Nouvel axe géostratégique : Moscou et Téhéran remplacent Damas par… Ankara !

Afficher l'image d'origineBonne nouvelle pour l’Europe : la Turquie est lasse de l’OTAN et le fait savoir !!!

L’axe Moscou-Ankara-Téhéran, à marche forcée

Une deuxième interview en huit jours du ministre des affaires étrangères turc Cavusoglu montre un durcissement de la position turque vis-à-vis du bloc-BAO (OTAN, USA) et, par conséquent, une dialectique de plus en plus chaleureuse pour un rapprochement de type “stratégique” (coopération des armements) avec la Russie. (D’une façon générale, le ministre turc parle de la Russie parce qu’il s’adresse à un canal de communication russe [Sputnik.News, RT en relais, repris par divers médias dont ZeroHedge.com], mais son discours embrasse également, indirectement, les relations avec l’Iran, – où Erdogan doit se rendre la semaine prochaine, – et à la lumière de la nouvelle situation russo-iranienne.)

Les déclarations de Cavusoglu montre une très forte insatisfaction à propos des relations de la Turquie avec le bloc-BAO, notamment vis-à-vis de l’OTAN qui semble poursuivre une politique de rupture des liens de coopération avec la Turquie. Il s’agit de faits concrets, concernant la coopération en matière de défense, notamment “les transferts de technologies et les investissements” : « It seems to us that NATO members behave in an evasive fashion on issues such as the exchange of technology and joint investments. Turkey intends to develop its own defense industry and strengthen its defense system… » cela induit nécessairement une réaffirmation beaucoup plus concrète et immédiate de l’idée d’une coopération en profondeur avec la Russie dans le domaine des armements (« In this sense, if Russia were to treat this with interest, we are ready to consider the possibility of cooperation in this sector »)

(Notre perception à ce point et avant de poursuivre sur le sujet principal abordé ici  [l’axe Moscou-Ankara-Téhéran] est que l’attitude de l’OTAN vis-à-vis de la Russie se manifeste essentiellement depuis le putsch-avorté du 15 juillet et manifeste rien de moins que l’insatisfaction courroucée de l’Organisation que le coup n’ait pas réussi, et cette insatisfaction à l’encontre du pouvoir qui a résisté à cette attaque “entre pays-frères” de l’Alliance. D’une certaine façon, c’est comme si l’OTAN sermonnait la Turquie : “Mais comment est-il possible que vous n’ayez pas laissé ce putsch réussir, puisqu’il correspond à un réalignement qui doit être fait ? ”… Nous caricaturons à peine ; nous pensons qu’effectivement la pensée-Système est à ce point d’aveuglement et d’absurdité. Il suffit de reprendre ce que nous écrivions hier à propos du bloc-BAO, de l’attribuer avec encore plus de force à l’OTAN qui représente la machinerie archétypique de ce vide absolu, et de bien préciser, avec toute l’insistance possible, qu’il s’agit de la pensée-Système et du Système : « Le [Système/l’OTAN] est devenu stratégiquement autiste, intellectuellement plongé dans une totale impuissance conceptuelle. Il semble ne plus savoir qu’une chose, c’est le décompte presque indifférent de ses erreurs, de ses aveuglements, des énormes changements qui se produisent à ses dépens, du chaos qui s’installe sur ses propres territoires… » Dans de telles conditions, il est normal [le “new normal”, comme dirait Soros] que l’OTAN “punisse” la victime du putsch qu’elle a largement contribué à organiser, pour avoir résisté et finalement fait échouer l’opération.)

Pour ce qui concerne les trois pays dont nous parlons, il s’agit d’un pas de trois

qui se déroule en ce moment, avec trois partenaires, ou trois danseurs effectivement qui évoluent ensemble sur une musique dont ils ne sont pas les compositeurs et à laquelle ils doivent s’adapter avec le plus de justesse et de grâce. (La musique est très postmoderne, une sorte de musique sérielle des erreurs et des inversions que ne cesse de produire le Système, par le relais des acteurs principaux du bloc-BAO, certes.) Les trois acteurs organisent donc plusieurs pas de deux pour se rôder, avant d’arriver à la composition coordonnée entre trois : ce fut d’abord Ankara-Moscou (Erdogan à Saint-Petersbourg) puis Moscou-Téhéran (le déploiement des forces ariennes russes à la base du lieu-dit Noji, proche d’Hamadan) ; maintenant, on doit avoir un pas de deux Ankara-Téhéran, avec la visite programmée d’Erdogan en Iran la semaine prochaine. Sputnik.News a un article du 18 août, qui étudie les perspectives de ce pas de trois que d’aucuns pourraient commencer à se risquer à désigner comme une alliance (« Alliance Between Russia, Turkey, Iran on Syria Taking Shape »).

« Turkey is considering a coalition with Russia and Iran against terrorists in Syria. President Recep Tayyip Erdogan will soon visit Tehran to discuss the issue. The visit is also expected to normalize ties between Turkey and Iran, the two powers seeking dominance in the region. Next week, Erdogan will visit Tehran to discuss a Russia-Turkey-Iran coalition to fight terrorism in Syria, Fars news agency reported.

A coalition between Russia, Turkey and Iran on Syria is theoretically possible but hard to work out in practice, Alexander Sotnichenko, an expert in Russian-Turkish relations, said. “Such an alliance between the key players is crucial for the peaceful settlement in the Middle East. At the same time, Turkey on the one hand and Russia and Iran on the other hand still support different sides of the Syrian conflict. The recent developments in Aleppo show that Ankara is still supporting terrorists,” Sotnichenko told the Russian online newspaper Vzglyad. [...] At the same time, it is premature to say that Erdogan could break up with NATO. “NATO is a deeply integrated military and technological alliance. In turn, Moscow cannot provide the similar level of partnership to Turkey,” he said.

» Stanislav Tarasov, head of the Middle East-Caucasus think tank, underscored that the West is now leaving Turkey alone with serious challenges, including the attempted coup and refugee crisis. “It’s no surprise that Erdogan is looking for partners in Russia and Iran,” he said. Tarasov also pointed out that despite numerous tensions between Ankara and Tehran they have a common stance on the Kurdish problem. The idea is to preserve the territorial integrity of both Turkey and Iran. Currently, the Kurdish problem is one of the most important issues for Ankara. In order to resolve it, Erdogan may turn to Tehran.

» Tarasov also assumed that Erdogan could easily abandon ties with Daesh and end support for terrorist groups in Syria. “The current domestic situation in Turkey is threatening Erdogan’s power. The Turkish president would go to all lengths to stay in power,” the analyst concluded. »

Les divers facteurs affectant les trois pays concernés, ainsi que le champs d’action apparent de leur alliance (la Syrie, ou comment résoudre le conflit qui en est à sa cinquième années) sont des données conjoncturelles. La partie qui se joue, ou le ballet qui s’exécute sous nos yeux, répond à une dynamique générale bien plus puissante, qui ne laisse guère de choix aux uns et aux autres. On a déjà envisagé cet aspect des choses, particulièrement pour Erdogan vis-à-vis des Russes (voir les 6 août et 12 août)… Malgré les arrière-pensées des uns et des autres, les intérêts nationaux, les tendances manœuvrières et manipulatrices (surtout de la part d’Erdogan), “le rouge est mis” depuis le putsch-avorté du 15 juillet.

L’événement a affirmé, d’une façon opérationnelle et symbolique à la fois, que la politique-Système que le bloc-BAO exécute au nom du Système est dans un mode définitivement incontrôlable et passe désormais par la recherche de toutes les façons possibles de l’élimination des acteurs qui constituent des obstacles à sa mission de dissolution et de néantisation du théâtre de la Syrie et de ses alentours. Le plus fragile et le plus vulnérable de ces acteurs est Erdogan, dont la politique et la tendance à la manipulation ne cessent d’alimenter le désordre au sein de la machinerie de la politique-Système dont il a pourtant prétendu souvent faire partie. L’attitude de l’OTAN à l’égard de la Turquie ne laisse aucun doute : le coup du 15 juillet ayant échoué, une autre tentative aura lieu aussitôt que possible, jusqu’à l’élimination d’Erdogan, et en attendant une pression extrême est exercée sur lui, de la part de la même OTAN ainsi conduite à la politique absurde pour elle de pousser la Turquie vers une attitude anti-otanienne qui présage d’une rupture gravissime. Pour cette raison générale et dans ces circonstances, le président turc n’a plus beaucoup d’espace pour manœuvrer, et encore moins pour manipuler. Sa seule porte de sortie réside dans l’alliance avec ses deux puissants voisins, la Russie au Nord et l’Iran au Sud. De leurs côtés, la Russie et l’Iran, en meilleures positions, n’en sont pas moins convaincus que l’alliance avec la Turquie doit être recherchée par tous les moyens, pour former cet axe de verrouillage de la Syrie et, d’une façon générale, de toute la région.

Nous ne parlons certainement pas, ici, d’un projet d’alliance classique, éventuellement pour régler un conflit (la Syrie) selon une issue satisfaisante, pour ensuite établir une certaine hégémonie permettant la stabilisation de la région. C’est bien entendu le but affiché d’une telle entreprise, et d’ailleurs d’une façon absolument logique. Pourtant, s’il n’y avait que cela, nous serions beaucoup moins catégoriques sur la possibilité effective de réaliser cette alliance, parce que l’analyse impliquerait effectivement qu’il reste de l’espace pour les manipulateurs pour se manifester, – cela, pour Erdogan en premier. Mais ce n’est pas du tout la situation qui règne actuellement, dans tous les cas depuis le 15 juillet d’une manière effective ; aussi s’agit-il d’un rassemblement nécessaire, évidemment de facture antiSystème, auquel sont forcés ces trois pays pour résister à la poussée totalement déstructurante et dissolvante de la politique-Système qui se produit d’elle-même puisqu’elle est produite par le Système, dans un moment que l’on connaît bien, que nous avons déjà décrit, qui est celui d’un vide du pouvoir dans le bloc-BAO avec de nombreuses perspectives de chaos internes, et particulièrement les perspectives extrêmement dangereuses et risquées, et totalement imprévisibles, des élections présidentielles USA-2016.

Par conséquent, il y a de très fortes chances que l’axe Moscou-Ankara-Téhéran se fasse, et se fasse vite, et il ne s’agira pourtant de rien qui ressemble à une victoire ou à une promesse de victoire, puisqu’il s’agira d’un acte antiSystème. S’il se fait, si aucun putsch-bis activé par l’OTAN et quelques “États parallèles” de Washington n’a lieu à Ankara, – quoique ce pourrait être un échec de plus qui accélèrerait encore plus, paradoxalement, le processus de résistance décrit, – il s’agira effectivement d’un acte de résistance (antiSystème) contre le Système dans la dynamique de surpuissance maximale où il se trouve aujourd’hui. Ce jugement n’est évidemment pas pour discréditer l’opération en train de se faire, ni la diminuer, bien au contraire ; cette opération est essentielle, comme tout acte de résistance, dans la mesure où elle contribue à pousser cette dynamique surpuissance jusqu’à son régime maximal, là où la surpuissance se transforme en autodestruction… Il s’agit simplement de comprendre de quoi il s’agit, d’en mesurer les limites mais surtout les enjeux, et d’en peser les capacités.

Ainsi et de même, de ce point de vue, nous ne retirons aucun des termes laudatifs que nous avons développés pour caractériser l’opération russe de déploiement en Iran et de partenariat stratégique avec Téhéran, ni son caractère historique par rapport aux grandes tendances russes. Comme l’alliance en devenir que nous évoquons, il s’agit d’actes stratégiques qui sont remarquables et doivent être appréciés comme tels… Ce sont leurs effets qu’il faut pondérer décisivement par rapport à la forme du combat en cours, et surtout par rapport à la puissance de l’adversaire qui ne peut être défini ni géographiquement, ni stratégiquement, ni politiquement, parce qu’il s’agit d’un Système, d’une civilisation en cours d’effondrement, – c’est-à-dire une dynamique qui nous frappe tous autant que nous en sommes les acteurs, qui n’est pas seulement un adversaire mais également le cadre général de nos activités qu’il faut pourtant pousser vers son autodestruction. Il s’agit donc simplement de bien comprendre de quoi il est question et d’écarter la facilité des jugements fractionnels et rationnels habituels, de forme politique ou stratégique, qui privent nécessairement le jugement général qu’il faut hausser de l’influence de l’intuition d’un outil essentiel de compréhension du cours tumultueux, torrentiel et tempétueux des choses.

 

Mis en ligne le 19 août 2016 à 10H12

La Turquie, lasse de l’OTAN, veut une collaboration militaire avec la Russie

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L’ambassadeur de Turquie à Moscou et le ministre des affaires étrangères de Turquie ont porté de vives critiques contre l’OTAN et contre la diplomatie occidentale, manifestant le souhait d’une collaboration avec la Russie, y compris militaire. Un nouvel équilibre se dessine en Méditerranée, au Proche-Orient, et en Asie, fruit des erreurs répétées de l’Amérique et de ses alliés.

Dans une interview avec la rédaction de Sputnik, le ministre des affaires étrangères de Turquie, Mehvlut Cavusoglu, s’en est pris à l’OTAN et s’est dit prêt à coopérer militairement avec la Russie. Il a déploré la tiédeur de l’OTAN « sur des questions telles que l’échange de technologies et les investissements communs. » Selon lui, « la Turquie a l’intention de développer son industrie d’armement et de renforcer sa défense ». Et d’ajouter : « Si la Russie est intéressée, nous sommes prêts à envisager la possibilité de travailler avec elle dans ce secteur. »

La Turquie déçue de l’OTAN

Déjà, dans une interview donnée le dix août à l’agence turque Anadolu, Cavusoglu avait déclaré que la Turquie était prête à une collaboration diplomatique et militaire avec la Russie, incluant les services de renseignement. Et il avouait une certaine déception devant l’OTAN : « Jusqu’à présent, la Turquie souhaitait une collaboration avec l’OTAN, mais le bénéfice que nous en avons tiré ne nous satisfait pas il est donc naturel de nous tourner vers d’autres options. » Si Cavusoglu, en bon ministre des affaires étrangères, assure que cela ne dresse pas la Turquie « contre l’OTAN », son ambassadeur en Russie, Umit Yardim, s’est montré moins diplomate dans une déclaration à l’agence russe Ria Novosti : « En aucun cas l’OTAN ne saurait limiter nos contacts avec d’autres pays. L’OTAN n’a aucun droit à dicter sa loi… »

L’attrait pour la Russie proportionnel au rejet des États-Unis

Les relations entre la Turquie et la Russie, très fraîches depuis le début de la guerre en Syrie, et glaciales depuis qu’un bombardier russe avait été abattu par les Turcs, se sont réchauffées depuis le printemps, et sont passées au beau fixe depuis le putsch manqué du 15 juillet. Mehvlut Cavusoglu estime que les États-Unis ont été bien tièdes vis-à-vis de Recep Erdogan dans l’affaire et Ankara n’admet pas que Washington ait refusé d’extrader Fetulah Gülen, qu’il accuse d’être l’âme du coup d’État. L’armée a d’ailleurs été purgée de son encadrement pro-occidental.

Plus, la critique de Cavusoglu, loin de se cantonner à l’OTAN, s’étend à toute la politique occidentale, à un sentiment de supériorité et d’impunité qu’il condamne. Pour lui, l’Amérique et ses alliés « considèrent la Turquie et la Russie comme des pays de second rang, et se vexent que ces pays de second rang osent les critiquer. Devant la résilience d’Erdogan et Poutine, ils ressentent de la colère et de l’anxiété. »

Derrière la collaboration militaire, un revirement géopolitique

La suite de l’interview est une descente en règle de la politique étrangère menée par Barack Obama et ses supplétifs européens. « Regardez ce qui s’est passé en Ukraine. Ils étaient toujours à menacer la Turquie et la forcer à choisir entre eux et la Russie. Cette façon d’agir est futile. La situation en Ukraine est le reflet des grands problèmes de la région. » Cavusoglu propose pour la régler un dialogue entre l’OTAN, la Russie, et les autres pays limitrophes de la mer Noire – y compris la Turquie, bien sûr. Un dialogue dont le dernier sommet de l’OTAN a selon lui montré la nécessité. Il a rappelé à ce sujet que la Turquie est le seul membre de l’OTAN qui a refusé les sanctions contre la Russie, et que la tentative d’effrayer la Russie par ces sanctions a été un échec manifeste. Au passage, il a ironisé sur le matraquage médiatique occidental contre les jeux olympiques d’hiver à Sotchi en 2014, à propos du « droit des minorités sexuelles ». Pour Mehvlut Cavusoglu, « on ne peut pas bouleverser une relation diplomatique avec une grande puissance comme la Russie juste pour une question de ce genre ».

Une critique aussi franche dans le ton, et aussi étendue dans le contenu, laisse prévoir un revirement complet de la politique étrangère de la Turquie : la fin de l’alliance avec les États-Unis pour se tourner vers l’Est. La Russie, d’abord, et demain, pourquoi pas la Chine, qui est déjà partie prenante dans le règlement de l’affaire syrienne.

Pauline Mille

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