Ultimatum européen à la Grêce : “Obéissez sinon mourez…!”

"Le moment est venu pour nous de trancher. Malheureusement, nous devons choisir entre des sacrifices et des sacrifices encore plus importants", a déclaré vendredi le ministre des finances grec, M. Vénizélos.

 

Menacés par la famine, comme pendant la Seconde Guerre mondiale, les Grecs ont l’impression de replonger dans la dictature. Economique, cette fois. Grèce : le premier ministre craint le “chaos incontrôlé” : ICI !

Le premier ministre Lucas Papademos a mis en garde contre le risque de “chaos incontrôlé” sans accord sur la dette. “Une faillite incontrôlée plongerait le pays dans une aventure désastreuse” et créerait “les conditions d’un chaos économique et d’une explosion sociale”, a déclaré le premier du gouvernement grec de coalition à l’issue d’un conseil des ministres, estimant que le pays se trouvait dans “un moment de responsabilité historique”alors que la zone euro a posé un ultimatum à la Grèce, à quelques semaines de l’échéance du 20 mars, date butoir à laquelle Athènes doit rembourser 14,5 milliards d’euros d’obligations sous peine de faire défaut.

La zone euro a donné à la Grèce jusqu’au 15 février – date de la prochaine réunion de l’Eurogroupe – pour répondre à plusieurs exigences, conditions sine qua non au déblocage d’une nouvelle tranche d’aide. L’Union Européenne a demandé aux Grecs de baisser leur salaire minimum à 586 euros bruts par mois, de supprimer les 13e mois, et un gel des salaires sur 3 ans…plus quelques coupes dans les retraites complémentaires et les effectifs de la fonction publique. Le 15 février est la nouvelle date butoir après laquelle, dit-on, une faillite désordonnée et dangereuse pour toute la zone euro sera inévitable.

L’Europe entière voit les députés grecs corrompus vendre leur peuple aux américano-européens de Bruxelles tout aussi corrompus. Le tout bien sûr pour payer les banques européennes insolvables…!

En effet, le bon du trésor grec sur 1 an est passé 520% !!!

Bref, si l’accord Grèce-Eurozone n’est pas signé, attendons-nous à la démission de Papademos… et à la révolution grecque. 

La Grêce a une autre solution : sortir de l’EURO et devenir un pays du tiers-monde. “Mais il n’y a pas mort d’homme dans ce cas…” a dit Madame Neelie Kroes, commissaire européenne… Ce qui signifie : ce n’est pas un DRACHME grec ! (lire la suite)

Question : Ce qui se passe en Grèce, pourrait-il se passer en France demain, quand les marchés auront digéré le cas grec et chercheront une autre victime pour se repaître ?

 

Grèce : jusqu’où doit aller l’austérité ?

LEMONDE.FR | 10.02.12 | 18h12 • Mis à jour le 10.02.12 | 18h17

 Des mesures de rigueur, l'Etat grec en a déjà consenti beaucoup ces dernières années.

Des mesures de rigueur, l’Etat grec en a déjà consenti beaucoup ces dernières années.AFP/ARIS MESSINIS

S’il se dessine petit à petit, le plan de sortie de crise de la dette grecque voit le jour dans la douleur. L’accord de principe, conclu jeudi 9 février entre les partis de la coalition gouvernementale grecque et les bailleurs de fonds sur un ensemble de mesures d’austérité à mettre en œuvre, est déjà remis en cause par le parti d’extrême droite, dont des membres ont déjà démissioné du gouvernement d’union nationale. Alors que s’approche l’échéance du 20 mars – date-butoir à laquelle la Grèce doit rembourser 14,5 milliards d’euros d’obligations sous peine de faire défaut –, les ministres des finances de la zone euro attendent des efforts supplémentaires. L’ampleur des sacrifices consentis conditionnera le déblocage d’une deuxième tranche d’aide internationale de 130 milliards d’euros.

Pour accélérer les négociations, l’Eurogroupe a posé trois conditions à Athènes, qui doivent être satisfaites d’ici à sa prochaine réunion, mercredi 15 février : le vote au Parlement grec de l’accord de principe trouvé entre les partis politiques grecs et la “troïka”, réunissant l’Union européenne (UE), la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) ; des garanties par écrit sur le soutien de tous les partis politiques grecs au plan de rigueur ; et un plan pour trouver “des économies supplémentaires à hauteur de 325 millions d’euros” dans le budget 2012.

C’est sur ce dernier point qu’Athènes rechigne à faire des efforts. Car des mesures de rigueur, l’Etat grec en a déjà consenti beaucoup ces dernières années. Mais si elles ont été saluées, ces concessions sont jugées, pour le moment, insuffisantes.

Alors que les députés allemands ont prévu de se prononcer le 27 février sur la nouvelle tranche d’aide à la Grèce, le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, a déclaré vendredi que les engagements pris jeudi par la Grèce ne suffiraient pas à ramener sa dette publique à 120 % du PIB d’ici à 2020 comme prévu.

“UNE CURE D’AUSTÉRITÉ BEAUCOUP TROP SÉVÈRE”

Après celle adoptée au printemps 2010, une seconde cure d’austérité a donc été exigée par les créanciers du pays. Elle prévoit, entre autres, la suppression de 15 000 emplois dans le secteur public en 2012, une sévère réduction du salaire minimum (- 20 %) et une réforme des retraites complémentaires – dernier point d’achoppement entre les partis politiques grecs –, soit encore et toujours des coupes dans les dépenses publiques. Pourtant, “la Grèce a déjà réduit son déficit de 5 points de PIB en 2010, ce qui est historiquement exceptionnel”, relève Jean-François Robin, stratégiste chez Natixis.

“Le problème de la Grèce, ce n’est pas tant son déficit budgétaire, mais plutôt le fait qu’elle soit en récession depuis quatre ans. La troïka n’a pas tiré de leçons des plans de rigueur imposés dans les années 1980 par le FMI. Dès le début, elle a imposé une cure d’austérité beaucoup trop sévère et rapide”, regrette M. Robin.

Selon lui, “on a trop insisté sur les taxes, en augmentant excessivement les impôts, ce qui a accentué la récession. Conséquence, il y a eu moins de rentrées fiscales, donc l’Etat a de nouveau augmenté les impôts, réenclanchant sans cesse cette mécanique. C’est un véritable cercle vicieux.”

La seule issue possible de cette spirale négative reste la mise en place d’une politique de croissance, qui passe par “la libéralisation des secteurs tels que ceux des taxis, des pharmacies, des notaires, des avocats, qui sont exagérément protégés”, insiste M. Robin. “A titre d’exemple, les pharmacies sont fermées l’après-midi et le week-end”, précise-t-il.

ATHÈNES REFUSE DE LIBÉRALISER

Mais cette perspective bute sur une violente contestation populaire. “Le peuple est à bout et dans ce contexte, il est clair que ce genre de réformes a du mal à passer. Mais si la Grèce veut s’en sortir, elle devra en passer par là et également par une taxation plus importante des riches bénéficiant d’exemptions”, souligne M. Robin. “Les Grecs refusent d’aller plus loin, particulièrement sur la libéralisation, alors que les gouvernements espagnols et portugais, également confrontés au mécontentement populaire, s’y sont pliés”, argumente encore Jean-François Robin.

D’où la réticence des ministres des finances européens à verser cette nouvelle tranche d’aide. “Il ne faut pas oublier que la troïka, c’est nous, principalement les Français et les Allemands, ainsi que l’ensemble des pays contributeurs européens. Certains se disent qu’il n’y a pas de raison que les Grecs paient moins et que nous payions plus à leur place alors qu’ils ne font pas assez d’efforts sur certains points”, avance M. Robin.

Anna Villechenon

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La Grèce hors de la zone euro? “Pas mort d’homme”

 

 
La Grèce hors de la zone euro? Il n’y a “pas mort d’homme”, selon Neelie Kroes. La commissaire européenne regrette que les autorités grecques ne fassent pas preuve d’assez de bonne volonté dans la mise en oeuvre des réformes nécessaires.

Une éventuelle sortie de la Grèce de l’Union européenne ne serait pas un drame pour la zone euro, selon la commissaire européenne chargée des nouvelles technologies, Neelie Kroes, dans un entretien publié mardi dans le journal néerlandais De Volkskrant.

“Il n’y a absolument pas mort d’homme si quelqu’un quitte la zone euro”, a-t-elle déclaré, soulignant toutefois ne pas être “partisane” d’une telle solution.

“On répète toujours que si on laisse un pays partir ou qu’on lui demande de partir, l’ensemble de la structure s’effondre. Mais cela n’est pas vrai”, a-t-elle poursuivi.

Selon Neelie Kroes, les autorités grecques ne font pas preuve d’assez de bonne volonté dans la mise en oeuvre des réformes nécessaires. “Cela commence à être un mantra grec ‘Nous ne pouvons pas, nous ne voulons pas’”, affirme-t-elle, soulignant que des “preuves de bonne volonté” sont nécessaires.

“Il n’y a aucune assurance que la Grèce aille dans la bonne direction”, ajoute-t-elle, indiquant que l’instauration des réformes “laisse beaucoup à désirer”.

Selon Neelie Kroes, ce sont les autorités grecques qui “ont la plus grande responsabilité de s’assurer qu’ils (la Grèce, ndlr) restent dans la zone euro”.

De son côté, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a plaidé mardi pour que la Grèce reste dans la zone euro, après des déclarations de Neelie Kroes.

“Nous voulons que la Grèce reste dans l’euro”, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, aux côté du Français Jacques Delors, qui fut aussi président de la Commission européenne.

AFP
 
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Crise grecque

L’Europe est au moins aussi coupable qu’Athènes

10 février 2012

La Stampa Turin

"Serrez plus !" (Dessin paru dans la Basler Zeitung, Bâle)

“Serrez plus !” (Dessin paru dans la Basler Zeitung, Bâle)

 

La réunion de l’Eurogroupe n’a pas suffit pas à éloigner le spectre de la faillite grecque. Athènes est en grande partie responsable de la situation, mais l’UE et ses partenaires ont aussi contribué à transformer le problème grec en un véritable chaos, estime La Stampa.

Avec l’accord politique trouvé à Athènes et la réunion, le 9 février, de l’Eurogroupe, les discussions sur la dette grecque ont certes avancé, mais la solution reste, comme toujours, sur le fil du rasoir. Le 15 février est la nouvelle date butoir après laquelle, dit-on, une faillite désordonnée et dangereuse pour toute la zone euro sera inévitable.

Il ne sera pas facile de consolider à temps les engagements du gouvernement grec sur les nouvelles mesures d’austérité, les démarches pour l’octroi des aides européennes et la réduction “volontaire” de la dette publique. Les responsabilités de la Grèce sont évidentes. Mais les erreurs de l’Union dans la manière de gérer la crise sont elles aussi très graves.

Depuis 2009, des ajustement trop précipités pour être corrects, mais aussi politiquement et socialement digestes, ont été demandés aux Grecs. Il aurait fallu mettre plus de soin dans la préparation de réformes structurelles, les programmer sur une durée plus réaliste.

Il aurait fallu en assurer le financement nécessaire, y compris pour des projets spécifiques orientés vers la croissance, sans permetre aux taux sur les nouvelles émissions de titres de la dette publique d’atteindre les niveaux que l’on connaît.

On a préféré justifier une certaine arrogance de l’Europe par le fait que les Grecs avaient triché sur les comptes ; on a donné l’impression que l’importance de la Grèce pour l’Union européenne tenait seulement au risque qu’elle contamine les finances de pays “plus importants”.

La Commission s’est comportée en notaire

L’Europe aurait dû s’employer davantage – sur le front de la communication et de l’image aussi – à valoriser les potentialités de la Grèce et à aider sa population à comprendre et à accepter les réformes. Les autorités européennes ont, en outre, laissé se créer de nombreux quiproquos et confusions sur plusieurs aspects. D’abord, elles n’ont pas réussi à limiter les trop nombreux interlocuteurs avec lesquels les Grecs doivent négocier.

La Commission s’est comportée en notaire ; un ensemble complexe d’aides bilatérales a laissé la place aux particularismes de divers gouvernements nationaux ; les chefs de gouvernement français et allemand, en particulier, ont “joué perso”, alternant exigences et menaces, en jonglant avec les procédures et les échéances.

La Banque centrale européenne a été sollicitée pour jouer un rôle impropre de remplaçante des gouvernements afin d’assurer les financements à moyen et à long terme ; le FMI aussi a été appelé à la rescousse, ce qui a déclenché de nombreuses controverses, donnant l’idée que sans Washington nous manquons d’argent et de compétences pour gérer le problème grec.

Les aides officielles ont été considérées comme des crédits privilégiés, ce qui a eu pour effet d’augmenter les risques pris par les créanciers privés, mais on a laissé les tractations des lobbyistes privés pour la restructuration “volontaire” de la dette, se superposer confusément aux rapports entre les autorités grecques et celles de l’UE.

Une autre confusion s’est installée sur la question de la faillite de la Grèce. D’abord, on l’a complètement éludée, sans tenir compte du fait que les marchés, en réclamant des taux élevés, montraient qu’ils l’envisageaient déjà. Il fallait éviter que la panique ne contamine la dette d’autres pays.

Mais exclure toute idée de faillite implique que l’on donne des garanties de sauvetage que personne ne voulait donner, si bien que la contagion n’a pu être évitée. Ensuite, on a favorisé des négociations avec les créanciers privés dans la perspective d’une déclaration de défaut partiel et volontaire en assurant, on ne sait trop sur quelles bases, que ce serait une mesure absolument exceptionnelle.

La confusion entre faillite et sortie de l’euro

Entre temps il y a eu de graves cafouillages dans le bilan des banques en matière de règles de comptabilisation des dettes souveraines. On est ainsi passé des stress-test très permissifs, qui considéraient presque tous les titres d’Etat comme non dévaluables, à l’obligation de les évaluer aux prix sacrifiés imposés par le marché.

Après quoi on ne sait plus si le véritable problème est celui de la solvabilité du gouvernement grec ou celle des banques créditrices. L’idée d’accélérer l’adoption d’une procédure valable pour tous afin de renégocier la dette publique lorsqu’elle devient insoutenable sans plus attendre – c’est-à-dire avant que ne s’accélère le cercle vicieux entre la dette et les intérêts qu’elle génère – de manière ordonnée et juste, afin d’éviter toute panique et contagion, n’a pas été prise en compte.

On a même dit qu’une procédure de ce genre augmenterait les risques de contagion. Mais son absence n’évitera pas que, une fois résolu d’une manière ou d’une autre le casse-tête grec, puisse en surgir un autre, par exemple portugais.

A cela s’est ajouté, davantage par la faute de nombreux économistes que de celle des autorités européennes, la confusion entre faillite et sortie de l’euro. Alors qu’une faillite bien maîtrisée réduit réellement la dette d’un pays, la sortie de l’euro entraînerait des dévaluations sauvages, aussitôt neutralisées par l’inflation et la marginalisation de ce pays par les marchés internationaux.

Quand on répète avec insistance que la zone euro est trop hétérogène et que la Grèce ne devrait pas en faire partie, il serait bon de tenir compte de la façon dont les choses se seraient passées si l’Union européenne avait su éviter tant de désordre et de confusion.

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«On n’avait pas vu ça en Grèce depuis l’Occupation»

Menacés par la famine, comme pendant la Seconde Guerre mondiale, les Grecs ont l’impression de replonger dans la dictature. Economique, cette fois.

Par MARIA MALAGARDIS Envoyée spéciale à Athènes

Le Parthénon à Athène et le drapeau européen (Photo Louisa Gouliamaki. AFP)
 

Tous les jours, la même scène : à midi, une foule silencieuse se presse devant les grilles de la mairie d’Athènes, à deux pas de la place Omonia. Combien sont-ils ? Une centaine ? Bien plus encore ? «Le soir, ils sont deux à trois fois plus nombreux», soupire Xanthi, une jeune femme rousse, chargée par la mairie «de gérer la foule». L’ambiance est tendue quand les grilles s’ouvrent enfin, et qu’une longue cohorte se forme jusqu’au stand où l’on distribue un Coca-Cola light et une sorte de purée de patates dans une gamelle en plastique.

Certains tentent de doubler, d’autres de repasser une seconde fois. Il y a des cris, des disputes, tout doit aller très vite : la distribution ne dure qu’une demi-heure. Et tant pis pour les retardataires ! Gestes fébriles, regards fuyants, ils s’accrochent à leur repas qu’ils avalent rapidement assis dans la cour. Au milieu des quelques marginaux et des vieillards aux vêtements usés, on remarque tout de suite cette nouvelle catégorie de citadins jusqu’à présent peu habitués à quémander sa nourriture. La plupart d’entre eux refusent de parler aux journalistes, détournent la tête dès qu’on les aborde. «Ils ont honte», confie Sotiris, 55 ans, qui s’est retrouvé au chômage après avoir travaillé vingt ans dans une compagnie de sécurité. «Mais en Grèce, les allocations chômage ne durent qu’un an», rappelle-t-il. Tirant nerveusement sur sa cigarette, il évoque sa femme, malade du cancer et alitée, ses deux fils, aussi au chômage, qui vivent sous le même toit. «Que va-t-on devenir ?Je n’ai plus d’argent et je ne peux même plus payer les traites pour mon appartement ! Bientôt, ils viendront le saisir», s’affole-t-il. Juste avant de partir, il demande un euro, murmurant : «Juste pour un café. J’en ai oublié le goût.»

Années fastes. En Grèce, on les appelle les «néopauvres», ou encore les «SDF avec iPhone» : des salariés virés d’une des nombreuses PME qui ont fait faillite, des fonctionnaires licenciés à la suite des mesures d’austérité prises depuis deux ans. Tous se sont retrouvés au chômage, alors que les crédits à la consommation les avaient poussés à se surendetter pendant les années fastes. Qui ne sont pas si loin : entre 2000 et 2007, la Grèce affichait encore un taux de croissance prometteur de 4,2%. Puis la crise bancaire de 2008 et l’annonce coup de tonnerre d’un déficit budgétaire record de 12,7% du PIB fin 2009 ont fait s’effondrer, comme un château de cartes, une économie aux bases trop fragiles pour résister au jeu spéculatif des marchés.

Premier pays «dégradé» d’Europe, la Grèce est aujourd’hui le plus mal noté par les agences financières. Travail au noir, fraude fiscale, administration inefficace : les maux sont connus et une grande partie de la population accepte la nécessité des réformes structurelles exigées par «Merkozy», comme on appelle ici le tandem Angela Merkel-Nicolas Sarkozy, qui domine les négociations à Bruxelles. Mais les plans d’austérité imposés au pays depuis le printemps 2010 passent mal. Ils frappent en priorité les salariés et les retraités, qui ont vu leurs revenus diminuer, voire disparaître quand ils ont été licenciés, et leurs impôts, prélevés à la source, augmenter de façon exponentielle. Résultat ? En deux ans, le nombre de sans-domicile-fixe a augmenté de 25% et la faim est devenue une préoccupation quotidienne pour certains.

«J’ai commencé à m’inquiéter lorsqu’en consultation j’ai vu un, puis deux, puis dix enfants qui venaient se faire soigner le ventre vide, sans avoir pris aucun repas la veille», raconte Nikita Kanakis, président de la branche grecque de Médecins du monde. Il y a une dizaine d’années, l’ONG française avait ouvert une antenne en Grèce pour répondre à l’afflux aussi soudain que massif d’immigrés clandestins sans ressources. «Depuis un an, ce sont les Grecs qui viennent nous voir. Des gens de la classe moyenne qui, en perdant leurs droits sociaux, n’ont plus droit à l’hôpital public. Et depuis six mois, nous distribuons aussi de la nourriture comme dans les pays du tiers-monde, constate le docteur Kanakis, qui s’interroge. Le problème de la dette est réel mais jusqu’où peuvent aller les exigences de Bruxelles, quand des enfants qui ne vivent qu’à trois heures d’avion de Paris ou Berlin ne peuvent plus de soigner ou se nourrir ?»

Diktats. Jeudi, une scène insolite s’est déroulée au cœur d’Athènes, sur la place Syntagma, juste en face du Parlement : des agriculteurs venus de Thèbes, à 83 km de la capitale, distribuent 50 tonnes de patates et d’oignons gratuitement. Annoncée à a télévision, la distribution tourne vite à l’émeute. Tout le monde se précipite sur les étals. A nouveau des disputes, des cris. «On n’avait pas vu ça depuis l’Occupation», peste Andreas qui observe le spectacle à distance. L’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale avait provoqué une terrible famine qui reste dans toutes les mémoires.

Mais si le mot revient si souvent pour décrire le retour de la faim qui frappe les classes moyennes, c’est aussi en référence aux diktats de Bruxelles, et plus encore de Berlin. «Tous les trois mois, on nous menace de faillite immédiate et on nous ordonne d’étrangler encore plus les plus pauvres. L’argent qu’on nous promet ? Ce sont des prêts qui ne servent qu’à rembourser nos créanciers !» s’exclame Andreas.

Employé dans une entreprise maritime, il rit en évoquant l’éventualité de supprimer les treizième et quatorzième mois des salariés du privé. Comme beaucoup d’employeurs, le sien ne lui verse aucun salaire depuis des mois. «Les patrons invoquent la crise pour éviter de payer leurs employés», se plaint-il. Puis, se tournant vers l’ancien Palais royal qui abrite le Parlement, il ajoute : «Ici, il y a 300 crétins qui suivent un gouvernement non élu par le peuple. Est-ce qu’ils ont diminué leur train de vie ? Les fonctionnaires de l’Assemblée touchent toujours seize mois de salaires et personne à Bruxelles ne s’en préoccupe.»

«Laboratoire». Loin d’avoir, comme en Italie, provoqué un sursaut national face à la crise, Loukas Papademos, le Premier ministre «technocrate» nommé en novembre, brille surtout par son silence. Alors que le pays négocie à nouveau sa survie en promettant de nouvelles mesures de rigueur, la seule interview qu’il a accordée était destinée au… New York Times. Andreas en est persuadé : «Nous vivons sous une dictature économique. Et la Grèce est le laboratoire où l’on teste la résistance des peuples. Après nous, ce sera le tour des autres pays d’Europe. Il n’y aura plus de classe moyenne.»

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