Le décevant TRUMP recule devant Jérusalem : une pierre trop lourde à porter ?

Le président américain Donald Trump au musée du mémorial de l'Holocauste de Yad Vashem, à Jérusalem, le 23 mai 2017. (Crédit : Gali Tibbon/AFP)Déménagement de l’Ambassade US en Israël  : Le renoncement de Trump est une énième divergence entre les USA et Israël. Pour la Maison Blanche, cette décision « maximisera les chances de négocier avec succès un accord avec les Palestiniens », mais pour Netanyahu, cela ne fait qu’éloigner cet accord.

En 1972, Gerald Ford, alors membre du Congrès, avait appelé au déplacement de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. Deux ans plus tard, Ford, désormais président, a été interrogé par l’ambassadeur israélien à Washington de l’époque, un certain Yitzhak Rabin, sur cette relocalisation : « Dans le Bureau ovale, on voit les choses différemment que depuis la Chambre des Représentants », avait dit Ford, selon Rabin. 
Vingt ans plus tard, le Congrès a adopté une loi stipulant que l’ambassade doit être déplacée à Jérusalem, mais qui autorise les présidents à reporter cette relocalisation tous les 6 mois. En accréditant Ford, jeudi, Donald Trump est devenu le quatrième président américain à signer le formulaire de renonciation présidentielle imposant un report, comme l’on fait ses prédécesseurs à 36 reprises depuis la fin des années 90. Cette mesure, bien que décevante pour les sympathisants juifs et évangélistes en Israël et aux États-Unis, n’a surpris personne. Trump a apposé sa signature avec la même « détermination présidentielle » que Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama. Le formulaire stipule qu’il est « nécessaire, afin de protéger les intérêts sécuritaires des États-Unis, de suspendre pour une période de six mois », l’entrée en vigueur du Jerusalem embassy Act.

Trump, qui, il y a quelques mois, était considéré par la droite israélienne comme un potentiel président de rêve, a une fois de plus publiquement exprimé son désaccord avec le gouvernement israélien. Le président a exhorté publiquement un Netanyahu mécontent à freiner les implantations, et a ouvertement divergé avec lui quant à la disposition du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à faire la paix.

La Maison Blanche, consciente que le fait que Trump n’honore pas sa promesse de campagne, de relocaliser l’ambassade sera vivement critiqué, a diffusé un communiqué de presse indiquant que la promesse n’a pas été rompue, mais simplement reportée. Le communiqué souligne que la signature du formulaire de renonciation ne doit pas être vue comme « un retrait du soutien infaillible pour Israël et pour l’alliance entre les États-Unis et Israël ». Mais la phrase suivante, apparemment rédigée pour tenter d’assagir les critiques, s’est concentrée sur la différence dans la façon dont la Maison Blanche et le Bureau du Premier ministre à Jérusalem visualisent la dynamique du processus de paix israélo-palestinien : « Le président Trump a pris la décision de maximiser ses chances de négocier avec succès un accord entre Israéliens et Palestiniens, ce qui le contraint à remplir son obligation de défendre les intérêts sécuritaires de l’Amérique », peut-on lire dans le communiqué. « Mais, comme il l’a réitéré, la question ne porte pas sur l’hypothèse d’une relocalisation, mais sur son timing. »

En d’autres termes, ne pas déplacer l’ambassade aidera les États-Unis à négocier un accord de paix permanent, selon le raisonnement de l’administration. Le gouvernement israélien soutient le contraire : « Le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem non seulement ne nuira pas au processus de paix, mais au contraire le fera progresser en corrigeant une injustice historique et en brisant le fantasme palestinien selon lequel Jérusalem n’est pas la capitale d’Israël », avait déclaré le Bureau de Netanyahu le 14 mai dernier. Le lendemain, le Bureau du Premier ministre avait, de manière tout à fait surprenant, diffusé des éléments du protocole de la rencontre enter Netanyahu et Trump le 14 février dans le Bureau ovale, qui montrait que le Premier ministre avait assuré au président que le transfert de l’ambassade à Jérusalem « ne conduira pas à un bain de sang dans la région, comme certains veulent le faire croire [à Trump] pour l’intimider ».Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump, pendant la cérémonie d'accueil sur le tarmac de l'aéroport international Ben Gurion, le 22 mai 2017. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Jeudi, quelques minutes après que la Maison Blanche a annoncé que Trump avait signé le formulaire, Netanyahu a renforcé son argumentaire, en allant jusqu’à dire que le maintien de l’ambassade à Tel Aviv « éloigne davantage la paix en laissant libre cours au fantasme palestinien selon lequel le peuple juif et l’État juif n’ont aucun lien avec Jérusalem. » Alors que le Bureau du Premier ministre a affirmé apprécier « l’amitié que témoigne Trump à Israël et son engagement à un transfert dans le futur », le communiqué sur la difficulté à parvenir à la paix a mis en lumière une divergence fondamentale entre Jérusalem et Washington en ce qui concerne la façon de parvenir à cet objectif.

On ne sait pas exactement ce qui a conduit Trump à signer ce formulaire. Peut-être était-ce à la demande du camp soi-disant « réaliste » au sein de l’administration américaine, qui l’a mis en garde qu’il ne sera plus considéré comme un négociateur honnête s’il changeait les règles du jeu en faveur d’Israël. Ou peut-être a-t-il été influencé par les nombreux dirigeants arabes qu’il a rencontrés ces derniers mois, qui lui ont tous dit qu’il pouvait enterrer son espoir de parvenir à l’accord ultime s’il commençait par tacitement reconnaître la souveraineté israélienne sur Jérusalem.

Mais selon les explications de la Maison Blanche, cette signature s’inscrit dans la ligne de pensée traditionnelle de chaque président qui a décidé de reporter le transfert de l’ambassade. Nombre d’entre eux étaient authentiquement disposés à transférer l’ambassade à Jérusalem, mais se sont abstenus parce qu’ils pensaient que ce transfert compliquerait davantage les efforts pour parvenir à la paix :  « J’ai toujours voulu déplacer notre ambassade à Jérusalem Ouest », avait déclaré Bill Clinton dans une interview en 2000, peu avant la fin de son second mandat à la Maison Blanche. « Je ne l’ai pas fait, parce que je ne voulais rien faire qui puisse saboter notre capacité à négocier une paix sécure, juste et durable entre Israéliens et Palestiniens. »

La Maison Blanche a indiqué jeudi que le transfert de l’ambassade n’est pas hypothétique, et qu’il se produira en temps voulu. De nombreux responsables israéliens ont montré jeudi, qu’ils croient Trump capable de tenir sa promesse. En effet, il n’est pas impensable que le président, après que sa tentative de parvenir rapidement à un accord de paix échoue, finira par accepter de déplacer l’ambassade à Jérusalem.  D’un autre côté, Trump, aussi inconventionnel puisse-t-il être dans d’autres sphères, est resté relativement réglo en ce qui concerne Israël/Palestine. La signature du formulaire jeudi fait très certainement partie de la routine classique d’un président américain.

Même si Trump a fait campagne sur la promesse de déplacer l’ambassade, des sources de la Maison Blanche ont indiqué mercredi qu’il signerait l’exemption, ce qui pourra irriter des groupes démographiques importants qui l’ont soutenu pendant sa campagne électorale de 2016 pour la présidence.

« Une majorité des Juifs orthodoxes américains ont voté pour M. Trump parce qu’ils attendent qu’il soit un président plus favorable à Israël », a indiqué Nathan Diament, directeur exécutif en charge de la politique publique de l’Union orthodoxe, la plus grande association représentant ce courant du judaïsme aux Etats-Unis.

Selon Diament, les discours forts de Trump, et notamment sa promesse de déplacer l’ambassade à Jérusalem, ont été cruciaux pour ces électeurs : « La promesse du président Trump de déplacer l’ambassade à Jérusalem a été d’une importance critique pour des millions de chrétiens sionistes qui ont finalement soutenu sa campagne pour la Maison Blanche. Ils regarderont de près ce que le président fait », a prévenu le pasteur John Hagee, président et fondateur de Christians United for Israël.

L’association d’Hagee, qui regroupe plus de trois millions de chrétiens évangéliques dans les 50 états américains, s’est mobilisée pour soutenir Trump pendant l’élection serrée de novembre 2016, tout en maintenant la pression sur le président. Hagee a souligné que « quelques jours avant l’investiture du président Trump, Christians United for Israël (CUFI) a organisé des vols d’urgence pour que les dirigeants de CUFI dans 49 états se rencontrent dans la capitale de notre pays pour appeler personnellement leurs sénateurs à soutenir le déplacement de l’ambassade à Jérusalem, la capitale éternelle d’Israël. »  « Depuis, des dizaines de milliers de chrétiens sionistes ont appelé et envoyé des e-mails à la Maison Blanche pour soutenir le déplacement de l’ambassade, en vertu de nos alertes d’action CUFI, a poursuivie Hagee. Les dirigeants de CUFI ont aussi exprimé leur fort soutien au déplacement de l’ambassade à Jérusalem dans des déclarations publiques dans tout le pays, ainsi que pendant des rencontres privées avec de hauts responsables de l’administration. »

NdlR : les pro-TRUMP des premiers jours dans les rangs des messianiques se font aujourd’hui discrets. Ils espèrent encore en l’homme, ils placent encore leur confiance dans les chars de ce petit Pharaon… quelle déception, quelle amertume, quel déni de la réalité et des avertissements divins. Nous attendons la suite des justifications prophétiques sur celui qui était annoncé comme un nouveau Cyrus… peut-être demain ?  Peut-être en sera-t-il empêché par une procédure d’empeachment ? On nous expliquera que ce n’est pas de sa faute mais qu’un complot interne de la CIA pro-démocrate l’a forcé à signer cet acte de report…. dont acte !

 

Trump ne déplace pas encore l’ambassade à Jérusalem : réactions

A droite, on évoque la “déception” que le président américain n’ait pas tenu sa promesse électorale ; Herzog espère que “Netanyahu a appris une leçon”

Le président américain Donald Trump signant son premier décret exécutif dans le Bureau ovale, le 23 janvier 2017. (Crédit : Ron Sachs/Pool/Getty Images)

Le président américain Donald Trump signant son premier décret exécutif dans le Bureau ovale, le 23 janvier 2017. (Crédit : Ron Sachs/Pool/Getty Images)

Les réactions israéliennes et palestiniennes ont été immédiates. L’ONU un peu plus tard.

Le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré dans un communiqué que « la position constante d’Israël est que l’ambassade américaine, comme les ambassades de tous les pays avec qui nous avons des relations diplomatiques, devrait être à Jérusalem, notre capitale éternelle. »

« Maintenir les ambassades ailleurs que dans la capitale éloigne encore la paix en maintenant le fantasme palestinien selon lequel le peuple juif et l’Etat juif n’ont pas de connexion à Jérusalem », a-t-il ajouté.

Le président Donald Trump et le Premier ministre  Benjamin Netanyahu à l'aéroport Ben Gurion, à la fin de la visite de Trump en Israël, le 23 mai 2017. (Crédit : Koby Gideon/GPO)

« Même si Israël est déçu que l’ambassade ne soit pas déplacée pour l’instant, nous apprécions l’expression d’amitié envers Israël du président Trump d’aujourd’hui [jeudi] et son engagement à déplacer l’ambassade dans le futur », a conclu le communiqué de Netanyahu.

Nir Barkat, le maire de Jérusalem, a lui aussi exprimé sa déception, tout en se disant « certain » que le président américain tiendra sa promesse électorale.

« Je regrette la décision du président Trump de signer l’exemption diplomatique, mais je suis certain qu’il tiendra sa promesse et fera venir l’ambassade américaine dans son emplacement légitime : Jérusalem, la capitale d’Israël. Je continuerai à fournir de l’aide à l’administration américaine, et à faire tout ce que je peux pour garantir que le déplacement se produise dès que possible. »

Zeev Elkin, le ministre des Affaires de Jérusalem, a déclaré jeudi qu’il était déçu que Trump ne tienne pas une importante promesse électorale.

« Je suis déçu de la décision du président Trump, qui a promis à ses électeurs qu’il déplacerait l’ambassade à Jérusalem, mais n’a pas tenu [sa promesse], a-t-il déclaré dans un communiqué. Toutes les ambassades devraient être dans notre capitale, Jérusalem. »

Elkin a appelé le président américain à annoncer le déplacement de l’ambassade à la prochaine opportunité, soulignant qu’Israël marquait cette année le 50e anniversaire de la guerre des Six Jours.

« Déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem et reconnaitre Jérusalem unifiée comme capitale d’Israël, comme l’a affirmé le Congrès, non seulement ne nuit pas aux chances d’une paix réelle avec les Palestiniens, mais indique aux Palestiniens ce que la vaste majorité des Israéliens savent déjà, qu’Israël n’acceptera jamais de diviser Jérusalem », a-t-il ajouté.

Dans un communiqué de son porte-parole, Naftali Bennett, ministre de l’Education et président du parti HaBayit HaYehudi, a lui aussi déclaré qu’ « il n’y a pas de paix fondée sur la division de Jérusalem. »

Zeev Elkin arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet, au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 14 février 2016. (Crédit : Olivier Fitoussi/Pool)

« Reporter le déplacement de l’ambassade américaine aurait en fait un effet opposé et nuit aux perspectives d’une paix durable en nourrissant de fausses attentes parmi les Palestiniens en ce qui concerne la division de Jérusalem, ce qui n’arrivera jamais », a-t-il ajouté.

« Seule la reconnaissance d’une Jérusalem unifiée sous souveraineté israélienne mettra fin aux illusions et ouvrira la voie à une paix tenable avec nos voisins », a-t-il dit.

Yariv Levin, ministre du Tourisme, a exprimé sa déception. « Le président Trump est un réel ami d’Israël, a dit Levin. C’est précisément pourquoi la déception après l’absence de transfert de l’ambassade est si grande. »

Isaac Herzog, le chef de l’opposition, a déclaré que la signature par Trump de la fameuse exemption devrait apprendre à Netanyahu qu’il n’y a pas de raccourci en diplomatie.

Isaac Herzog, chef de l'opposition, à la Knesset, le 17 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Netanyahu a appris une autre leçon aujourd’hui : il n’y a pas de raccourci, a-t-il dit. Quiconque cherche une reconnaissance internationale doit conclure un accord politique courageux, et ce que Trump comprend, j’espère qu’après 50 ans, Netanyahu le comprendra. »

Des responsables palestiniens ont salué jeudi comme un « pas positif et important » la décision du président américain Donald Trump de ne pas encore déménager pour le moment l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem.

L’ambassadeur de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) aux Etats-Unis a pour sa part affirmé que la décision de Trump posera les fondations de la paix.

« [La décision] est conforme à la politique américaine de longue date et au consensus international, et elle donne une chance à la paix », a déclaré le Dr Husam Zomlot dans un communiqué.

Le docteur Husam Zomlot, nouvel envoyé de l'Organisation de libération de la Palestine aux Etats-Unis. (Crédit : autorisation)

« Nous sommes prêts à commencer le processus de consultation avec l’administration américaine. Nous sommes sérieux et sincères sur la conclusion d’une paix juste et durable », a-t-il ajouté.

En ne mettant pas à exécution une de ses promesses de campagne, M. Trump a pris une décision qui « renforce les chances de parvenir à la paix », a estimé le porte-parole de la présidence palestinienne Nabil Abou Roudeina.

La décision du président américain est « une sage décision », a estimé jeudi le porte-parole de l’ONU Stephane Dujarric.

Il a rappelé que pour l’ONU « le statut de Jérusalem est un problème essentiel qui ne peut être résolu que par un règlement politique négocié » du conflit israélo-palestinien.

« Le secrétaire général (Antonio Guterres) espère que cette décision peut contribuer à faciliter la reprise d’un véritable processus de paix », a-t-il ajouté.

J Street, qui se présente comme un lobby américain pacifique pro-israélien, a salué la décision de Trump de ne pas déplacer l’ambassade pour l’instant, conformément à la tradition bipartisane.

« Nous sommes ravis que l’administration ait entendu les conseils de responsables historiques des communautés diplomatiques et sécuritaires, et ait décidé de maintenir la prudente politique de ses prédécesseurs sur le sujet », a déclaré l’association dans un communiqué.

J Street prévient que déplacer l’ambassade avant un accord de paix final « porte le risque de déclencher de potentielles violences. »

Le consulat américain de Jérusalem. Illustration. (Crédit : Magister/CC BY-SA/WikiMedia)

Israël a conquis Jérusalem Est et la Cisjordanie à la Jordanie pendant la guerre des Six Jours de 1967, avant d’annexer Jérusalem Est, ce qui n’a jamais été reconnu par la communauté internationale. Israël a déclaré la ville sa capitale indivisible, mais les Palestiniens revendiquent Jérusalem Est comme capitale d’un futur état.

Les pays qui ont des relations avec Israël installent généralement leurs ambassades à Tel Aviv, et certains ont des consulats à Jérusalem.

Une loi du Congrès adoptée en novembre 1995 (Jerusalem Embassy Act) stipule que la représentation diplomatique de Washington dans l’Etat hébreu doit se trouver à Jérusalem, reconnaissant ainsi de facto cette ville comme la capitale d’Israël.

Mais depuis deux décennies, une clause dérogatoire à cette loi permet à l’exécutif américain de bloquer son application et tous les présidents américains successifs ont depuis la fin des années 1990 signé tous les six mois cette clause.

Cela a permis à Washington, comme la plupart des autres puissances, de maintenir son ambassade à Tel Aviv.

La dernière fois que la clause fut activée, ce fut en décembre par le président démocrate Barack Obama, un mois avant de céder le bail de la Maison Blanche au républicain Donald Trump.

L’échéance pour M. Trump tombait ce jeudi, une minute avant minuit (heure de la côte est), soit vendredi à 03H59 GMT.

Après l’annonce du voyage en Israël de Trump, des rumeurs ont laissé entendre qu’il pourrait utiliser cette visite, à la veille de Yom Yeroushalayim, qui commémorait le cinquantenaire de la réunification de Jérusalem pendant la guerre des Six Jours, pour annoncer le déplacement.

Il a été annoncé que ses conversations avec différents dirigeants arabes, notamment le roi Abdallah II de Jordanie en février, avaient été cruciales dans sa décision de repousser le sujet.

Le roi Abdallah II de Jordanie en conférence de presse avec le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, le 5 avril 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)

Les dirigeants arabes auraient dit à Trump, ainsi qu’à plusieurs membres de son administration, qu’un déplacement de l’ambassade dans le contexte actuel pourrait enflammer toute la région et empêcherait ces pays de jouer un rôle utile dans le processus de paix.

Quelques jours avant de quitter la région, un responsable de l’administration avait confirmé au Times of Israël que Trump ne tiendrait pas « immédiatement » sa promesse de campagne, mais qu’une « décision finale n’a pas été prise ».

Un autre responsable avait dit à Bloomberg que « nous ne pensons pas qu’il serait sage de le faire pour l’instant. Nous avons été très clairs sur notre position et sur ce que nous aimerions voir réalisé, mais nous ne cherchons à provoquer personne. »

Le 24 mai, au lendemain du départ d’Israël de Trump, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait répété son appel aux Etats-Unis et aux autres pays qui entretiennent des relations diplomatiques avec Israël à déplacer leurs ambassades à Jérusalem. Netanyahu juge qu’il est « absurde » que les ambassades étrangères soient à Tel Aviv.

 

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Trump risque la colère de millions d’électeurs pro-Israël en maintenant l’ambassade à Tel Aviv

“La promesse de Trump a été d’une importance critique pour les millions de chrétiens sionistes” qui ont voté pour lui, a dit le pasteur John Hagee ; “ils regarderont de près”

Le président américain Donald Trump devant le mur Occidental, le lieu de prière le plus saint du judaïsme, dans la Vieille ville de Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Ronen Zvulun/Pool/AFP)

Le président américain Donald Trump devant le mur Occidental, le lieu de prière le plus saint du judaïsme, dans la Vieille ville de Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Ronen Zvulun/Pool/AFP)

Même si Trump a fait campagne sur la promesse de déplacer l’ambassade, des sources de la Maison Blanche ont indiqué mercredi qu’il signerait l’exemption, ce qui pourra irriter des groupes démographiques importants qui l’ont soutenu pendant sa campagne électorale de 2016 pour la présidence.

« Une majorité des Juifs orthodoxes américains ont voté pour M. Trump parce qu’ils attendent qu’il soit un président plus favorable à Israël », a indiqué Nathan Diament, directeur exécutif en charge de la politique publique de l’Union orthodoxe, la plus grande association représentant ce courant du judaïsme aux Etats-Unis.

Selon Diament, les discours forts de Trump, et notamment sa promesse de déplacer l’ambassade à Jérusalem, ont été cruciaux pour ces électeurs.

« La promesse du président Trump de déplacer l’ambassade à Jérusalem a été d’une importance critique pour des millions de chrétiens sionistes qui ont finalement soutenu sa campagne pour la Maison Blanche. Ils regarderont de près ce que le président fait », a prévenu le pasteur John Hagee, président et fondateur de Christians United for Israël.

Le pasteur John Hagee, coude à coude avec le rabbin Shlomo Riskin, pendant une manifestation de solidarité en 2010. (Crédit : Christians United for Israel)

En 1995, le Congrès américain a adopté une loi exigeant du département d’Etat qu’il ouvre une ambassade américaine à Jérusalem. Alors que cette loi n’exclut pas l’existence de deux ambassades, l’une à Jérusalem et l’autre à Tel Aviv, elle contient une clause autorisant le président à reporter l’ouverture d’une ambassade à Jérusalem pour des raisons de sécurité nationale.

Même si plusieurs candidats à la présidence, dont Barack Obama, ont promis de « déplacer » l’ambassade, chaque président américain, de Bill Clinton à Barack Obama, a renouvelé l’exemption tous les six mois, de sa durée d’expiration.

« Je pense que l’on attend maintenant que les présidents signent l’exemption, quelles que soient leurs promesses électorales. Le seul moyen de surprendre les électeurs et de potentiellement marquer des points serait de ne pas signer l’exemption, mais cela n’est toujours pas arrivé », a dit Tevi Troy, ancien conseiller de la Maison Blanche et auteur de Shall We Wake the President? Two Centuries of Disaster Management from the Oval Office (Devons-nous réveiller le président ? Deux siècles de gestion des désastres au Bureau ovale.)

Mais d’autres, comme Diament, disent que les déclarations répétées de Trump pendant la campagne, ainsi que son positionnement d’homme qui tient ses promesses, ont suscité des attentes.

En janvier 2016, Trump avait dit à un journaliste qu’ « ils veulent [l’ambassade] à Jérusalem. Eh bien, je suis pour à 100 %. Nous sommes pour à 100 %. »

Deux mois plus tard, pendant son discours devant la conférence politique annuelle de l’AIPAC, Trump avait déclaré sous les applaudissements que s’il était élu, « nous déplacerons l’ambassade américaine vers la capitale éternelle du peuple juif, Jérusalem. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à droite, à l'aéroport international Ben Gurion avant le départ de Trump, le 23 mai 2017. (Crédit : Koby Gideon/GPO)

Beaucoup des partisans de Trump, aux Etats-Unis et à l’étranger, attendent que l’homme qui a fait campagne en se présentant comme un homme pragmatique tienne sa promesse.

Quand elle l’avait félicité au lendemain de son élection, la vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely (Likud), avait souligné qu’elle « aimerait répéter l’appréciation profonde en Israël de l’intention déclarée du président élu Trump de déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem. »

« Ce sera décevant si le président Trump ne tient pas sa promesse », a prévenu Diament à l’approche du 1er juin, date limite pour signer l’exemption.

Le message de Diament a aussi été entendu cette semaine au Capitole, siège du Congrès américain, quand dirigeants et militants se sont rassemblés au moment où s’entrechoquaient la visite de Trump à Jérusalem, le 50e anniversaire de la guerre des Six Jours de 1967, et la date limite prochaine pour le renouvellement de l’exemption.

Devant une salle remplie, Martin Oliner, directeur des Sionistes religieux en Amérique, avait rappelé cette attente. « Nous n’abandonnons pas l’espoir que le président Trump tienne sa promesse d’autoriser l’ambassade américaine en Israël à être déplacée là où elle doit être », avait-il dit aux personnes présentes, qui représentaient plus de 24 associations sionistes américaines.

Le consulat américain de Jérusalem. Illustration. (Crédit : Magister/CC BY-SA/WikiMedia)

Plusieurs des membres du Congrès qui se sont exprimés pendant ce rassemblement ont fait écho au message d’Oliner.

Pendant l’évènement, le représentant républicain de Californie, Ed Royce, a souligné qu’il avait travaillé avec deux autres représentants républicains, Lee Zeldin (New York) et mark Meadows (Caroline du Nord) pour rédiger une lettre insistant pour que le président reconnaisse Jérusalem comme la capitale indivisible d’Israël et y déplace l’ambassade.

« La loi exigeant que l’ambassade soit déplacée a fait l’actualité ces derniers temps. Mais on oublie que la même loi qui a été adoptée en 1995 mais n’a jamais été appliquée à cause des exemptions présidentielles accorderait aussi la reconnaissance officielle de l’Amérique que Jérusalem est la capitale d’Israël, avait dit Oliner. C’est encore une raison supplémentaire pour que chaque organisation juive ici, chaque membre du Congrès, et chaque Juif fassent pression pour que la loi soit appliquée maintenant ! »

Ces pressions sont de fait en cours depuis l’élection de Trump en novembre dernier.

En décembre, l’Union orthodoxe avait lancé une pétition appelant le président à tenir sa promesse de déplacer l’ambassade.

Diament a dit que son organisation avait été récemment en contact avec des responsables de la Maison Blanche pour transmettre l’opposition de ses membres à une exemption.

Mais en plus des organisations juives, beaucoup des 60 millions d’électeurs chrétiens évangéliques du pays, un groupe qui a largement soutenu Trump en 2016, regardent de près les actes du président.

Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, devant la conférence politique 2016 de l'AIPAC, à Washington, D.C., le 21 mars 2016. (Crédit : Saul Loeb/Getty Images/AFP via JTA)

Le mois dernier, the Israël Allies Foundation a lancé une pétition similaire, appelant Trump à « tenir la promesse que vous avez répétée pendant toute votre campagne : reconnaître Jérusalem comme la capitale indivisible de l’Etat d’Israël et y déplacer l’ambassade américaine. »

« Il est à présent temps de rester fidèle à nos alliés dans les actes et dans les paroles, pour refléter la volonté écrasante du peuple américain, du Congrès, et de votre propre campagne : déplacer notre ambassade à son emplacement légitime, en l’honneur des 50 ans de Jérusalem unifiée », peut-on lire dans la pétition.

Soixante dirigeants évangéliques, dont Hagee, ont aussi écrit directement au président, soulignant que le programme officiel de la Convention nationale républicaine de 2016 affirme, à juste titre, que « nous reconnaissons Jérusalem comme la capitale éternelle et indivisible de l’Etat juif, et demandons que l’ambassade américaine y soit déplacée, conformément à la loi américaine ». Ils ont également noté que pendant la campagne, Trump a promis « d’adopter cette politique en particulier dans sa réponse à une demande de la coalition American Christian Leaders for Israël. »

« Beaucoup de nos électeurs ont voté pour vous en raison de cet engagement », soulignent les dirigeants religieux dans leur lettre.

Beaucoup d’évangéliques ne se sont pas enthousiasmés pour le président, marié trois fois et qui a précédemment soutenu l’avortement et semblait représenter un hédonisme opulent étranger à leurs croyances. Mais beaucoup ont été séduits par son engagement à nommer un juge conservateur à la Cour suprême et par ses déclarations fortes promettant de soutenir Israël, a indiqué un responsable évangélique.

Chrétiens sionistes américains pour la Journée de prière pour la paix à Jérusalem, en octobre 2013. (Crédit : Lazar Berman/Times of Israël)

L’association d’Hagee, qui regroupe plus de trois millions de chrétiens évangéliques dans les 50 états américains, s’est mobilisée pour soutenir Trump pendant l’élection serrée de novembre 2016, tout en maintenant la pression sur le président. Hagee a souligné que « quelques jours avant l’investiture du président Trump, Christians United for Israël (CUFI) a organisé des vols d’urgence pour que les dirigeants de CUFI dans 49 états se rencontrent dans la capitale de notre pays pour appeler personnellement leurs sénateurs à soutenir le déplacement de l’ambassade à Jérusalem, la capitale éternelle d’Israël. »

« Depuis, des dizaines de milliers de chrétiens sionistes ont appelé et envoyé des e-mails à la Maison Blanche pour soutenir le déplacement de l’ambassade, en vertu de nos alertes d’action CUFI, a poursuivie Hagee. Les dirigeants de CUFI ont aussi exprimé leur fort soutien au déplacement de l’ambassade à Jérusalem dans des déclarations publiques dans tout le pays, ainsi que pendant des rencontres privées avec de hauts responsables de l’administration. »

La tergiversation apparente de Trump sur la question de l’ambassade pourrait lui coûter de l’argent, et des votes. Adelson aurait été « furieux » quand le secrétaire d’Etat de Trump, Rex Tillerson, a indiqué le mois dernier que le déplacement pourrait être lié à la reprise des négociations de paix.

Adelson, qui n’a pas soutenu rapidement la candidature de Trump, a donné quelque 80 millions de dollars aux républicains pour les élections de 2016, et cinq millions supplémentaires pour financer les festivités de l’investiture de Trump. Ces derniers mois, il a gelé ses donations à Trump pour protester contre l’absence de déplacement de l’ambassade.

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