Le Pape des coptes d’Egypte hausse le ton contre le régime islamiste et ses violences policières

Le pape copte Tawadros II répond aux questions d’Associated Press, lundi 5 février.Le pope Tawadros II, chef spirituel des coptes d’Égypte, a exprimé des critiques sans précédent à l’encontre du gouvernement islamiste du pays.

Tawadros II a également réaffirmé les droits des coptes et a rejeté le statut de minorité que leur accorde la nouvelle Constitution égyptienne.Nous faisons partie de la terre d’Égypte, nous sommes la continuité des pharaons et de leur règne avant Jésus-Christ. Oui, nous sommes une minorité numérique cela ne signifie pas que nous sommes une minorité sur le plan des valeurs, de l’histoire, et de l’amour pour notre nation. “.

Le patriarche copte-orthodoxe d’Alexandrie a critiqué la nouvelle constitution du pays, ratifié fin décembre par le président égyptien Mohammed Morsi, issu des Frères musulmans. Ce texte fait des « principes de la charia » la « source principale de la législation », une formulation assez consensuelle en Égypte. Mais le texte précise que ces principes doivent être interprétés selon la doctrine sunnite, susceptible de privilégier des interprétations très rigoristes. Le pape copte a par ailleurs précisé que les chrétiens avaient l’intention de prendre « une part active » à tout dialogue national « qui leur paraîtra bénéfique pour la nation ». « Mais quand nous jugeons que le dialogue se termine avant même qu’il n’ait commencé, et que rien de ce qui est décidé n’est appliqué, alors nous jugeons que cela n’est pas dans l’intérêt de la nation. »

Tawadros II a également affirmé qu’il était heureux de voir de plus en plus de chrétiens prendre part aux vagues de protestations, qui ont lieu en Égypte depuis 2011, mais a clairement affirmé que ces mouvements devaient rester pacifiques. C’est la première fois que le patriarche copte-orthodoxe, intronisé en novembre, émet de telles critiques à l’encontre du gouvernement égyptien.Tawadros II – qui a été élevé à la papauté à la fin 2012 –adopte ainsi une position politique radicalement opposée par rapport à son prédécesseur, le Pape Shenouda III.

Quels sont les pouvoirs du pape copte? Chef d’une église autocéphale, c’est-à-dire totalement indépendante, il est l’équivalent, pour les coptes, du pape dans l’Église catholique. Il porte le titre de «pape d’Alexandrie et patriarche de la prédication de Saint-Marc et de toute l’Afrique.» Il dirige 51 diocèses et définit la doctrine religieuse. Les coptes représentent la majorité des chrétiens égyptiens qui sont répartis en une douzaine d’Églises différentes. Ils aiment à se présenter comme les «Égyptiens authentiques.» Leur nom viendrait du grec «aegyptos» après suppression de la première syllabe. Aucun recensement fiable n’est disponible. Les coptes représenteraient entre 6 et 10% des 83 millions d’Égyptiens. L’Église avance habituellement le chiffre de 12%. Les coptes égyptiens sont les descendants de ceux qui ne se sont pas convertis à l’islam au fil des siècles. Leur Église est née d’un schisme. En 451, au concile de Chalcédoine, les chrétiens d’Égypte ont opté pour la doctrine monophysite, qui affirme que le Christ a une nature unique, d’ordre divin. C’est aussi la doctrine de l’Église orthodoxe, à quelques nuances près. Leur rituel est complexe et donne une grande place au culte des martyrs. Il existe aussi une Église copte catholique et une Église évangélique copte, toutes deux fondées au XIXe siècle. Les coptes égyptiens observent des coutumes qui remontent aux pharaons.

Le pape des copte contre le régime islamiste égyptien
par Mylène Sebbah
Le pope Tawadros II, chef spirituel des coptes d’Égypte, a exprimé des critiques sans précédent à l’encontre du gouvernement islamiste du pays.

Le pope Tawadros II, chef spirituel des coptes d’Égypte, a exprimé des critiques sans précédent à l’encontre du gouvernement islamiste du pays.
Critiquant notamment le pseudo- “dialogue national” promu par le président Mohamed Morsi, il a déclaré “Nous voulons prendre une part active dans tout dialogue national dans lequel nous verrons une avancée pour la nation “, a déclaré Tawadros à l’Associated Press.
“Mais quand nous constatons que le dialogue se termine avant même qu’il n’ait commencé et que même dans ces conditions, aucune de ses préconisations n’est mise en œuvre,nous nous rendons compte que finalement ce n’est pas dans l’intérêt de la nation. ”
Une large coalition de libéraux et de laïques chrétiens s’était opposée à l’ “ouverture ” proposée par Morsi, lui reprochant d’établir une dictature de nature islamique.
Tawadros II a également réaffirmé les droits des coptes et a rejeté le statut de minorité que leur accorde la nouvelle Constitution égyptienne.
“Nous faisons partie de la terre d’Égypte, nous sommes la continuité des pharaons et de leur règne avant Jésus-Christ. Oui, nous sommes une minorité numérique cela ne signifie pas que nous sommes une minorité sur le plan des valeurs, de l’histoire, et de l’amour pour notre nation. “.
Tawadros II – qui a été élevé à la papauté à la fin 2012 –adopte ainsi une position politique radicalement opposée par rapport à son prédécesseur, le Pape Shenouda III.
Ses déclarations énergiques arrivent à un moment où de nombreux chrétiens coptes craignent la présence d’islamistes extrémistes, en nombre croissant dans le nouveau gouvernement.
Dans le même temps, deux chrétiens coptes ont été condamnés à trois ans de prison pour avoir volé des armes à des soldats lors d’une manifestation chrétienne contre les persécutions menées par l’ancien gouvernement militaire provisoire.
Une vidéo de la manifestation montre des véhicules militaires et des soldats tirant sur la foule majoritairement chrétienne. Plus de 27 personnes sont mortes lors de cet incident d’octobre 2011, la plupart étaient des chrétiens coptes.

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Le pape copte Tawadros II critique le gouvernement égyptien
 
 
 
 
 
 
Le pape copte Tawadros II répond aux questions d’Associated Press, lundi 5 février.

Khalil Hamra/AP

Le pape copte Tawadros II répond aux questions d’Associated Press, lundi 5 février.

 

Khalil Hamra/AP

Le pape copte Tawadros II répond aux questions d’Associated Press, lundi 5 février.

La minorité chrétienne d’Égypte est aussi importante que la majorité musulmane, a affirmé, en substance, le pape copte-orthodoxe Tawadros II, mardi 5 février, en marge d’une visite au monastère Al-Muharraq, à 300 kilomètres au sud du Caire.

Les chrétiens, qui constituent environ 10 % de la population égyptienne, forment « une minorité, au sens numérique du terme, mais nous ne sommes pas de moindre valeur, au regard de notre histoire, de notre rôle et de l’amour que nous portons à notre nation », a-t-il affirmé à l’agence Associated Press.

Le patriarche copte-orthodoxe d’Alexandrie a critiqué la nouvelle constitution du pays, ratifié fin décembre par le président égyptien Mohammed Morsi, issu des Frères musulmans. Ce texte fait des « principes de la charia » la « source principale de la législation », une formulation assez consensuelle en Égypte. Mais le texte précise que ces principes doivent être interprétés selon la doctrine sunnite, susceptible de privilégier des interprétations très rigoristes. De plus le texte octroie à l’État un rôle de « protection de la moralité » et interdit « l’insulte des personnes humaines » et des « prophètes », ouvrant la voie à la censure.

Les chrétiens ont l’intention de prendre « une part active » au dialogue national

« La citoyenneté est la seule chose partagée par tous les Égyptiens… La constitution, fondement de toutes les lois, doit être placée sous le signe de la citoyenneté et pas soumise à des principes religieux », a souligné Tawadros II. « Par conséquent, a-t-il poursuivi, les articles ont été déformés à cause d’une influence religieuse constituent en eux même une discrimination : la constitution est supposée unir, et non diviser. »

« Peut-être la constitution changera avec la prochaine majorité parlementaire, et les élections présidentielles », a-t-il espéré.

Le pape copte a par ailleurs précisé que les chrétiens avaient l’intention de prendre « une part active » à tout dialogue national « qui leur paraîtra bénéfique pour la nation ». « Mais quand nous jugeons que le dialogue se termine avant même qu’il n’ait commencé, et que rien de ce qui est décidé n’est appliqué, alors nous jugeons que cela n’est pas dans l’intérêt de la nation. »

Tawadros II a également affirmé qu’il était heureux de voir de plus en plus de chrétiens prendre part aux vagues de protestations, qui ont lieu en Égypte depuis 2011, mais a clairement affirmé que ces mouvements devaient rester pacifiques.

C’est la première fois que le patriarche copte-orthodoxe, intronisé en novembre, émet de telles critiques à l’encontre du gouvernement égyptien.

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Les coptes égyptiens et leur pape en questions

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Par Pierre Prier Mis à jour | publié Réactions (6)

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• Combien sont-ils?

Aucun recensement fiable n’est disponible. Les coptes représenteraient entre 6 et 10% des 83 millions d’Égyptiens. L’Église avance habituellement le chiffre de 12%. Les coptes égyptiens sont les descendants de ceux qui ne se sont pas convertis à l’islam au fil des siècles. L’émigration est importante. La plus importante diaspora, implantée aux États-Unis, compterait 500.000 personnes.

• En quoi se différencient-ils des autres chrétiens?

Leur Église est née d’un schisme. En 451, au concile de Chalcédoine, les chrétiens d’Égypte ont opté pour la doctrine monophysite, qui affirme que le Christ a une nature unique, d’ordre divin. C’est aussi la doctrine de l’Église orthodoxe, à quelques nuances près. Leur rituel est complexe et donne une grande place au culte des martyrs. Il existe aussi une Église copte catholique et une Église évangélique copte, toutes deux fondées au XIXe siècle. Les coptes égyptiens observent des coutumes qui remontent aux pharaons. Ainsi, tout comme les musulmanes égyptiennes, les femmes coptes sont souvent excisées.

• À quels milieux sociaux appartiennent-ils?

On les trouve à la fois dans la bourgeoisie et dans la paysannerie pauvre. Les paysans coptes se regroupent principalement en Haute-Égypte. Sous la monarchie, la bourgeoisie copte contrôlait la moitié de la richesse nationale. Présents dans le commerce et l’industrie, ils étaient nombreux parmi les grands propriétaires terriens. La réforme agraire et les nationalisations de Nasser leur ont enlevé une grande partie de leur richesse. Aujourd’hui, on voit à nouveau fleurir des grandes fortunes coptes.

• Quels sont leurs rapports avec l’État?

Depuis Nasser, les présidents égyptiens ont poursuivi la discrimination de leurs compatriotes chrétiens. Sadate a inscrit en 1970 la charia, la loi islamique, dans la Constitution. Le pape copte, Chenouda III, avait protesté, en vain. Assigné à résidence par Sadate en 1981, il n’a été libéré qu’en 1985 par Moubarak. Chenouda III a entamé ensuite une politique de rapprochement avec le pouvoir, parfois jugée trop conciliante par les jeunes de la communauté.

Jusqu’à aujourd’hui, le président de la République devait être musulman. Selon une règle, tacite cette fois, les coptes ne peuvent atteindre les échelons élevés des forces armées. Dans les dernières années de son règne, Hosni Moubarak a nommé quelques ministres coptes, dont celui de l’Économie. Mais les dernières élections de son règne, «arrangées» comme les précédentes, n’ont laissé aux coptes que 10 députés coptes, dont 7 nommés directement par le président, sur plus de 500 élus.

• Ont-ils la liberté de culte?

Oui, mais jusqu’en l’an 2000, il fallait une autorisation présidentielle pour construire ou agrandir une église. Autorisation rarement accordée… Les bâtiments construits sans permis étaient souvent rasés au bulldozer. Le pouvoir rendait ce service aux islamistes en échange de leur renoncement à former un parti politique. En 2000, Hosni Moubarak a transféré la signature aux gouverneurs, mais cela n’a pas changé grand-chose.

• Que peuvent-ils attendre du nouveau pouvoir?

Aujourd’hui, le gouvernement des Frères musulmans compte une ministre copte, chargée de la Recherche scientifique. Parmi ses trois conseillers les plus proches, le président Morsi a chargé un copte, Samir Markos, du dossier de la transition politique. Le projet de Constitution stipule que «les principes des lois chrétiennes et juives» régiront le statut personnel et les affaires religieuses dans ces communautés, ce qui n’est pas forcément du goût des coptes les plus laïques. Par ailleurs le flou subsiste sur la charia. Ses «principes» devraient être «la source principale de la loi», ce qui laisse une porte ouverte à bien des interprétations. D’autant plus que l’article 4 stipule que c’est aux «savants» de l’université al-Azhar, conservateurs, de décider en quoi consistent ces «principes.»

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