Antisémitisme en France : avant et après le viol de Créteil…

Rabbin Gabriel FarhiBillet d’humeur du rabbin Gabriel Farhi, sur Judaïques FM 94.8

« Le point de rupture… »

Assez ! Assez de cet antisémitisme qui semble ne plus connaître de limites en France. Ce que j’entends le plus souvent c’est cette angoissante interrogation : « Jusqu’où » ? Nul ne le sait car on ne voit pas comment cette haine anti-juive si banalisée pourra être contenue. La parole est libérée, on peut crier « Mort aux Juifs », comme cela fut le cas cet été dans les rues de Paris, en quasi toute impunité. On peut sur les réseaux sociaux déverser toute sa haine sans être inquiété non plus. Le mal est profond et est loin d’être conjoncturel comme un écho à la situation au Proche-Orient.

La réalité c’est que Créteil n’est hélas qu’une agression de plus qui vient gonfler des statistiques qui ont explosées cette année. En parlant de statistiques, comme de nombreux rabbins, je suis amené à rédiger des certificats de judéité pour les candidats à l’alyah. Avant la tuerie de Toulouse j’en émettais environ une dizaine par an. Depuis, et cela va en s’accélérant, c’est près d’une dizaine non par an mais par mois. Nous parvenons à peine à répondre à la demande et les délais s’allongent pour obtenir ce certificat indispensable pour établir un dossier.

Jusque là les éléments de langage dans la communauté juive étaient connus. Oui il y a des antisémites en France mais la France, elle, ne l’est pas. Oui le Gouvernement lutte efficacement contre l’antisémitisme et en prend la pleine mesure. Oui le vivre-ensemble est possible et nous saluons toutes les initiatives et je pourrai multiplier encore ces belles phrases tant entendues. Mais assez. Assez de cet angélisme. La réalité est tout autre. La communauté juive est seule face à elle-même et le point de rupture entre ses membres et les discours convenus est proche. A quoi bon se complaire dans les ors de la République en espérant une énième condamnation ?

Vous trouverez probablement ces mots alarmistes et désespérés. Nous aimerions pouvoir porter une espérance et croire en des lendemains meilleurs mais las. A chaque fois, après Le martyre d’Ilan Halimi, après la tuerie de Toulouse nous avons pensé ou espéré que cela ne pourrait aller plus loin. Pourquoi cette haine cesserait-elle mais surtout comment la stopper ? Cet antisémitisme est porté par la jeune génération et certains en viennent même à applaudir un député d’extrême droite lorsqu’il prend position contre la reconnaissance de l’Etat palestinien, on en oublie au passage que tous les députés du Front National se sont abstenus malgré des envolées lyriques. On essaye de se convaincre que le nouvel antisémitisme a chassé le traditionnel. En réalité l’antisémitisme en France a de multiples visages et jamais les Juifs ont été aussi détestés. Jamais. Alors tout à l’heure à Créteil le Ministre de l’Intérieur sera présent lors du rassemblement et il rappellera que s’attaquer aux Juifs c’est s’attaquer à la République et qu’il faut combattre tous les racismes et faire de la lutte contre l’antisémitisme une cause nationale. Il le dira encore et encore et nous, nous y croirons encore et encore.

Par le Rabbin Gabriel Farhi – Judaïque FM – 
JSSNews

Couple braqué à Créteil : « Vous êtes juifs, vous avez de l’argent »

Trois hommes suspectés de viol lors d’un cambriolage à main armée ont été arrêtés et placés en garde à vue. L’Intérieur confirme un acte antisémite.

Photo d'illustration.
Photo d’illustration. © EMILE / SIPA

Les agresseurs « partaient de l’idée qu’être juif signifiait que l’on avait de l’argent » : un couple a été séquestré lundi à Créteil, leur appartement cambriolé et la jeune femme violée dans un contexte de recrudescence des actes antisémites en France. Pour le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui a fait part de son « indignation », le « caractère antisémite » de l’agression « semble avéré ».

 

Les faits remontent à lundi à midi. Trois hommes, « cagoulés et gantés », font irruption dans cet appartement du quartier du Port, tout près du lac de Créteil. L’un des deux fils des locataires, âgé de 21 ans, se trouve avec sa compagne, 19 ans. Immédiatement, les malfaiteurs les braquent avec un pistolet automatique et un fusil à canon scié, ont précisé des sources policières.

Ligoté dans le salon, le jeune couple entend ses agresseurs dire « qu’ils connaissent les origines juives de la famille du garçon et qu’ils savent où est l’argent ». Pendant près d’une heure trente, ceux-ci fouillent l’appartement et exigent « les bijoux, les ordinateurs et téléphones portables, les cartes bancaires » avec leur code, selon ces sources. La jeune fille est allongée de force et violée, selon les premiers éléments de l’enquête.

Un premier signalement donné par les victimes laisse penser que les auteurs sont connus de la brigade anticriminelle de Créteil qui se rend dans une commune limitrophe où elle repère, à 16 heures, les trois hommes dans une voiture stationnée. Deux sont interpellés, en possession de bijoux appartenant aux victimes, et placés en garde à vue. « Formellement reconnus » par les victimes selon une source judiciaire, ils ont 19 et 20 ans. Le troisième a pris la fuite. Il a été interpellé mercredi. De source proche du dossier, les agresseurs « partaient de l’idée qu’être juif signifiait que l’on avait de l’argent ». Ils ont même effectué « des repérages avant d’agresser le couple », a-t-elle ajouté. L’un des gardés à vue habite dans une rue adjacente à celle des victimes.

« L’un des agresseurs était venu plusieurs jours auparavant demander du sucre, sans raison apparente », a affirmé à l’AFP l’avocate de la famille Séverine Benayoun. « Une main courante contre X avait alors été déposée. » « Vous les Juifs, vous avez de l’argent », auraient déclaré les agresseurs en entrant, selon l’avocate. La famille, dont le père porte la kippa, était « visible en tant que juifs » au sein du quartier, a-t-elle ajouté.

Les actions antisémites en hausse de 126 %

Le nombre des actes antisémites en France a presque doublé (+ 91 %) au cours des sept premiers mois de l’année par rapport à la même période de 2013, selon le décompte du Service de protection de la communauté juive (SPCJ) effectué à partir des plaintes déposées auprès de la police et de la gendarmerie. Ce recensement fait apparaître une progression des actions (violences, attentats ou tentatives d’attentats, incendies, dégradations et vandalisme) de 126 %. Supérieure, à celle des simples menaces (propos, gestes, tracts, courriers, inscriptions…) qui est de 79 %.

Quant aux opinions, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a relevé dans son dernier rapport sur le racisme et l’antisémitisme que « pour la première fois » depuis 1990, « on assiste entre 2012 et 2013 à une baisse de la tolérance » concernant les Juifs. La CNCDH relève la persistance d’ »un certain nombre de clichés communément partagés sur les Juifs », en particulier par rapport à l’argent, « trait d’image particulièrement présent ».

Mardi soir, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) avait dénoncé une « agression antisémite sauvage » et demandé qu’un « plan spécifique d’urgence » soit « mis en place avec des moyens judiciaires et policiers sans précédent » pour faire face à la recrudescence des actes antisémites.

Dans un communiqué, Bernard Cazeneuve a rappelé « sa détermination et celle du gouvernement à lutter sans relâche contre toute forme de racisme et d’antisémitisme. »

 

 

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