Israël – TURQUIE : les (vraies) raisons de la réconciliation

Une partie d'une plate-forme en train d'être remorquée de la côte d'Israël vers le champ de gaz Tamar, photographie non datée. (Crédit :  Noble Energy)Après la réconciliation, la Turquie scrute le gaz israélien. Le ministre de l’Energie d’Ankara annonce que le gaz pourrait couler d’ici trois ans

Une partie d’une plate-forme en train d’être remorquée de la côte d’Israël vers le champ de gaz Tamar, photographie non datée. (Crédit : Noble Energy)

La finalisation de l’accord pourrait permettre à la Turquie de recevoir du gaz israélien « d’ici trois ans », selon Berat Albayrak, a annoncé vendredi la Dixième chaîne.

Albayrak est le gendre du président turc Recep Tayyip Erdogan.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait annoncé que l’accord de réconciliation, négocié par les deux parties pendant des mois, renforcerait spectaculairement l’économie israélienne.

Berat Albayrak, ministre turc de l'Energie et gendre du président Recep Tayyip Erdogan. (Crédiyt : autorisation)

« Je pense que c’est une étape importante pour normaliser les relations d’un côté. Cela a aussi des implications immenses pour l’économie israélienne… et je veux bien dire des implications positives immenses », avait déclaré Netanyahu pendant une rencontre avec le secrétaire d’Etat américain John Kerry à Rome, quelques heures avant de présenter l’accord complet.

Le Premier ministre avait souligné que les réserves de gaz naturel d’Israël avaient été un élément crucial du pacte avec la Turquie. Il n’avait cependant pas donné plus de précisions.

Le ministre israélien de l’Energie, Yuval Steinitz, avait déclaré pendant la Conférence annuelle de Herzliya le mois dernier que de grandes quantités de gaz naturel qui n’avaient pas encore été découvertes existaient probablement dans les eaux territoriales israéliennes en mer Méditerranée, et qu’Israël réfléchissait à les vendre à la Turquie.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre de l'Energie Yuval Steinitz pendant la réunion hebdomadaire du cabinet, à Jérusalem, le 22 mai 2016. (Crédit : Emil Salman/POOL)

« Une autre découverte transformerait Israël en exportateur de gaz, et nous examinons la faisabilité d’installer un pipeline de gaz entre Israël et la Turquie à un coût raisonnable, avait déclaré Steinitz. Si les prédictions sont correctes, et que d’autres réservoirs sont découverts, Israël deviendra un exportateur de gaz important vers l’Europe occidentale. »

Les relations autrefois étroites entre Israël et la Turquie s’étaient significativement dégradées quand un commando israélien avait abordé en mai 2010 un navire, le Mavi Marmara sous pavillon turc, qui appartenait à une flottille de six bateaux tentant de briser le blocus israélien sur la bande de Gaza, dirigée par le Hamas.

Le Mavi Marmara au large des côtes d'Israël, en mai 2010. (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

Les soldats avaient été violemment attaqués par les activistes présents à bord, et neuf citoyens turcs, dont un qui possédait également la nationalité américaine, avaient été tués dans la mêlée. Un dixième homme était mort de ses blessures quelques années après. Nombre de soldats israéliens avaient été blessés dans le raid.

Dans le cadre de cet accord, Israël autorise la construction d’un hôpital dans la bande de Gaza, ainsi qu’une nouvelle centrale électrique et une usine de désalinisation pour l’eau potable.

La Turquie s’est également engagé à empêché le groupe terroriste Hamas de mener des activités contre Israël depuis son territoire.

L’AFP a contribué à cet article.

 

Accord israélo-turc: l’analyse précieuse de Mordehaï Kedar !

ublié le : 1 juillet 2016

Mon père z”l, Nahum Kupershmid, travaillait dans le bâtiment comme couvreur de toits, un métier qui n’est pas très compliqué mais qui requiert une honnêteté absolue. Personne ne sait exactement ce que fait un couvreur pour repousser la pluie, mais le résultat d’un travail bâclé se voit à la première pluie qui tombe. Il m’a appris un principe intangible : « avec des gens honnêtes on n’a pas besoin d’un contrat, et avec des gens malhonnêtes un contrat ne sert à rien ». Chaque fois que j’ai besoin de signer un contrat, je vérifie d’abord si l’autre partie est honnête, et c’est valable dans la sphère privée comme dans la sphère publique.

©LPHinfos

Nous avons aujourd’hui un traité qu’Israël a signé avec la Turquie, dont le but est de restaurer les relations entre les deux pays dans l’état où elles étaient avant l’incident du Mavi Marmara en mai 2010. Depuis que le Parti de la Justice et du Développement dirigé par Recep Tayyip Erdogan (Erdogan) a remporté les élections en 2002, un nuage islamiste, dont l’origine est la confrérie des Frères musulmans, a assombri les relations avec Israël. Selon l’approche de l’islam politique dont la version moderne vient de la doctrine des Frères musulmans, Israël n’a pas le droit d’exister en tant qu’État juif ni en tant qu’État du peuple juif car il doit vivre sous la domination de l’Islam en tant que « al dima », c’est-à-dire en tant que peuple « protégé » (dhimmi) dans un contexte d’inégalité des droits. Erdogan a hérité des relations que le gouvernement précédent entretenait avec Israël, mais au fil du temps il a tout fait pour les refroidir, et même les réduire progressivement. Durant la même période, il a entrepris un rapprochement et a développé des relations avec l’État islamique établi dans la bande de Gaza sous la direction du Hamas, qui est la branche palestinienne des Frères musulmans. C’est Erdogan qui a fourni le « Marmara » pour libérer Gaza du blocus israélien, et l’intervention israélienne a ébranlé sa santé.

Le parti islamique au pouvoir a dû « avaler quelques couleuvres » en tolérant les héritages des gouvernements laïques qui ont dirigé la Turquie depuis les années vingt, selon la vision séculaire de Moustapha Kemal Atatürk, comme par exemple les casinos qui ont continué à exister quelques années après 2002, la vente d’alcool dans les espaces publics, et les plages où le code vestimentaire est aussi éloigné de l’Islam que l’Orient de l’Occident. La rupture avec Israël s’est produite en mai 2010 avec le Marmara alors qu’Erdogan était Premier ministre, et aujourd’hui la question était de savoir si ce président islamiste allait renouer des relations avec Israël alors que c’était lui qui les avait rompues. Une telle décision, compte tenu des concessions qu’elle supposait, n’était pas du tout facile à prendre pour un homme dont l’ego éclipse tout jugement objectif.

Mais les événements des années écoulées ne lui ont pas laissé le choix. Malgré son aspiration politique à vivre en paix avec tous les pays voisins, il a réussi à envenimer ses relations avec ces derniers : il est accusé d’avoir permis aux djihadistes qui ont détruit la Syrie de franchir illégalement la frontière depuis le sol turc, il a soutenu l’État islamique, principalement pour l’achat de pétrole brut produit en Syrie et en Irak, il a envenimé ses relations avec la Russie en abattant un de ses avions de chasse en 2015, et il est embourbé jusqu’au cou avec les Kurdes en Turquie même ainsi qu’en Syrie et en Irak. La situation n’est pas meilleure avec les Iraniens, qui soutiennent par tous les moyens possibles Assad qu’il déteste, et il voit d’un très mauvais œil le contrôle par les Iraniens de toute la région arabe située à la frontière sud de la Turquie, de l’Irak et de la Syrie après qu’ils aient pris le contrôle du Liban par l’intermédiaire du Hezbollah.

La Turquie étant devenue la cible d’attentats suicides de la part de l’État islamique, Erdogan se retrouve en guerre contre les islamistes fanatiques, tout comme Israël. Il a connaissance de l’implication du Hamas dans l’entraînement et l’armement des djihadistes de la branche de l’Etat islamique du Sinaï, et il est possible que sa décision de trouver un accord avec Israël se traduise par un refroidissement de ses relations avec le Hamas. Seul le temps nous dira si la Turquie va maintenir son engagement à empêcher le Hamas d’opérer à partir de son territoire.

En vertu de l’accord en question, la Turquie accepte implicitement que le blocus israélien sur Gaza se poursuive et que toute l’aide turque à Gaza transite par le port d’Ashdod après avoir été examinée et approuvée par Israël. C’est une grande victoire pour Israël, et il est possible que le Hamas n’accepte pas l’aide turque dans de telles conditions.

Un autre succès pour Israël concerne l’acheminement du gaz par un gazoduc sous-marin et la probable assistance turque pour sa commercialisation vers l’Europe. Cette partie de l’accord est particulièrement importante, car ces dernières années des politiciens turcs ont revendiqué des droits sur les gisements découverts par Israël [dans ses eaux territoriales] et il n’était pas possible d’écarter la possibilité d’un acte de guerre contre les installations israéliennes en Méditerranée. L’inclusion du gaz dans cet accord élimine toute revendication future des Turcs sur les réserves de gaz israéliennes.

Le prix payé par Israël pour cet accord avec la Turquie est difficile à déterminer. En échange du retrait des plaintes contre les soldats de Tsahal et contre les dirigeants israéliens, Israël présente ses excuses pour avoir tué 10 Turcs au cours de l’assaut du Marmara et versera 20 millions de dollars, non pas directement aux familles touchées mais à un fonds qui sera géré par le gouvernement turc.

Israël a renoncé à sa demande de libération d’Avraham Mengistu et de Hicham El Sayed, détenus à Gaza, ainsi qu’aux restes des corps de Hadar Goldin et d’Oron Shaul. L’explication est simple : Israël était convaincu que le Hamas, qui était fermement opposé à l’accord, n’allait pas contribuer à son succès, et pour ne pas offrir au Hamas un droit de veto sur cet accord, Israël a donc décidé de traiter cette question humanitaire sous la forme d’une négociation directe avec le Hamas. En outre, un État ne peut pas faire dépendre ses relations avec un pays important de la résolution de problèmes personnels. Il est vrai que les obligations d’Israël vis-à-vis de ses deux soldats tombés au front, Hadar Goldin et Oron Shaul, comme de tous les autres soldats tués, sont intangibles, mais cette question relève du domaine émotionnel et symbolique et concerne la population alors que les relations d’Israël avec la Turquie se situent sur le plan des intérêts nationaux, stratégiques, politiques et économiques de l’État en tant qu’entité.

Dans l’ensemble, l’accord avec la Turquie est bon, équilibré et répond aux besoins importants de l’État d’Israël. On peut se demander quels ont été les facteurs qui ont aidé Israël à parvenir à cet accord. Le premier facteur est le besoin qu’en avait la Turquie, tel qu’il a été décrit précédemment. Des rumeurs font état du rôle de médiateur qu’Israël aurait tenu pour permettre le dégel des relations entre la Turquie et la Russie, suite à l’épisode de l’avion russe abattu par les Turcs. L’Arabie Saoudite aura sans doute contribué au rapprochement entre Israël et la Turquie, et les États-Unis auront sans doute donné leur bénédiction à l’accord en cours. Toutefois, cet accord est principalement le résultat d’une gestion très réussie du processus de négociation.

Les facteurs de succès des négociations
L’accord signé cette semaine est le résultat de longues négociations qui ont eu lieu en coulisses, et l’équipe de négociateurs a insisté sur trois points principaux :

– Le premier point, qui est aussi le plus important, est qu’Israël a donné aux Turcs l’impression qu’il pouvait se passer de cet accord : sa situation étant bien meilleure qu’auparavant, sachant que l’armée syrienne ne représente plus pour lui une menace stratégique après l’éclatement de la Syrie et que le Hezbollah, qui se retrouve dans une situation compliquée au Liban, n’a pas les moyens de continuer à constituer une menace pour Israël, du moins dans un futur proche. Israël a donc pu montrer qu’il avait moins besoin de la Turquie que par le passé et qu’il ne signerait un accord que s’il en tirait un bénéfice.

– Le deuxième point, dérivé du premier, est le fait qu’Israël ait fait comprendre qu’il n’était pas pressé d’aboutir à un accord, qu’il avait tout son temps, et qu’il n’était pas prêt à payer n’importe quel prix pour obtenir « un accord maintenant ».

– Le troisième point est qu’Israël n’a jamais annoncé ce qu’il était prêt à offrir à la Turquie. Au Moyen-Orient, quand une partie dans une négociation déclare à l’avance ce à quoi elle est prête à renoncer, cela devient acquis pour la partie adverse et dès lors, les négociations portent sur d’autres points sur lesquels elle va être obligée de faire des concessions pour pouvoir aboutir à un accord. Malheureusement, il ne manque pas d’Israéliens pour annoncer jour et nuit, sur tous les médias et dans toutes les tribunes possibles, ce à quoi ils sont prêts à renoncer pour la paix avec les Palestiniens, les Syriens et autres ennemis. Ces Israéliens-là ne comprennent pas que leurs déclarations font monter le prix des concessions à des niveaux qu’eux-mêmes ne sont pas prêts à accepter.
Dans le cas qui nous intéresse, la délégation israélienne a fait ce qu’il fallait faire : elle n’a rien dévoilé publiquement avant la négociation, elle n’a pas affiché son besoin d’un accord, elle n’a pas essayé de le caler sur un calendrier, et les Turcs se sont rendu compte qu’ils auraient à payer un prix fort pour obtenir un accord. C’est bien ce qui s’est produit, en particulier concernant le blocus de Gaza.

En conclusion, nous pouvons dire qu’il s’agit d’un bon accord, et la manière dont il a été négocié doit nous servir d’enseignement pour des négociations futures avec d’autres parties. Maintenant, il nous reste à vérifier que la partie turque se comporte avec équité et respecte le texte de l’accord, sa lettre et son esprit, car comme le disait mon père (béni soit sa mémoire), « avec les gens honnêtes on n’a pas besoin d’un contrat, et avec les gens malhonnêtes un contrat ne sert à rien ».

Adapté de l’hébreu par www.danilette.com – LPH – Merci à Marc R. pour sa relecture et ses corrections – JSSNews

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