L’attentat de Nice vu par les Juifs de Nice…

Drapeau français en berne devant une plage vide de la Promenade des Anglais à Nice, au lendemain d'un attentat qui a fait 84 morts, le 15 juillet 2016. (Crédit : David Ramos/Getty Images via JTA)Pour les juifs de Nice, l’attentat terroriste n’était pas une surprise

Ces dernières années, Nice a fait partie des cinq zones les plus perturbées citées dans le rapport annuel du SPCJ, avec 15 à 20 incidents violents par an

Pour les millions de touristes qui se rendent à Nice tous les ans, la ville du sud-est de la France est une destination de vacances parfaite qui propose des plages accueillantes et des casinos luxueux, une architecture époustouflante et des musées de renommée mondiale.

Coincée entre les Alpes maritimes et la mer Méditerranée, Nice est la deuxième destination touristique de France après Paris, avec cinq millions d’arrivées chaque année et le deuxième aéroport national du pays. Nice perçoit 1,6 milliard de dollars de revenus du tourisme, 40 % de la Côte d’Azur, connue aussi sous le nom de French Riviera.

Mais Nice a un côté sombre, comme l’a montré l’attentat terroriste du 14 juillet, quand un extrémiste musulman a tué 84 personnes sur la Promenade des Anglais en dirigeant son camion vers la foule rassemblée pour voir le feu d’artifices de la fête nationale. Après l’attaque, des milliers de touristes sont partis précipitamment de leurs hôtels, qui n’avaient jamais eu de problème de remplissage depuis des années.

L’attaque n’a pas surpris beaucoup d’habitants, dont une grande partie des 25 000 juifs de la ville, qui depuis des années, sont la cible d’attaques antisémites et de harcèlement par des membres d’une minorité croissante de fondamentalistes de la large population musulmane de la ville.

Les gens déposent des fleurs dans les rues de Nice pour rendre hommage aux victimes le lendemain de l'attaque, le 15 juillet 2016. (Crédit : AFP/Anne-Christine Poujoulat)

« Les seuls juifs que vous voyez marcher avec une kippa sont des touristes étrangers », a déclaré Chalom Yaich, gardien du centre communautaire et de la synagogue Michelet. Michelet, l’une de la douzaine de synagogues de Nice, est située près d’un garage dans le nord de la ville, à environ 2,5 kilomètres du clinquant front de mer.

« Nous, les locaux, nous avons arrêté de les porter il y a des années, ou nous les couvrons avec un chapeau pour la sécurité », a déclaré Yaich, 53 ans.

Il envisageait d’immigrer en Israël avant l’attentat, a-t-il dit, et est encore plus enclin à le faire maintenant.

« Beaucoup sont déjà partis perce que Nice est particulièrement touchée par le problème de la France avec l’islam », a déclaré Yaich, notant que ses jeunes juifs étaient particulièrement prompts à partir, à Paris ou en Israël.

« Nous avons une population locale vieillissante, dont l’âge moyen est de 50 ou 60 ans », a-t-il dit.

Nice compte au moins 60 000 musulmans, soit 17 % de la population de la ville, selon les estimations publiées dans Le Monde, contre une moyenne nationale d’environ 8 % de la population.

Une carte d'identité au nom du suspect terroriste Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, soupçonné d'avoir tué plus de 80 personnes à Nice le 14 juillet 2016 (Crédit : autorisation)

Et en effet, plus d’un tiers des victimes tuées pendant l’attentat sont musulmanes, a déclaré le directeur d’une association islamique régionale au New York Times. D’autres estiment que 30 à 40 % des habitants de la ville sont musulmans.

Une femme juive, Raymonde Mamane, a été tuée dans l’attentat.

Le terroriste, qui a été abattu par la police pendant son carnage, est un immigrant tunisien, Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Même si Lahouaiej Bouhlel, 31 ans, était un petit criminel sans liens connus avec le terrorisme, et apparemment peu d’intérêt pour la religion, le groupe terroriste Etat islamique a revendiqué l’attentat, qui impliquerait plusieurs complices selon la police française.

Des dirigeants musulmans locaux ont dénoncé les attentats et ont organisé un don du sang pour les survivants, et déclaré que l’attaquant était à peine représentatif de leur communauté. Et pourtant, plusieurs autres cellules terroristes sont venues de la communauté ces dernières années.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, s'entretenant avec les trois soldats attaqués par Moussa Coulibaly lors d'une patrouille à l'extérieur du centre communautaire juif de Nice le 3 février 2015 (Crédit : AFP/Valery Hache)

En février, un homme musulman soupçonné d’être lié au terrorisme a poignardé trois soldats devant un centre communautaire juif à Nice.

Comme d’autres cibles juives potentielles en France, le centre est sous protection armée depuis janvier 2015, quand quatre juifs ont été tués par un islamiste dans un supermarché casher de Paris.

Le mois suivant, la police de Nice avait perquisitionné plusieurs domiciles de terroristes islamistes présumés, qui en étaient à des « étapes avancées » de préparation d’une attaque, avaient à l’époque déclaré les procureurs.

Ces dernières années, Nice a fait partie des cinq zones les plus perturbées citées dans le rapport annuel du SPCJ parisien, le Service de protection de la communauté juive, un groupe de surveillance de l’antisémitisme, avec un décompte moyen de 15 à 20 incidents violents par an.

 

 

 

En valeur relative, les juifs de Nice ont deux fois risqué d’expérimenter une telle attaque que leurs coreligionnaires de Marseille, ville voisine où vivent 220 000 musulmans et 80 000 juifs qui connaissent entre 25 et 35 agressions antisémites physiques par an, selon le SCPJ.

La différence se ressent sur le terrain, selon Yves Kugelmann, le rédacteur en chef suisse de l’hebdomadaire juif Tachles, qui fait partie des centaines de juifs non français qui ont un pied à terre à Nice et dans ses environs.

« Il y a plus de tension et d’appréhension à Nice qu’à Marseille, où même malgré tous les problèmes que nous avons vu ces dernières années, vous avez toujours des cafés avec une clientèle mixte de juifs d’Afrique du Nord avec des musulmans venant du même endroit », a déclaré Kugelmann, qui était à Nice quand l’attentat a eu lieu.

« Cela ne change pas fondamentalement les choses pour la population juive locale parce que, premièrement, en France aujourd’hui, les attaques terroristes ne sont plus surprenantes, a-t-il déclaré, et deuxièmement, parce qu’elle n’était pas dirigée contre des juifs. »

Quelques heures après l’attentat, Yossef Yitschok Pinson, le rabbin de la maison du Habad de Nice, avait déclaré à JTA que les services de la synagogue et les évènements communautaires continueraient comme prévu à Nice.

Marion Maréchal le Pen (Crédit : CC BY SA 2.0)

Dans un contexte de préoccupation croissante au sujet de l’islamisme, Nice est devenue un bastion de l’extrême-droite française, où Marion Maréchal – Le Pen, nièce de la présidente du parti du Front National Marine Le Pen, a rassemblé 34 % des votes exprimés au deuxième tour des élections régionales de 2015, perdant de moins de 10 points contre un autre candidat de droite, l’ancien maire de Nice, Christian Estrosi.

A Nice, les juifs français vivent parmi les arabes dans le centre de la ville, entre les quartiers Jean Médecin et Gambetta. Et alors que ceci crée plus de familiarité que d’autres villes françaises, qui ont des enclaves juives et musulmanes, cela entraîne aussi plus de frictions qu’à Marseille, où juifs et arabes interagissent mais vivent en général séparés depuis la migration juive en banlieue ces dernières décennies.

Beaucoup de juifs vivent aussi dans les villes aisées entourant Nice, et ses couteuses villas au sommet des falaises luxuriantes surplombant Nice, à l’est de la ville, non loin des frontières de la Principauté de Monaco, située à environ 15 kilomètres de la ville. Et bien qu’ils assistent parfois aux services de la synagogue du Habad ou de la synagogue ashkénaze, « ils ne sont pas exactement le public de la synagogue », a déclaré Kugelmann.

Ville portuaire traditionnellement cosmopolite et tolérante, proche de la frontière italienne, Nice compte une présence juive depuis au moins le 12e siècle, selon Léon Alhadeff de Sefarad, une organisation française de promotion de la culture séfarade.

« Elle les a attirés parce que c’est un carrefour de cultures », a-t-il écrit sur le site de Sefarad.

Peut-être ironiquement, elle attire à présent des islamistes pour la même raison, selon Philippe Granarolo, auteur et historien qui a écrit sur l’attentat au camion dans Le Figaro.

La ville a été ciblée, a-t-il écrit, parce que Nice, est « de loin l’une des villes françaises les plus connues à l’étranger. Depuis plus d’un siècle, Nice symbolise l’attractivité touristique de la France, la culture méditerranéenne, l’ouverture sur les autres rives du Mare Nostrum. »

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