Plan de paix américain : réaction palestinienne hostile mais modérée

Le chef de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s'exprime au Conseil de sécurité des Nations unies à New York, le 20 février 2018. (AFP/Timothy A. Clary)Retour sur le discours d’Abbas devant le Conseil de sécurité de l’ONU :  Le plan de paix de Trump a été rejeté par le président de l’Autorité palestinienne devant le Conseil de sécurité de l’ONU, qui ferait d’un Etat palestinien un “gruyère suisse”

Le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas a affirmé mardi devant le Conseil de sécurité de l’ONU rejeter le plan de paix israélo-américain, qui ferait d’un Etat palestinien un « gruyère suisse », après avoir renoncé la veille à un vote d’une résolution faute de soutien international suffisant.

« Nous rejetons le plan israélo-américain » qui « remet en question les droits légitimes des Palestiniens », a-t-il lancé en brandissant une grande carte de la Palestine telle que voulue par les Etats-Unis lors d’un discours qui a semblé parfois décousu. « Nous avons rejeté ce plan car Jérusalem-Est ne ferait pas partie de la Palestine et cela suffit pour le refuser », a précisé Mahmoud Abbas. Il ferait de la Palestine « un Etat fragmenté », sans contrôle aérien, sans contrôle maritime. « Qui parmi vous accepterait un tel Etat ? », a demandé aux membres du Conseil le Palestinien, en évoquant une situation « d’apartheid » et l’absence de souveraineté pour son peuple.

Abbas a indiqué que le peuple palestinien ne recourra pas à la violence en réponse au plan de paix Trump ou dans le but d’obtenir le statut d’État : « Je voudrais appeler le peuple israélien à dire que la poursuite de l’occupation et l’occupation militaire d’un autre peuple n’aidera pas votre sécurité », a-t-il déclaré. « Nous devons rester partenaires, chacun dans son pays souverain. »

Il a ajouté : « Nous ne sommes pas contre le peuple juif ou les Juifs. Nous sommes des musulmans. Un musulman qui se dit contre un juif commet un blasphème ».  « Nous ne sommes pas contre le peuple juif. Nous sommes contre ceux qui nous attaquent, nous et notre terre », a-t-il déclaré.  « Nous appelons à la fin de l’occupation et à la création d’un État palestinien. Nous ne nous rendrons pas », a-t-il déclaré, mais il a ajouté : « Nous croyons en la lutte contre la violence et nous n’aurons donc pas recours à la violence. Nous n’aurons pas recours au terrorisme. Nous n’aurons pas recours à la violence ».

Le renoncement au vote d’une résolution mardi matin en présence de ce dirigeant représente un revers sérieux pour les Palestiniens, même s’ils assurent que les négociations sur le texte entamées la semaine dernière vont se poursuivre. Ils expliquent aussi avoir voulu ménager leurs soutiens au Conseil de sécurité qui ont été mis sous une très forte pression des Etats-Unis pour ne pas approuver de résolution. Selon un diplomate occidental, Washington a menacé de « mesures de rétorsion » notamment financières les pays qui se positionneraient contre les Etats-Unis.

Un haut responsable américain, demandant l’anonymat, s’est félicité mardi de ce renoncement. « En ne présentant pas de résolution clivante, le Conseil de sécurité démontre que les vieilles manières de faire sont finies », a-t-il dit. Dimanche, les Etats-Unis et le Royaume-Uni avaient soumis à leurs partenaires du Conseil de sécurité une série d’amendements au texte visant à lui enlever toute critique à l’égard du plan dévoilé par Donald Trump le 28 janvier.

Ce projet retient une « solution à deux Etats » et propose de créer une capitale d’un Etat palestinien à Abu Dis, un faubourg de Jérusalem, alors que les Palestiniens veulent faire de l’ensemble de Jérusalem-Est la capitale de leur Etat.

Il intègre aussi une annexion des implantation israéliennes, ainsi que de la vallée du Jourdain en Cisjordanie, territoire récupéré par Israël en 1967, avec des frontières en rupture avec les lignes d’armistice tracées à l’époque. Il prévoit aussi un Etat démilitarisé pour la Palestine altérant sa souveraineté.

« Etat souverain »

« Ce sont nos territoires », a asséné devant le Conseil de sécurité Mahmoud Abbas. « Qu’est-ce qui vous donne le droit de les annexer ? », a-t-il demandé aux Israéliens, en appelant « la communauté internationale à faire pression sur Israël » pour empêcher cette perspective qui pourrait intervenir au lendemain des prochaines élections israéliennes début mars.

Pour l’ambassadrice américaine à l’ONU, Kelly Craft, le plan, qui s’accompagne d’un investissement de 50 milliards de dollars, « est réaliste et peut être mis en oeuvre ». « Ce n’est pas un projet figé dans le marbre, à prendre ou à laisser », a-t-elle ajouté, évoquant « une proposition de début de dialogue ».

Parmi ses amendements au projet de résolution, Washington a demandé de supprimer la mention d’une vision à « deux Etats souverains et démocratiques » pour ne conserver que la qualification « d’Etats démocratiques ».

Dans une déclaration commune avant la réunion du Conseil de sécurité, les membres de l’Union européenne siégeant dans cette instance (Belgique, France, Allemagne, Estonie, plus la Pologne ancien membre), ont souligné leur engagement à aboutir à une solution à deux Etats, dont « un Etat d’un seul tenant, indépendant, démocratique, d’un seul tenant, souverain et viable » pour les Palestiniens.

Pour les Palestiniens et plusieurs de leurs soutiens, le projet américain est déséquilibré et bien trop favorable à Israël.

Mahmoud Abbas a réaffirmé que « les Etats-Unis ne pouvaient plus être le seul médiateur » pour une paix au Proche-Orient. « Au sein du Quartet, vous êtes les bienvenus, mais en tant que médiateur unique, nous ne pouvons pas accepter … Nous avons essayé, mais nous ne pouvons pas l’accepter à nouveau ».

Il a appelé le « Quartette (Etats-Unis, Russie, Union européenne et ONU) et les membres du Conseil de sécurité à organiser une conférence internationale de paix », sans autre précision.

Selon l’ambassadeur israélien à l’ONU, Danny Danon, la paix ne peut pas intervenir si les Palestiniens ne changent pas de dirigeant.

« Ce n’est qu’une fois qu’il sera parti qu’Israël et les Palestiniens pourront aller de l’avant », a-t-il dit, provoquant l’indignation du secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, assis à sa droite, qui s’est dit « stupéfait ».

Après s’être affiché au côté de Mahmoud Abbas devant des médias réunis dans un hôtel, l’ex-Premier ministre israélien Ehud Olmert (2006-2009) s’est lui aussi inscrit en faux contre la déclaration de Danny Danon. Mahmoud Abbas « est un homme de paix, opposé à la terreur et c’est le seul partenaire avec lequel nous pouvons traiter », a-t-il souligné.

Abbas à Trump : Donnez-nous la possibilité de parvenir à la paix. Votre plan ne le permet pas

« Croyez-moi, s’il y a la paix entre nous et le peuple israélien, ce sera la plus belle forme de paix, mais donnez-nous cette chance de parvenir à la paix », a déclaré Abbas au Conseil de sécurité de l’ONU, affirmant que le plan ne le leur permet pas. « J’espère que le président Trump sera juste et équitable afin que nous puissions avoir la possibilité de parvenir à la paix ».

Abbas a rappelé que lorsqu’il a rencontré le président américain Trump en 2017, on lui a promis que les États-Unis annonceraient leur soutien à un certain nombre de positions palestiniennes clés.

Mais, a-t-il dit, « quelque chose s’est passé » qui l’a amené à changer d’avis et à « soutenir pleinement les souhaits d’Israël ». « Je ne sais pas qui lui a donné ce conseil inacceptable », a dit Abbas. « Je sais que Trump n’est pas comme ça. Le président Trump que j’ai rencontré n’est pas comme ça. Et il est très surprenant ».

« La paix est toujours possible, mais pas avec le plan Trump »

Abbas estime que la paix est encore possible, mais qu’elle ne passera pas par le plan de paix Trump.

« Je suis venu devant vous aujourd’hui pour vous dire que la paix entre Israéliens et Palestiniens est encore possible. Elle est réalisable. Je suis venu pour construire un partenariat international en faveur de la paix », a-t-il déclaré.

« Mais nous devons rejeter ce plan injuste », a-t-il insisté.

Il a affirmé qu’il a été rédigé par un pays (les États-Unis), au nom d’un autre pays (Israël), dans le but d’imposer des conditions aux Palestiniens en violation du droit international et des résolutions des Nations unies.

Le plan d’action « légitime ce qui est illégal » et renforce le « régime d’apartheid »

Abbas a déclaré que le plan de paix du président américain Donald Trump annule le droit des Palestiniens à « l’autodétermination, la liberté et l’indépendance dans notre propre État ».

Le plan « légitime ce qui est illégal : la colonisation et l’annexion de la terre palestinienne … il ne doit pas être considérée comme une référence internationale pour les négociations ».

« Il s’agit d’un plan préemptif israélo-américain visant à mettre fin à la question de la Palestine », a dit Abbas. « Il a été rejeté par nous car il considère que Jérusalem-Est n’est plus sous la souveraineté de l’État de Palestine… Il laisse la Palestine fragmentée… Il mettrait fin à la question des réfugiés palestiniens » et « mettrait fin à toute base pour un plan de paix… »

« Ce plan n’apportera ni la paix ni la stabilité à la région, et nous ne l’accepterons donc pas. Nous nous opposerons à son application sur le terrain ».

Abbas a ajouté que l’accord « renforce le régime d’apartheid ». Il « récompense l’occupation au lieu de la tenir pour responsable de tous les crimes qu’elle a perpétrés contre notre peuple et notre terre ».

Si le président palestinien peut se targuer, dans son rejet du plan de Donald Trump, d’un soutien de la Ligue arabe, de l’Organisation de la Coopération Islamique et de l’Union africaine, l’appui international présente de multiples « fissures », selon le terme employé par Jared Kushner.

Les réactions au plan ont montré souvent de la modération, l’Union européenne ne s’est pas affichée unie et dans le monde arabe, plusieurs pays ont marqué leur soutien à Washington, comme les Emirats Arabes Unis, Oman ou Barheïn.

Selon des diplomates, un vote d’une résolution palestinienne critiquant le projet américain n’aurait pas recueilli les 14 voix sur 15 qui avaient dénoncé, en décembre 2017 à l’ONU, la décision américaine unilatérale de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël.

L’ambassadeur Danon a ensuite attaqué le rejet de Mahmoud Abbas, en déclarant « Si le président Abbas était sérieux dans sa volonté de négocier, il ne serait pas ici à New York, il serait à Jérusalem. Se plaindre au lieu de gouverner, c’est la façon de faire d’Abbas ».

L’ambassadeur israélien a aussi déclaré aux membres du conseil : « Les progrès vers la paix ne seront pas possibles tant que le président Abbas restera à son poste. Ce n’est que lorsqu’il se retirera qu’Israël et les Palestiniens pourront aller de l’avant. Un dirigeant qui choisit le rejet, l’incitation et la glorification du terrorisme ne pourra jamais être un véritable partenaire pour la paix ».

Il a conclu : « La paix est un aspect essentiel de notre croyance, du mode de vie juif. Nous remercions le président Trump et son équipe pour leur dévouement à la cause de la paix ».

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Olmert sera aux côtés d’Abbas à NY pour une conférence de presse – Palestiniens

Une chaîne de télévision fait savoir que l’ex-Premier ministre israélien devrait faire part de son opposition au plan de résolution du conflit israélo-palestinien de Trump

Ehud Olmert, le Premier ministre israélien d’alors, et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Jérusalem en novembre 2008 (Crédit photo : Moshe Milner GPO / Flash90)

Ehud Olmert, le Premier ministre israélien d’alors, et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Jérusalem en novembre 2008 (Crédit photo : Moshe Milner GPO / Flash90)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et l’ex-Premier ministre Ehud Olmert se rencontreront à New York City mardi prochain et ils prendront part à une conférence de presse conjointe, a confirmé jeudi Riyad Mansour, ambassadeur palestinien aux Nations unies.

La Douzième chaîne a indiqué que le président de l’AP et l’ancien Premier ministre qui a fait 16 mois de prison pour faits de corruption, en 2016 et 2017, tiendraient une conférence de presse conjointe.

La chaîne a également noté qu’Olmert devrait faire part de son « opposition » au plan soumis par l’administration américaine pour résoudre le conflit israélo-palestinien et réaffirmer qu’avec Abbas, ils avaient pratiquement conclu un accord de paix avant qu’il ne quitte ses fonctions en 2009, alors qu’il était accusé de corruption.

Olmert a refusé de confirmer s’il avait l’intention de prendre part à une conférence de presse avec Abbas.

« Je ne donne pas d’interviews et je ne réponds pas aux questions », a-t-il écrit dans un message par texto.

Mansour a déclaré au Times of Israel que des détails supplémentaires concernant la conférence de presse seraient révélés dans les prochains jours.

Abbas a rejeté le plan proposé par les Américains avec véhémence, le qualifiant de « gifle du siècle ». Il a juré que les Palestiniens l’enverraient « dans les poubelles de l’histoire ».

Rompant avec les administrations américaines antérieures, le plan Trump envisage la création d’un État palestinien dans environ 70 % de la Cisjordanie, quelques banlieues de Jérusalem-Est, la plus grande partie de la bande de Gaza et dans certains secteurs du sud d’Israël. La création d’un état palestinien est toutefois soumise à certaines conditions – notamment la reconnaissance par les Palestiniens de l’Etat d’Israël en tant qu’État juif et le désarmement du Hamas et des autres groupes terroristes de la bande de Gaza.

La proposition prévoit également l’annexion par Israël des implantations de Cisjordanie. Elle offre à l’État juif la souveraineté sur la vallée du Jourdain et le contrôle de la sécurité à l’ouest du fleuve et interdit tout retour des réfugiés palestiniens au sein d’Israël.

La dernière rencontre publique entre Olmert et Abbas avait eu lieu au mois de décembre 2018 à Paris. Le politicien israélien avait fait l’éloge d’Abbas et indiqué que s’il était resté resté au pouvoir, lui et Abbas seraient parvenu à conclure un accord.

« Le président Abbas n’avait jamais dit ‘Non’ à mon plan », avait-il déclaré devant les caméras de Palestine TV, chaîne officielle de l’AP, à ce moment-là. « Il est vrai qu’il n’avait pas dit ‘Oui’ mais il est également vrai que, si j’étais resté plus longtemps Premier ministre, il y aurait pu y avoir la paix ».

Olmert a expliqué qu’il avait proposé, en 2008, de renoncer à la quasi-totalité de la Cisjordanie en faveur d’Abbas, avec des échanges de terres au cas par cas ; de diviser Jérusalem pour permettre la mise en place dans la ville d’une capitale israélienne et d’abandonner la souveraineté israélienne dans les lieux saints et dans la Vieille Ville pour les placer sous contrôle international.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait succédé à Olmert au poste de Premier ministre en 2009 et a rencontré Abbas pour la dernière fois au cours de négociations directes en 2010.

Netanyahu et Abbas s’accusent mutuellement de saper les efforts de paix.

Abbas devrait arriver lundi à New York City et prononcer un discours devant le conseil de Sécurité des Nations unies, mardi, au sujet du plan de paix.

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Kushner fustige une rencontre « presque pathétique » entre Olmert et Abbas

Pour le gendre et artisan du plan de paix de Donald Trump, le leader palestinien et l’ex-Premier ministre israélien sont “jaloux”, ayant échoué à faire la paix eux-mêmes

Le président de l'Autorité palestinienne  Mahmoud Abbas, à gauche, s'exprime aux côtés du Premier ministre israélien Ehud Olmert, à droite, lors d'une conférence de presse au palais de l'Elysée, à Paris, le 13 juillet 2018 (Crédit : AP Photo/Jacques Brinon)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à gauche, s’exprime aux côtés du Premier ministre israélien Ehud Olmert, à droite, lors d’une conférence de presse au palais de l’Elysée, à Paris, le 13 juillet 2018 (Crédit : AP Photo/Jacques Brinon)

WASHINGTON — L’envoyé pour la paix au Moyen-Orient du président Donald Trump a raillé, jeudi, une conférence de presse qui devrait réunir dans quelques jours l’ex-Premier ministre israélien Ehud Olmert et le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas — lors de laquelle les deux hommes devraient condamner le plan de paix de Trump – disant que cette initiative était « presque pathétique » et qu’elle avait été motivée par la jalousie, les deux hommes ayant échoué à conclure un accord de paix.

« C’est presque pathétique de les voir critiquer les efforts livrés par d’autres pour tenter de conclure un accord », a dit Kushner. « Il y a là-dedans beaucoup de jalousie parce qu’ils n’ont pas été capables de le faire eux-mêmes dans le passé. »

Le gendre et conseiller spécial du président américain s’exprimait devant les journalistes aux Nations unies, après un déjeuner d’information consacré à la proposition de Trump qui a réuni les Etats-membres du conseil de Sécurité.

La proposition de paix a été révélée la semaine dernière.

Olmert et Abbas, a-t-il insisté, ne devraient pas critiquer la tentative de la Maison Blanche de résoudre le conflit israélo-palestinien.

« Si on tente réellement de faire la paix, alors il faut encourager les efforts livrés par les autres en ce sens au lieu de tenter de faire les gros titres alors que vous n’êtes pas vous-même cohérent dans cette entreprise et que vous ne voulez intervenir dans la situation que dans le seul but d’attirer l’attention », a continué Kushner.

Les deux hommes, a-t-il ajouté, « s’opposent publiquement au plan alors qu’eux-mêmes ont eu une chance et qu’ils ont échoué – et je considère cela comme irrespectueux ».

Jeudi, Olmert et Abbas ont fait savoir qu’ils se rencontreraient à New York City mardi prochain et qu’ils prendraient part à une conférence de presse conjointe pour évoquer le plan de paix du président américain – une conférence de presse qui a été initialement annoncée par la Douzième chaîne.

La conférence aura lieu le 11 février à 19 h

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Pour les alliés arabes de Washington, aucun intérêt à critiquer le plan de paix

Selon un expert israélien, plusieurs pays arabes n’ont pas cru bon de critiquer l’initiative ; selon un analyste palestinien, il est trop tôt pour se prononcer sur les réactions

Le président américain Donald Trump, le roi Salman bin Abdulaziz al-Saud d'Arabie saoudite, le roi de Jordanie Abdallah II, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et d'autres responsables prennent la pose pour une photo durant le sommet entre les Etats-Unis et le monde musulman au centre de conférences du roi Abdulaziz à Riyadh, le 21 mai 2017. (Crédit : Mandel NGAN/AFP)

Le président américain Donald Trump, le roi Salman bin Abdulaziz al-Saud d’Arabie saoudite, le roi de Jordanie Abdallah II, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et d’autres responsables prennent la pose pour une photo durant le sommet entre les Etats-Unis et le monde musulman au centre de conférences du roi Abdulaziz à Riyadh, le 21 mai 2017. (Crédit : Mandel NGAN/AFP)

Lorsque le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est engagé à annexer la vallée du Jourdain en septembre dernier, s’il était reconduit dans ses fonctions, les gouvernements arabes alliés aux Etats-Unis se sont immédiatement joints aux Palestiniens pour – vivement – dénoncer cette déclaration.

La cour royale d’Arabie Saoudite avait qualifié la déclaration de Netanyahu d’“escalade très dangereuse aux dépens du peuple palestinien”, ajoutant qu’elle représenterait « une violation claire de la Charte des Nations unies et des normes internationales ».

Le ministère des Affaires étrangères du Bahrein avait lui qualifié la remarque du Premier ministre de « violation flagrante et inacceptable des droits du peuple palestinien ».

Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, avait déclaré qu’elle visait à « faire voler en éclats les fondements du processus de paix ».

Et le ministère des Affaires étrangères du Qatar avait affirmé qu’elle constituait « une extension de la politique de l’occupation consistant à violer les lois internationales et à employer des méthodes méprisables pour déloger le peuple palestinien frère ».

Mais mardi et mercredi, une fois que l’administration américaine eut enfin  dévoilé son plan pour tenter de résoudre le conflit israélo-palestinien, qui prévoit aussi de placer la vallée du Jourdain sous souveraineté israélienne, la plupart des gouvernements arabes ont clairement adopté un ton sensiblement différent.

Bien que leurs déclarations n’aient pas exprimé un soutien à part entière au plan, ils ne l’ont pas non plus rejeté d’emblée ni formulé de critiques directes à son égard.

En revanche, les Palestiniens ont vivement critiqué l’initiative américaine, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas l’ayant qualifiée de « gifle du siècle » et ayant promis que le peuple palestinien « l’enverra aux poubelles de l’histoire ».

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a déclaré que Ryad « réitère son soutien à tous les efforts visant à parvenir à un règlement juste et global de la cause palestinienne » et « apprécie les efforts de l’administration du président [Donald] Trump pour élaborer un plan de paix global ». Il a également déclaré que le royaume du Golfe « encourage l’ouverture de négociations de paix directes entre les parties palestinienne et israélienne, sous les auspices des États-Unis, et à résoudre les désaccords avec certains aspects du plan à travers la négociation ».

Le ministère des Affaires étrangères du Bahreïn a déclaré que Manama « affirme … son soutien à tous les efforts visant à parvenir à une solution juste et globale du conflit, qui conduise à la restauration de tous les droits légitimes du peuple palestinien et à la création d’un État palestinien indépendant ».

Les Émirats arabes unis ont apparemment publié la déclaration la plus élogieuse, qualifiant le plan d’“initiative sérieuse”, précisant qu’il « offre un point de départ important pour un retour aux négociations dans un cadre international dirigé par les États-Unis ».

Entre-temps, le Qatar et la Jordanie ont fait des déclarations plus fermes, mais ils se sont également abstenus de réprimander spécifiquement le plan.

Le Qatar a déclaré qu’il saluait « tous les efforts visant à une paix durable et juste » et « apprécie les efforts du président Trump et de l’actuelle administration américaine pour trouver des solutions au conflit israélo-palestinien ». L’émirat du Golfe a également déclaré que « la paix ne peut être durable si les droits des Palestiniens dans leur État souverain à l’intérieur des frontières de 1967, y compris Jérusalem-Est, et le droit au retour, ne sont pas préservés ».

Safadi, le ministre jordanien des Affaires étrangères, a exprimé son soutien à la création d’un État palestinien sur les lignes de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale et a mis en garde contre « les conséquences dangereuses des mesures israéliennes unilatérales, telles que l’annexion de terres palestiniennes, la construction et l’expansion de sites israéliens illégaux… et les empiètements sur les lieux saints à Jérusalem ».

Aucun intérêt à critiquer

Eldad Shavit, chercheur principal au sein du groupe de réflexion de l’Institute for National Security Studies à Tel Aviv, a déclaré que de nombreux États arabes ont choisi de ne pas critiquer directement le plan parce qu’ils n’y trouvaient aucun intérêt à le faire.

« Ils veulent certainement maintenir de bonnes relations avec les États-Unis », a déclaré M. Shavit, qui était à la fois un haut fonctionnaire des services de renseignements militaires de l’armée israélienne et du bureau du Premier ministre. « Ils savent aussi que ce plan pourrait rester sur les tablettes et ne jamais être mis en œuvre. Ils pensent donc qu’ils n’ont pas beaucoup à gagner à le critiquer explicitement maintenant ».

En plus de placer la vallée du Jourdain sous souveraineté israélienne, le plan prévoit la création d’un État palestinien dans environ 70 % de la Cisjordanie, une petite poignée de quartiers à Jérusalem-Est, la majeure partie de la bande de Gaza et certaines zones du sud d’Israël – à condition que les Palestiniens reconnaissent Israël comme un État juif et que le Hamas et les autres groupes terroristes de la bande de Gaza déposent les armes.

Il prévoit également d’autoriser Israël à annexer des implantations, d’accorder à l’État juif un contrôle de sécurité prioritaire à l’ouest du Jourdain et d’interdire aux Palestiniens d’entrer en Israël en tant que réfugiés.

Shavit, cependant, a noté qu’il pense que plusieurs pays arabes changeraient leur discours sur le plan, si Israël venait à l’utiliser pour annexer unilatéralement des parties de la Cisjordanie.

« Je crois que les États-Unis ont promis à ces pays qu’Israël ne prendrait pas de mesures unilatérales et qu’il y aurait des négociations », a-t-il déclaré. « Si cela change et qu’Israël opte pour l’annexion, par exemple, je pense que nous verrons ces pays adopter une ligne différente ».

M. Netanyahu avait initialement déclaré mardi qu’il voulait soumettre au vote dimanche prochain une proposition visant à annexer certaines parties de la Cisjordanie, mais le ministre du Tourisme, Yariv Levin, a laissé entendre mercredi que cela ne se ferait pas.

Levin a déclaré qu’il y avait encore plusieurs obstacles bureaucratiques à franchir, notamment « soumettre la proposition au procureur général et le laisser examiner le dossier ».

Interrogé sur la perspective de l’annexion imminente par Israël de territoires en Cisjordanie, Jared Kushner, conseiller principal de Trump, a déclaré mercredi : « L’espoir est qu’ils attendent jusqu’après l’élection, et nous travaillerons avec eux pour essayer de trouver une solution. »

L’Iran l’emporte sur la Palestine

Uzi Rabi, le directeur du Centre Moshe Dayan pour les études du Moyen Orient à l’Université de Tel Aviv, a déclaré qu’il pensait que de nombreux pays arabes n’avaient pas explicitement rejeté le plan parce que les États-Unis les avaient consultés à ce sujet.

« Ils savent qu’ils ne peuvent pas s’opposer de manière virulente à un plan que les Américains ont discuté et élaboré avec eux », a-t-il déclaré. « S’ils le faisaient, ils provoqueraient des tensions avec les Américains et ils ne le souhaitent pas du tout ».

Depuis l’entrée en fonction de M. Trump en 2016, M. Kushner et d’autres hauts responsables américains ont souvent rencontré des responsables arabes pour discuter du conflit israélo-palestinien. Le Bahreïn a même accueilli le lancement de la partie économique du plan en juin.

M. Rabi a également fait valoir que la plupart des réponses des pays arabes du Golfe persique indiquent qu’ils estiment que les activités régionales de l’Iran priment sur le conflit israélo-palestinien.

« Leurs réactions montrent clairement que leur première priorité dans la région est l’Iran. Ils ne veulent pas prendre de mesures qui pourraient contrarier les États-Unis et compromettre leurs chances de faire face aux menaces iraniennes », a-t-il déclaré. « Ils ne croient tout simplement pas qu’il y ait une grande valeur stratégique à investir des efforts dans la question palestinienne ».

Les pays arabes du Golfe, en particulier l’Arabie Saoudite, les EAU et le Bahreïn, considèrent l’Iran comme un ennemi régional majeur et s’opposent fermement à son soutien aux groupes armés dans tout le Moyen Orient.

Daoud Kuttab, un analyste palestinien basé à Amman qui écrit pour Al-Monitor et dirige une station de radio locale, a déclaré qu’il était d’accord avec le fait qu’un grand nombre d’États arabes souhaitent maintenir des relations positives avec les États-Unis, mais a averti qu’il était peut-être trop tôt pour juger pleinement de leur réaction au plan.

« Ce sont des réponses très diplomatiques. Ils comprennent le fonctionnement de Trump et ne veulent pas le mettre en colère », a-t-il déclaré. « Mais je pense qu’il est trop tôt pour dire que nous avons vu leur réponse complète. Il sera important de voir ce qu’ils diront à la Ligue arabe ce week-end ».

La Ligue arabe doit se réunir en présence d’Abbas pour discuter de ce plan.

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Le Qatar salue le plan américain et défend un Etat palestinien

Le riche pays gazier du Golfe estime toutefois que la paix ne serait durable qu’avec la naissance d’un Etat palestinien ayant “Jérusalem-Est pour capitale”

L'émir qatarien Sheikh Tamim bin Hamad al-Thani participe au sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG) au palais Bayan à Koweït City le 5 décembre 2017. (GIUSEPPE CACACE/AFP/Getty Images)

L’émir qatarien Sheikh Tamim bin Hamad al-Thani participe au sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG) au palais Bayan à Koweït City le 5 décembre 2017. (GIUSEPPE CACACE/AFP/Getty Images)

Le Qatar a salué mercredi le plan pour le Moyen-Orient du président américain Donald Trump tout en estimant que la paix ne serait durable qu’avec la naissance d’un Etat palestinien ayant « Jérusalem-Est pour capitale ».

« Le Qatar salue les efforts visant à parvenir à une paix durable dans les territoires palestiniens occupés et apprécie les efforts de l’administration américaine pour trouver une solution au conflit israélo-palestinien », écrit l’agence de presse officielle QNA.

« Le Qatar réaffirme son soutien aux institutions palestiniennes, relevant que la paix ne peut être durable que si le droit des Palestiniens à un Etat souverain ayant Jérusalem-Est (pour capitale) est préservé et le retour des réfugiés est garanti », ajoute la QNA.

Lors d’un entretien téléphonique avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, l’émir du Qatar, le cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani a appelé à « mettre fin aux divisions », selon la QNA.

Le Qatar aidera à parvenir à « une résolution juste, exhaustive et permanente » du conflit israélo-palestinien, a-t-il promis.

Le plan de paix américain, annoncé mardi, accorde de nombreuses concessions à Israël. Il a été rejeté avec véhémence par les Palestiniens.

Il comprend notamment la reconnaissance de l’annexion par Israël à son territoire des implantations de Cisjordanie, en particulier dans la vallée du Jourdain, en violation du droit international selon l’ONU.

 

 

 

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