Assassinat des Chrétiens coptes : les Juifs fustigent

Une proche d'un chrétien décédé pleure devant le cercueil à l'église du Grand prince martyr Tadros, à Minya, en Égypte, le 3 novembre 2018. (Crédit : AP / Amr Nabil)Le Congrès juif mondial condamne l’attaque terroriste contre les coptes d’Égypte

7 morts et 7 blessés; attentat perpétré par l’EI; “Dois-je porter une arme pour aller prier ou plutôt rester chez moi pour ne pas être tué en me rendant à l’église?”, dit un fidèle

Une proche d’un chrétien décédé pleure devant le cercueil à l’église du Grand prince martyr Tadros, à Minya, en Égypte, le 3 novembre 2018. (Crédit : AP / Amr Nabil)

Le président du Congrès juif mondial, Ronald S. Lauder, a condamné l’attaque meurtrière contre un bus en Egypte qui transportait des chrétiens coptes alors qu’ils se rendaient dans un monastère vendredi, qui a fait sept morts. Un attentat qui a été revendiqué par l’Etat islamique (EI).

« Au nom de plus de 100 communautés juives à travers le monde affiliées au Congrès juif mondial, je condamne cette attaque dans les termes les plus forts et je recommande vivement aux autorités en Egypte de faire tout ce qui est leur pouvoir pour protéger la communauté copte contre des attaques aussi abominables », a dit Lauder. « Il revient à la communauté internationale de dénoncer de telles atrocités et d’établir clairement qu’elles ne seront pas tolérées ».

« Alors que nous pleurons encore aujourd’hui les victimes de l’attaque de Pittsbugh, nous nous joignons à la communauté copte d’Egypte dans le deuil de vies innocentes perdues de manière insensées, », a continué Lauder. « Nos pensées et nos prières sont aux côtés des victimes, de leurs familles, et de la communauté copte entière ».

Les familles des victimes d’un attentat jihadiste anti-chrétien en Egypte enterraient leurs morts dans la colère samedi dans la province de Minya, où la sécurité a été renforcée dans un climat particulièrement tendu.

Sous haute surveillance policière, des centaines de personnes se sont rassemblées dans et autour de l’église du prince Tadros pour les funérailles, a constaté un journaliste de l’AFP. Plusieurs fidèles submergés par l’émotion ont été pris de malaises.

« Nous n’oublierons pas les promesses des responsables, y compris celles du président de la République, de châtier les criminels », a lancé après la fin des prières l’évêque de Minya Makarios à l’église de la communauté copte, cible d’attentats jihadistes meurtriers ces dernières années en Egypte, pays à grande majorité musulmane.

Vendredi, des terroristes ont ouvert le feu sur un bus transportant des fidèles chrétiens, faisant sept morts et sept blessés, un attentat revendiqué par le groupe jihadiste Etat islamique (EI) près d’un an après sa dernière attaque contre cette minorité chrétienne.

Les fidèles rentraient chez eux après avoir effectué un pèlerinage au monastère de Saint-Samuel, dans la province de Minya, à quelque 250 km au sud du Caire.

Ils ont été attaqués en plein désert, près du monastère.

Le parquet général a annoncé l’ouverture d’une enquête et les forces de sécurité se sont déployées en masse sur les lieux de l’attaque, selon un journaliste de l’AFP sur place.

Dans la nuit, à l’hôpital de Minya, les familles des victimes étaient en colère et la tension perceptible, ce qui a poussé les autorités à renforcer la sécurité dans le secteur.

« Je ne le verrai plus … » : devant l’entrée de la morgue, une femme assise à même le sol pleure son fils, en attendant son corps pour l’enterrer.

A côté, un groupe de personnes se précipitent pour porter le cercueil d’une des victimes et le poser dans une ambulance qui le conduira à l’église.

Devant l’hôpital, Michel, 23 ans, se demande si l’objectif de l’attaque est de créer un sentiment de haine parmi les coptes à l’égard des musulmans. « Que veulent ces terroristes ? Que nous haïssions les musulmans ? », dit à l’AFP ce jeune homme qui a perdu un voisin dans l’attaque.

« Dois-je porter une arme pour aller prier ou plutôt rester chez moi pour ne pas être tué en me rendant à l’église ? », poursuit-il déplorant la mort de « trois frères, âgés de 45, 41 et 15 ans » dans l’attentat.

L’EI a revendiqué l’attaque. « Les auteurs de l’embuscade sur la route du ‘monastère de Saint-Samuel’ à Minya sont des combattants de l’Etat islamique », a indiqué l’organe de propagande des jihadistes Amaq.

Selon un religieux copte qui a accompagné l’évêque Makarios à l’hôpital, les 24 rescapés de l’attaque « ont été conduits à l’église du village de Cheikh Fadl pour y passer la nuit, » à proximité.

Une série noire a frappé les coptes depuis fin 2016. En décembre 2016, un attentat suicide, revendiqué par l’EI, contre une église du Caire, contiguë à la cathédrale Saint-Marc, siège du pape de l’Eglise copte orthodoxe Tawadros II, avait fait 29 morts.

La dernière attaque meurtrière contre des fidèles coptes remonte à décembre 2017, lorsqu’un jihadiste de l’EI avait tué neuf personnes dans une église de la banlieue sud du Caire.

En mai 2017, dans le même secteur que l’attaque de vendredi, 28 pèlerins coptes, dont de nombreux enfants, avaient été tués à Minya par des hommes armés. Ils voyageaient à bord d’un bus et effectuaient eux aussi un pèlerinage au monastère de Saint-Samuel.

Le chef de l’Etat Abdel Fattah Sissi a dit vendredi sa « détermination à continuer de combattre le terrorisme noir et d’en poursuivre les auteurs ». Les ministres de la Santé et de la Solidarité sociale se sont rendus à Minya.

La communauté copte est la communauté chrétienne la plus importante et la plus ancienne du Moyen-Orient, avec environ 10 % des quelque 100 millions d’Égyptiens.

L’EI sous pression, conserve sa capacité à frapper

L’EI parvient toujours à frapper malgré une offensive de l’armée lancée depuis plusieurs mois contre les jihadistes dans la péninsule du Sinaï, qui a fait selon les autorités des centaines de morts parmi les extrémistes.

Selon Mostafa Kamel El Sayyed, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, malgré la pression sécuritaire, il existe en Haute-Egypte (sud) un « terrain fertile » pour des opérations de l’EI comme celles de vendredi.

« Au moment où l’EI est affaibli dans le Sinaï, il tente de faire des opérations ailleurs en Egypte. Les islamistes étant enracinés en moyenne et Haute Egypte, notamment à Minya et Assiout, il n’est pas difficile pour l’EI de recruter dans cette région », assure à l’AFP le professeur.

Pour lui, l’objectif de l’EI est de montrer que « l’Egypte n’est pas stable alors que le président tente de donner cette impression en organisant une réunion internationale de la jeunesse à Charm el-Cheikh » cette semaine.

HA Hellyer, chercheur non-résident à l’Atlantic Council de Washington et au Royal United Services Institute de Londres, va plus loin en affirmant que « cette dernière attaque montre que la campagne anti-EI n’a pas réussi en Egypte, malgré des efforts évidents des autorités pour l’abattre dans différentes parties du pays ».

Depuis décembre 2016, les chrétiens, soutiens affichés du régime de M. Sissi, ont été pris pour cible, avec plus d’une centaine de morts dans divers attentats.

« L’attaque a caractère confessionnel (de vendredi) montre aussi que le problème plus large du confessionnalisme, instrumentalisé pour soutenir une partie de l’opposition extrémiste radicale, reste un souci majeur », analyse HA Hellyer.

Fin novembre 2017, M. Sissi avait donné trois mois à son appareil sécuritaire pour rétablir l’ordre dans le Sinaï à la suite d’un attentat qui avait fait plus de 300 morts dans une mosquée du Nord-Sinaï, dans le nord-est de l’Egypte.

Près d’un an après cet ultimatum, l’insurrection jihadiste dans le Sinaï est toujours active, et l’attentat antichrétien de vendredi montre que l’EI possède encore des capacités d’action, notamment hors de la péninsule.

Pourtant, selon les experts, l’EI en Egypte est représentée par quelques centaines de combattants tout au plus, qui ont subi cette année une pression militaire accrue.

Le 9 février, l’armée a lancé l’opération « Sinaï 2018 » pour tenter de neutraliser l’EI.

L’armée, qui communique régulièrement sur le bilan de l’opération, a assuré en octobre avoir éliminé plus de 450 jihadistes depuis le début de l’opération. Une trentaine de soldats ont également été tués, selon les chiffres officiels.

Toutefois, la zone nord du Sinaï est entièrement bouclée et totalement inaccessible pour la presse, dans l’incapacité de constater par elle-même l’impact des opérations.

En revanche, les organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement un approvisionnement défaillant des populations en raison des opérations, ce que démentent les autorités.

Le groupe égyptien Ansar Beit al-Maqdis a prêté allégeance à l’EI en 2014, obtenant l’expertise et le soutien logistique du groupe extrémiste, alors à la tête d’un « califat » autoproclamé en Irak et en Syrie.

Puis les jihadistes du Sinaï ont intensifié leurs attaques contre les civils. En novembre 2015, ils font exploser une bombe à bord d’un avion de ligne russe dans le Sinaï, tuant les 224 personnes à bord.

« J’exprime ma douleur après l’attentat terroriste qui a frappé voici deux jours l’Eglise copte-orthodoxe en Egypte », a déclaré dimanche le pape François, s’exprimant depuis la fenêtre du palais apostolique sur la place Saint-Pierre de Rome.

« Je prie pour les victimes, pèlerins tués pour le seul fait d’être chrétiens », a ajouté le souverain pontife, qui s’était rendu en avril 2017 en Egypte, pays majoritairement musulman.

Dix-neuf jihadistes présumés liés à l’attentat anti-coptes ont été tués lors d’un échange de « tirs » avec la police, a annoncé dimanche le ministère de l’Intérieur égyptien.

 

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