Charlie Hebdo et Hyper Casher : les délires de la Complosphère…

Vidéo :Attentat Charlie Hebdo revendiqué par AQPA mais sans surprise, les théories du complot antisémites foisonnentAttentat Charlie Hebdo revendiqué par AQPA mais sans surprise, les théories du complot antisémites foisonnent

Proche et Moyen-Orient qui s’insurge contre le dernier Charlie Hebdo ?

A peine 24 heures après l’attaque contre Charlie Hebdo, les complotistes ont commencé à répandre leurs théories fumeuses sur Internet. Souvent liés à l’extrême droite, ils remettent en cause la «thèse officielle» de l’attentat perpétré par des islamistes. A l’appui de leur démonstration, des captures d’écran de qualité médiocre auxquelles ils font dire tout et n’importe quoi. La couleur des rétros de la voiture utilisée pour leur fuite dans le 11e arrondissement ne serait pas la même que celle qu’ils ont abandonnée dans le 19e; c’est donc qu’ils en ont changé… Pas de sang sur le trottoir où le policier a été achevé à bout portant; c’est donc une mise en scène… Conclusion: on nous ment, tout cela est un coup monté.

«C’est un phénomène qui se répète malheureusement après chaque acte terroriste,explique Jean-Yves Camus, politologue et spécialiste des radicalités. Pour certains, la version officielle sera fausse, quoi qu’elle avance, justement parce qu’elle est officielle. Ces gens-là considèrent Internet comme un espace de contre-culture, de liberté. Ils contestent toute objectivité des faits. N’importe quelle preuve qu’on pourrait leur amener serait disqualifiée au motif de sa provenance.»

Un phénomène particulièrement répandu dans la sphère dite «dissidente». «Les milieux dieudonné-soraliens se font un plaisir d’orienter les internautes vers des pistes qui les arrangent», souligne Jean-Yves Camus. Depuis jeudi, le site «d’informations» de Dieudonné, Quenel+, multiplie les «articles», aux titres évocateurs: «Qui a commandité l’attentat contre Charlie Hebdo?» ou «Charlie Hebdo, première preuve d’un attentat sous faux drapeau? [autrement dit un attentat commis en se faisant passer pour un autre; ndlr].». Objectif: démontrer que d’obscures forces étrangères ont orchestré ce massacre, dans le but de faire monter l’islamophobie en France. Maxence Buttey, élu FN récemment viré du parti pour avoir partagé une vidéo intitulée «les Miracles du Coran», semble également croire en cette théorie conspirationniste, lui qui retweete des messages où l’on s’interroge sur la possibilité d’un «faux drapeau», étant donné que «les deux tireurs ne sont pas morts en martyrs».

«Les théories du complot s’étaient vite propagées suite au 11-Septembre, mais le phénomène s’est accéléré avec Twitter ou Facebook», ajoute Jean-Yves Camus. On l’avait déjà constaté en 2012, quand une partie de la toile avait relayé des théories plus confuses les unes que les autres au moment de l’affaire Merah. La solution? Elle existe, rappelle Jean-Yves Camus. L’article 27 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, qui prévoit que «la publication, la diffusion ou la reproduction de nouvelles fausses […] si elle est susceptible de troubler la paix publique» est passible d’une amende de 45 000 euros.

Les théories du complot accusant les Juifs et/ou l’Etat d’Israël d’être derrière l’attentat visant la rédaction de Charlie Hebdo sont rapidement apparues dans le monde entier. L’Anti-Defamation League, l’une des principales organisations juives américaines de lutte contre l’antisémitisme, en a recensé quelques-unes sur son blog. Nous proposons ici une traduction en français de cet article.

Aux Etats-Unis, les théoriciens du complot antisémites, qui ne manquent jamais une occasion d’exploiter les tragédies pour promouvoir leur haine anti-juive, et deux activistes antisionistes, ont pointé du doigt les Juifs et Israël pour les attentats :

• Mark Glenn, un antisémite virulent adepte des théories du complot, a écrit sur son blog The Ugly Truth que « le massacre à Paris est un nouveau false flag [opération sous fausse bannière – ndlt] destiné à rallumer et revigorer la guerre déclarée de la Judée (sic) contre l’Islam ». Son propos est accompagné d’une image du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avec pour légende : « Cela génèrera une sympathie immédiate pour Israël ».

  • Sur Veterans Today, un site américain présentant des théories conspirationnistes antisémites comme d’authentiques informations, Gilad Atzmon, un auteur antisémite né en Israël et habitant à Londres, clame que la France mérite en quelque sorte ces attaques, en raison des mesures prises, selon lui, sous la pression du « groupe lobbyiste juif CRIF ». Il critique également la France en tant qu’elle « obéirait aux caprices du Lobby ». Pour Atzmon, « il est bien probable que ceci soit un nouveau false flag. Qui pourrait être derrière ? Utiliser votre imagination… »• Kevin Barrett, autre auteur antisémite adepte des théories du complot et contributeur régulier de la chaîne d’Etat iranienne en langue anglaise Press TV, a également signé un article dans Veterans Today intitulé « « L’attaque de Charlie Hebdo » à Paris : une autre opération sioniste sous fausse bannière ? ». Dans son texte, Barrett décrit l’attentat comme un châtiment sioniste « orchestré » en raison de la politique étrangère française vis-à-vis d’Israël et des Palestiniens. Barrett sous-entend également l’implication de l’Etat hébreu dans « les avions malaisiens… qui tombent du ciel ». Ce serait selon lui la punition infligée par Israël à la Malaisie en raison de la politique de ce pays à son égard. Barrett évoque enfin le double attentat commis par Anders Breivik en 2011 en Norvège, qui a fait 77 victimes : il aurait été perpétré par Israël pour répliquer à la politique proche-orientale du parti travailliste norvégien.
  • Greta Berlin et Mary Hughes-Thompson, deux militantes antisionistes cofondatrices du mouvement « Free Gaza » ont elles aussi pointé du doigt Israël. Sur Facebook, Greta Berlin a posté ce commentaire: « le MOSSAD vient de frapper le bureau parisien de Charlie Hebdo dans une maladroite opération sous fausse bannière destinée à porter atteinte à l’accord entre la Palestine et la France… Il reste à espérer que la police française sera capable de reconnaître que cette opération a été menée par un service de renseignement israélien bien entraîné et qu’elle ne supposera pas que les musulmans voudraient attaquer la France alors que la France est leur amie. Israël avait prévenu la France qu’il y aurait de graves conséquences en cas de vote [de la France en faveur d’une reconnaissance de la Palestine]. Un enfant de quatre ans serait capable de voir qui est responsable pour ce terrible attentat ». Mary Hughes-Thompson a quant à elle écrit sur Twitter qu’elle ne pouvait pas s’empêcher « de penser qu’il s’agit d’une opération sous faux pavillon du Mossad JSIL ». JSIL est un acronyme calqué sur ISIL (Islamic State of Iraq and the Levant) et signifiant Jewish State in the Levant. Il est utilisé par les activistes antisionistes pour mettre en équivalence l’Etat d’Israël et l’Etat islamique.En dehors des Etats-Unis, des théories du complot similaires sont apparues dans des médias plus conventionnels :
  • Inde : Mother Jones a rapporté  que le International Business Times India a publié un article affirmant que le Mossad, l’agence de renseignements israélienne, était derrière l’attentat. « Même s’il n’y a pas de moyens de vérifier les affirmations selon lesquelles le Mossad serait impliqué, le contexte dans lequel l’attaque a eu lieu semble indiquer qu’il peut l’être, ont souligné de nombreux théoriciens du complot. Le Mossad est responsable pour la collecte de renseignements et a entrepris de nombreuses opérations sous couverture pour Israël en Europe, visant à faire avancer la cause juive ». L’article a depuis été remplacé par une note de la rédaction, indiquant que l’article en question « n’aurait jamais dû être publié ».• Tunisie : le 9 janvier, le Tunisia Times a posté sur son site un article intitulé « Sources américaines : le Mossad est derrière l’opération Charlie Hebdo en France ». Selon le texte, « Finalement, le Mossad a engagé des musulmans d’origine arabe pour perpétrer l’attaque de manière à augmenter l’hostilité envers les musulmans à travers le monde ».
  • Egypte : sur son site, le quotidien cairote Al Dostor a publié le lendemain de l’attentat un article intitulé « Surprise… le Mossad accusé d’avoir mené l’opération contre le journal français Charlie Hebdo ». Selon le journal, le mouvement Free Gaza basé à Berlin accuserait le Mossad d’avoir exécuté l’attaque et non pas un groupe terroriste ainsi que cela a été rapporté.• Jordanie : le site Rawafed News a publié le 8 janvier un article d’Assad Al Azony intitulé « La tragédie du journal satirique Charlie Hebdo… Cherchez les Juifs et l’extrême-droite française derrière ». Selon l’article, « chacun doit être certain que les Juifs et l’extrême-droite française ont mené cette attaque terroriste ».• Liban : l’agence de presse Middle East Panorama a publié un article d’Ahmed Al Sharqawy sur son site, intitulé « Charlie Hebdo… Ô arabes, soyez conscients du piège sioniste ». Al Sharqawy affirme qu’un ami juif pro-palestinien vivant en France l’a contacté dans le passé pour l’avertir que Charlie Hebdo souffrait d’une crise financière et que « des juifs sionistes ont conseillé au journal de fabriquer de toutes pièces une attaque barbare contre la liberté d’expression pour faire augmenter les ventes ».• Turquie : le journaliste turc Cihangir İşbilir, coordinateur de l’organisation International Rabia Platform, affiliée aux Frères Musulmans, a posté le 7 janvier sur son compte Twitter le commentaire suivant : « Scénario alternatif : la France a énervé Israël en soutenant la Palestine au Conseil de sécurité de l’ONU. Le Mossad a commis l’attaque terroriste ».• Territoires gérés par Abbas en Judée-Samarie : Mazin Qumsiyeh, un activiste conspirationniste connu pour ses prises de position antisémites, a publié le 9 janvier sur le siteCounterPunch un texte dans lequel il suggère que les attentats pourraient avoir été perpétrées par un service de renseignements étatique : « que ce soit une opération sous fausse bannière ou celle de voyous terroristes qui ne seront pas laissés vivants pour être interrogés, les Sionistes extrairont de cette histoire tout ce qu’ils peuvent grâce à leur (très grande) capacité médiatique » écrit-il. Les digressions antisémites accompagnent fréquemment les différentes théories du complot qui sont apparues autour des attentats du 11-Septembre, de l’attentat du marathon de Boston, du massacre de Sandy Hook ou d’autres événements marquants. Au Moyen-Orient, certains clament que l’Etat islamique et les Frères musulmans ont noué des alliances secrètes avec les Juifs, ou encore que les Juifs sont derrière la création de ces groupes terroristes .
  • En Russie, certains commentateurs pro-Kremlin désignent clairement les Etats-Unis. Le Komsomolskaïa Pravda, l’un des principaux tabloïds de la Russie, a ainsi titré : «Les Américains ont-ils semé la terreur à Paris ? » et posté sur son site une série d’interviews qui expliquent pourquoi Washington aurait pu organiser les attentats. Par exemple, Alexander Zhilin, un officiel du Kremlin, a assuré qu’ils avaient été commis par les Etats-Unis en représailles des propos tenus par le président François Hollande, qui, le 6 janvier dernier, réclamait de l’UE la levée des sanctions contre la Russie. Selon lui, Washington a diligenté les attentats pour consolider « rapidement » les intérêts américains et européens en Ukraine.D’autres ont fait resurgir une théorie du complot populaire en Russie selon laquelle les services de renseignement américains étaient à l’origine de toute une série d’attentats terroristes, du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis aux tueries commises la semaine dernière à Paris.« Depuis ces dix dernières années, ce que l’on nomme le terrorisme islamiste est sous le contrôle d’une des plus grandes agences de renseignement du monde », a affirmé pour sa part Alexei Martynov, directeur du think-thank International Institute for New States, à LIFEnews, un site Internet pro-Kremlin. « Je suis sûr que certains Américains sont responsables des attentats terroristes à Paris, ou en tout cas des islamistes qui les ont perpétré », a-t-il asséné. source
  • Sur Egalité & Réconciliation, le site de l’association d’Alain Soral, fleuron de la complosphère, les commentaires à teneur conspirationniste – majoritaires – n’ont pas tardé à pleuvoir. Florilège :

« Il y a fort à parier que les auteurs sont déjà à Tel-Aviv…. »(tabouret1789, 12:58)

« Comme l’avait dit Cukermann ou je ne sais quel type du CRIF, il ne fallait pas voter pour la reconnaissance de la Palestine à l’ONU. La France connaitrai des problèmes selon lui. C’est chose faite….
Le hasard n’existant pas…
Il nous avait prévenu… » (testou, 13:07)

« Charlie Hebdo = False Flag c’est signé.
Je prends les paris qu’on ne retrouvera pas les 2 hommes où qu’ils seront abattus, ou bien encore des habitués de la psychiatrie.
Le projet du Rabbin machin du « petit coq » qui se cache en regardant les 2 grands coqs s’entretuer est en marche… Il faut faire monter la tension entre les cathos et les musulmans.
Mes condoléances aux victimes qui n’y sont pour rien dans ces manigances. » (Raynie, 13:29)

« Moi j’ai surtout peur pour les musulmans du quotidien qui risquent d’être pris à partie alors qu’il n’ont rien demandé.
Le projet sioniste et maçonnique marche super bien, guerre civile pour tous, ça craint là. » (Salah, 13:29)

L’agitateur antisémite belge Laurent Louis, qui s’était illustré par des commentaires complotistes quelques heures après l’attentat qui avait visé le Musée juif de Bruxelles en mai 2014 subodore quant à lui un complot d’Etat dans un statut Facebook repris par le compte officiel de Dieudonné et liké près de 700 fois :

« Hollande serait-il en train de copier Bush ??? En tout cas, ça ne m’étonnerait pas que cet « attentat » soit organisé par les plus hautes autorités françaises. (…) Le politique a tout fait pour créer les conditions d’une attaque terroriste à caractère islamiste et c’est pour cette raison spécifique que je crois sincèrement que l’Etat français peut être l’organisateur de cette attaque. »

Alain Benajam, président du Réseau Voltaire France et proche de Thierry Meyssan, dénonce de son côté un « coup fourré » fomenté par le Mossad et la CIA :

« Coup fourré! On savait depuis quelque temps que la prochaine étape concoctée par l’impérialisme pour l’Europe afin d’en finir avec elle serait une bonne guerre de religion, on la sentait venir, les islamophobes étaient prêts et les terroristes du MOSSAD et de la CIA disposés. Maintenant c’est parti, les coups fourrés vont se suivre jusqu’à la guerre urbaine. Ne tombons pas dans ce piège grossier! »

Dans la soirée, Thierry Meyssan a mis en ligne un texte sur le Réseau Voltaire affirmant que « les commanditaires les plus probables [de l’attentat] sont à Washington » et que « l’interprétation jihadiste est impossible ». « En effet, poursuit l’auteur de l’Effroyable imposture, [des jihadistes] ne se seraient pas contentés de tuer des dessinateurs athées, ils auraient d’abord détruit les archives du journal sous leurs yeux ». « À ce jour d’ailleurs, aucun d’entre eux n’a commis le moindre attentat en France, le cas de Mehdi Nemmouche n’étant pas celui d’un terroriste solitaire, mais d’un agent chargé d’exécuter à Bruxelles deux agents du Mossad »

Enfin, dans un communiqué, le Parti Anti Sioniste de Yahia Gouasmi (ancien co-listier de Dieudonné et Alain Soral aux élections européennes de 2009) « condamne avec force la responsabilité du sionisme dans cet attentat ».

 

Un 11-Septembre français ?

Qui a commandité l’attentat contre Charlie Hebdo ?

Alors que de nombreux Français réagissent à l’attentat commis contre Charlie Hebdo en dénonçant l’islamisme et en manifestant dans les rues, Thierry Meyssan souligne que l’interprétation jihadiste est impossible. Alors qu’il aurait tout intérêt à dénoncer lui aussi une opération d’Al-Qaïda ou de Daesh, il envisage une autre hypothèse, beaucoup plus dangereuse.

Le 7 janvier 2015, un commando a fait irruption, à Paris, dans les locaux de Charlie Hebdo et a assassiné 12 personnes. 4 autres victimes sont toujours dans un état grave.

Sur les vidéos, on entend les assaillants crier « Allah Akbar ! », puis qu’ils ont « vengé Mahomet ». Un témoin, la dessinatrice Coco, a affirmé qu’ils se réclamaient d’al-Qaïda. Il n’en a fallu pas plus pour que de nombreux Français dénoncent un attentat islamiste.

Or, cette hypothèse est illogique.

La mission de ce commando n’a pas de lien avec l’idéologie jihadiste

En effet, des membres ou des sympathisants des Frères musulmans, d’al-Qaïda ou de Daesh ne se seraient pas contentés de tuer des dessinateurs athées, ils auraient d’abord détruit les archives du journal sous leurs yeux, sur le modèle de ce qu’ils ont fait dans la totalité de leurs actions au Maghreb et au Levant. Pour des jihadistes, le premier devoir c’est de détruire les objets qui, selon eux, offensent Dieu, puis de punir les « ennemis de Dieu ».

De même, ils ne se seraient pas immédiatement repliés, fuyant la police, sans avoir achevé leur mission. Ils auraient au contraire terminé leur mission, dussent-ils mourir sur place.

Par ailleurs, les vidéos et certains témoignages montrent que les assaillants sont des professionnels. Ils avaient l’habitude de manier leurs armes et n’ont tiré qu’à bon escient. Ils n’étaient pas vêtus à la mode des jihadistes, mais comme des commandos militaires.

La manière dont ils ont exécuté au sol un policier blessé, qui ne représentait aucun danger pour eux, atteste que leur mission n’était pas de « venger Mahomet » de l’humour gras de Charlie Hebdo.

Cette opération vise à créer le début d’une guerre civile

Le fait que les assaillants parlent bien le français, et qu’ils soient probablement Français, ne permet pas de conclure que cet attentat est un épisode franco-français. Au contraire, le fait qu’ils soient professionnels contraint à les distinguer de possibles commanditaires. Et rien ne prouve que ces derniers soient des Français.

C’est un réflexe normal, mais intellectuellement erroné, de considérer lorsque l’on vient d’être attaqué que l’on connaît ses agresseurs. C’est le plus logique lorsqu’il s’agit de criminalité normale, mais c’est faux lorsqu’il s’agit de politique internationale.

Les commanditaires de cet attentat savaient qu’il provoquerait une fracture entre les Français musulmans et les Français non-musulmans. Charlie Hebdo s’était spécialisé dans des provocations anti-musulmanes et la plupart des musulmans de France en ont été directement ou indirectement victimes. Si les musulmans de France condamneront sans aucun doute cet attentat, il leur sera difficile d’éprouver autant de peine pour les victimes que les lecteurs du journal. Cette situation sera perçue par certains comme une complicité avec les meurtriers.

C’est pourquoi, plutôt que de considérer cet attentat extrêmement meurtrier comme une vengeance islamiste contre le journal qui publia les caricatures de Mahomet et multiplia les “unes” anti-musulmanes, il serait plus logique d’envisager qu’il soit le premier épisode d’un processus visant à créer une situation de guerre civile.

La stratégie du « choc des civilisation » a été conçue à Tel-Aviv et à Washington

L’idéologie et la stratégie des Frères musulmans, d’Al-Qaïda et de Daesh ne préconise pas de créer de guerre civile en « Occident », mais au contraire de la créer en « Orient » et de séparer hermétiquement les deux mondes. Jamais Saïd Qotb, ni aucun de ses successeurs, n’ont appelé à provoquer d’affrontement entre les musulmans et les non-musulmans chez ces derniers.

Au contraire, la stratégie du « choc des civilisations » a été formulée par Bernard Lewis pour le Conseil de sécurité nationale états-unien, puis vulgarisée par Samuel Huntington non plus comme une stratégie de conquête, mais comme une situation prévisible [1]. Elle visait à persuader les populations membres de l’Otan d’un affrontement inévitable qui prit préventivement la forme de la « guerre au terrorisme ».

Ce n’est pas au Caire, à Riyad ou à Kaboul que l’on prône le « choc des civilisations », mais à Washington et à Tel-Aviv.

Les commanditaires de l’attentat contre Charlie Hebdo n’ont pas cherché à satisfaire des jihadistes ou des talibans, mais des néo-conservateurs ou des faucons libéraux.

N’oublions pas les précédents historiques

Nous devons nous souvenir qu’au cours des dernières années, nous avons vu les services spéciaux états-uniens ou de l’Otan
- tester en France les effets dévastateurs de certaines drogues sur des populations civiles [2] ;
- soutenir l’OAS pour tenter d’assassiner le président Charles De Gaulle [3] ;
- procéder à des attentats sous faux drapeau, contre des civils, dans plusieurs États membres de l’Otan [4].

Nous devons nous souvenir que, depuis le démembrement de la Yougoslavie, l’état-major états-unien a expérimenté et mis en pratique dans de très nombreux pays sa stratégie des « combats de chiens ». Elle consiste à tuer des membres de la communauté majoritaire, puis des membres des minorités en renvoyant les responsabilités dos-à-dos jusqu’à ce que chacun soit convaincu d’être en danger de mort. C’est de cette manière que Washington a provoqué la guerre civile aussi bien en Yougoslavie que dernièrement en Ukraine [5].

Les Français seraient bien avisés de se souvenir également que ce ne sont pas eux qui ont pris l’initiative de la lutte contre les jihadistes revenant de Syrie et d’Irak. À ce jour d’ailleurs, aucun d’entre eux n’a commis le moindre attentat en France, le cas de Mehdi Nemmouche n’étant pas celui d’un terroriste solitaire, mais d’un agent chargé d’exécuter à Bruxelles deux agents du Mossad [6] [7]. C’est Washington qui a convoqué, le 6 février 2014, les ministres de l’Intérieur de l’Allemagne, des États-Unis, de la France (M. Valls s’est fait représenter), de l’Italie, de la Pologne et du Royaume-Uni pour faire du retour des jihadistes européens une question de Sécurité nationale [8]. Ce n’est qu’après cette réunion que la presse française a abordé ce sujet, puis que les autorités ont commencé à réagir.

John Kerry s’est exprimé pour la première fois en français pour adresser un message aux Français. Il dénonce une attaque contre la liberté d’expression (alors que son pays n’a cessé depuis 1995 de bombarder et de détruire les télévisions qui lui faisaient ombrage en Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak et en Libye) et célèbre la lutte contre l’obscurantisme.

Nous ignorons qui a commandité cette opération professionnelle contre Charlie Hebdo, mais nous ne devrions pas nous emballer. Nous devrions considérer toutes les hypothèses et admettre, qu’à ce stade, son but le plus probable est de nous diviser ; et ses commanditaires les plus probables sont à Washington.

Sur le même sujet, lire : « Selon McClatchy, Mohammed Mehra et les frères Kouachi seraient liés aux services secrets français », Réseau Voltaire, 9 janvier 2015.

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Selon McClatchy, Mohammed Mehra et les frères Kouachi seraient liés aux services secrets français

Le quotidien états-unien McClatchy annonce que les Frères Kouachi et Mohammed Mehra ont été recrutés par l’artificier du sous-groupe Khorasan d’Al-Qaïda.

L’année dernière, le même journal avait révélé l’existence du Français David Drugeon (photo) et son rôle au sein d’al-Qaïda en Syrie. Il avait prétendu que le jeune homme était un membre des services secrets français. Puis, le Pentagone avait confirmé le considérer comme une cible prioritaire. Le ministère français de la Défense avait alors vivement infirmé que Drugeon ait jamais travaillé pour lui.

Le 6 novembre 2014, Fox News annonçait que David Drugeon avait été tué par un drone états-unien à Sarmada (Syrie). La chaîne réitérait l’accusation selon laquelle il travaillait pour les services secrets français.

Dans un article de son correspondant en Irak, Mitchell Prothero, McClatchy analyse les images et vidéos de la tuerie de Charlie Hebdo. Il conclue que les Frères Kouachi ont probablement eu une expérience de guerre ou ont au moins reçu une formation militaire. L’article renouvelle l’accusation de l’appartenance de David Drugeon aux services secrets français. Il laisse entendre une possible responsabilité des services secrets français dans les affaires Mehra et Kouachi.

Cet article figurait dans la revue de presse interne du Pentagone, datée du 8 janvier.

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Charlie Hebdo a bon dos

Alors que des millions de Français viennent de se lever sans hésiter pour défendre les libertés d’expression et de culte, la classe politique et la presse, qui l’une et l’autre ne cessent de les bafouer, en profitent pour se refaire une virginité. Pour Thierry Meyssan, le gouvernement a conduit une vaste manipulation pour se mettre en scène en tête d’une grande manifestation populaire et cherche aujourd’hui comment justifier une nouvelle opération militaire en Libye.

 

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Une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement participaient à la manifestation.

En trois jours, en France, un groupe de quatre ou cinq personnes se réclamant à la fois d’al-Qaïda au Yémen et de l’Émirat islamique (Daesh) a massacré la rédaction de Charlie Hebdo, puis assassiné une policière municipale et plusieurs otages, dans trois situations différentes. La France, qui n’avait pas connu de telle violence depuis les attentats de l’OAS, il y a plus de 50 ans, a réagi en clamant « Nous sommes tous Charlie ! », en abattant trois des terroristes et en organisant une vaste manifestation de plusieurs millions de personnes.

Le président de la République, François Hollande, a reçu les chefs des partis politiques représentés au Parlement. Il a appelé les Français à l’unité nationale et participé à la manifestation, accompagné d’une cinquantaine de chefs de gouvernements étrangers.

Dans un article précédant [1], j’ai observé que le mode opératoire des terroriste n’avait aucun rapport avec celui connu des jihadistes, mais avec celui d’un commando militaire. Je concluais qu’en conséquence peu importe qui ils étaient, la seule chose à savoir, c’est qui les commandait. Je voudrais, dans ce deuxième article, revenir sur les réactions que suscite cette affaire.

La suspension du droit de manifester

Dès l’annonce du massacre de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015 vers midi, le Premier ministre Manuel Valls décidait la mise en œuvre du Plan Vigipirate-attentats en Île-de-France. Celui-ci comprend une centaines de mesures automatiques et environ deux cent autres optionnelles. Parmi les mesures choisies, le ministère de l’Intérieur annonçait l’ajournement de toutes les manifestations autorisées. Les autorités craignaient en effet que les terroristes ne tirent sur la foule.

Or, un parti d’extrême-gauche appelait à manifester immédiatement en soutien à Charlie Hebdo. Après quelques heures d’hésitation, le préfet de police autorisait un rassemblement qui aurait atteint 100 000 personnes. Plus étrange encore : le Premier ministre déclarait un deuil national pour le lendemain, 8 janvier. De nombreux rassemblements furent organisés par les administrations pour célébrer une minute de silence. Toujours plus étonnant : le Parti socialiste appelait à une vaste manifestation nationale, le dimanche 11, qui aurait réuni plus de 2 millions de personnes à Paris.

Ainsi, le gouvernement pouvait interdire les manifestations parce que dangereuses pour leurs participants, mais ses membres pouvaient en organiser une énorme et inviter des chefs de gouvernements étrangers sans crainte pour leur sécurité.

Cette manipulation atteste que, contrairement à ses déclarations, le gouvernement connaissait précisément l’ampleur de la menace et savait qu’elle ne concernait pas les rassemblements.

On préférera donc ne retenir que cet extraordinaire élan populaire pour la liberté.

L’union nationale

Dans cette situation de crise, la droite et la gauche se sont accordées pour participer ensemble à une manifestation nationale. Mais pour quelles valeurs ou contre qui vont-ils manifester ?

On découvre que les dirigeants de droite et de gauche partageaient les valeurs anti-religieuses, anti-nationales et anti-militaristes du très gauchiste Charlie Hebdo. On savait que son fondateur, Philippe Val, était un ami des Sarkozy. On découvre soudain que son nouveau directeur, Charb, était le compagnon d’une ministre de droite, Jeannette Bougrab.

Celle-ci était l’invitée du journal de TF1. Très émue, elle raconte son amour. Puis, elle présente les convictions anti-religieuses de Charb comme un engagement laïque face à l’islamisme, avant de comparer son ami à Jean Moulin et de demander qu’il soit inhumé comme lui au Panthéon. Elle termine en révélant que le couple avait songé quitter la France et refaire sa vie ailleurs. On reste abasourdi. En quelques mots, Jeannette Bougrab vient de montrer son mépris pour ses concitoyens, d’assimiler la laïcité à la lutte anti-religieuse, et de placer sur un pied d’égalité un humoriste anti-national et le fondateur du Conseil national de la Résistance. La famille de Charb a beau protester, le doute est jeté.

Et pour que l’on comprenne bien ce qu’est l’« union nationale », vue de droite et de gauche, des leaders socialistes déclarent que le Front national sera exclu de la manifestation « républicaine ». A-t-on bien compris l’énormité du propos ? Des leaders politiques évoquent la République pour exclure leurs rivaux. En définitive, le FN s’est joint à des manifestations en province.

L’union internationale

En invitant toutes sortes de chefs d’État et de gouvernement à ouvrir avec lui la manifestation, le président Hollande entendait lui donner de la solennité.

Parmi les présents, on relevait David Cameron et Benjamin Netanyahu, dont les États disposent d’une toute-puissante censure militaire ; ou encore le secrétaire états-unien à la Justice Eric Holder dont le pays aime tant la liberté d’expression qu’il a bombardé et détruit de nombreuses télévisions depuis celle de Belgrade jusqu’aux chaînes libyennes ; le Premier ministre turc, Ahmet Davutoğlu, dont le pays interdit la construction d’églises chrétiennes (même s’il semble prêt à en autoriser bientôt une) ; ou encore Benjamin Netanyahu qui félicitait les combattants d’Al-Qaïda soignés dans les hôpitaux israéliens ; sans oublier encore une fois Eric Holder, Ahmet Davutoğlu et le roi Abdallah de Jordanie dont les États ont réorganisé Daesh en janvier 2014.

Que venaient donc faire ces gens à Paris ? Certainement pas défendre les libertés d’expression et de culte qu’ils combattent concrètement.

La liberté d’expression

Il n’y a pas que la classe politique qui ait profité de l’occasion pour tirer la couverture à elle. C’est aussi le fait de la presse. Celle-ci voit dans Charlie Hebdo un exemple de la liberté qu’elle même ne cesse de piétiner, s’auto-censurant en permanence et se montrant toujours solidaire des crimes commis à l’étranger par le gouvernement.

La presse française est en effet nombreuse, mais extrêmement conformiste et donc pas du tout pluraliste. Jusqu’à l’unanimité avec laquelle elle présente Charlie Hebdo. Car, contrairement à ce qu’elle prétend, le journal satirique revendiquait son opposition à la liberté d’expression, notamment lorsqu’il pétitionnait pour l’interdiction du Front National ou militait pour la censure de l’internet.

Quoi qu’il en soit, on ne peut que se féliciter de voir la presse prendre enfin la défense de ceux qui sont attaqués pour ce qu’ils ont dit.

À propos de la piste jihadiste

Poursuivant son enquête dans la mauvaise direction, la presse dresse le profil des terroristes et oublie de chercher leurs commanditaires. Sans rire, elle explique que cette vague d’attentat est une collaboration entre des membres d’Al-Qaïda au Yémen et de Daesh, alors que les deux organisations se livrent depuis un an une guerre féroce qui a déjà fait au moins 3 000 victimes dans les deux camps.

À ce sujet, je m’étonne de ces références ; on devrait bientôt en trouver une nouvelle qui relie cet attentat à la Libye. En effet, si François Hollande suit les pas de George W. Bush, il devrait attaquer le Yémen bien que la France n’y ait pas grand intérêt. Or son chef d’état-major particulier, le général Puga, prépare actuellement une nouvelle intervention militaire en Libye.

Cette cible est bien plus logique. La France pourrait alors tirer les bénéfices qu’elle espérait obtenir de sa première intervention. Et elle terminerait le projet états-unien de remodelage du « Moyen-Orient élargi », tel que publié par Robin Wright dans le New York Times en septembre 2013 [2] et débuté par Daesh en Irak et en Syrie.

 

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