pourim et la vie communautaire

Jonathan Boyd et plusieurs autres commentateurs ont noté la proximité entre la fête de Pourim, qui est tombée cette année le 9 mars, et l’éruption de l’épidémie de coronavirus en Europe.

A la synagogue St. John’s Wood de Londres qui, avec ses 1 300 sièges, est l’un des plus grands lieux de culte juifs de la ville, un rabbin a contracté le virus peu de temps après son retour d’une célébration de Pourim au Maroc. Il a passé de nombreuses heures à échanger avec des dizaines de fidèles avant de développer des symptômes et de se placer en quarantaine.

Des fêtes comme Pourim « rassemblent plus de personnes que d’habitude », ce qui a pu aider le virus à se répandre, estime Jonathan Boyd.

Plus largement, il peut y avoir « quelque chose dans la manière dont les Juifs organisent leur vie qui peut, par inadvertance, amener le virus à se propager parmi nous », ajoute-t-il. Un quart des adultes juifs se rendent à la synagogue au cours de la majorité des semaines de l’année, tandis que la proportion équivalente de chrétiens britanniques allant à l’église est de 10 % environ, remarque le directeur exécutif de l’Institut de recherche politique juive.

« Ce sont des environnements parfaits pour qu’un virus se propage », écrit-il. « Et ainsi, c’est chaque interaction sociale physique – ce qui est typiquement le ciment essentiel, même obligatoire, qui sous-tend la vie juive – qui devient dorénavant une menace mortelle ».

 

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