Les réactions arabes à l’accord de Paix

« Une trahison méprisable » : l’AP fustige Abou Dhabi, rappelle son envoyé. L’Egypte, le Bahreïn et un ministre saoudien saluent l’accord, tandis que la Jordanie adopte un ton plus froid

Le président de l'AP, Mahmoud Abbas, dirige une réunion de dirigeants à son siège, dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 19 mai 2020. (Alaa Badarneh/Pool via AP)

Le président de l’AP, Mahmoud Abbas, dirige une réunion de dirigeants à son siège, dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 19 mai 2020. (Alaa Badarneh/Pool via AP)

Jeudi, l’Autorité palestinienne (AP) a appelé les Emirats arabes unis à « immédiatement annuler » son accord visant à normaliser ses relations avec Israël. L’AP a qualifié l’accord de « décision méprisable ».

Le président de l’AP Mahmoud Abbas a convoqué une réunion d’urgence en réponse à l’accord et a rappelé son ambassadeur aux Emirats arabes unis pour protester contre l’accord.

Abou Dhabi a cherché à présenter son choix comme bénéficiant avant tout aux Palestiniens, puisqu’il repousse et annule peut-être les projets d’Israël d’annexer certaines zones de la Cisjordanie.

« Les responsables [de l’AP] affirment que les Emirats arabes unis, ou toute autre partie, n’ont aucun droit de parler au nom du peuple palestinien, et n’autorisent personne à intervenir dans les affaires palestiniennes ou à parler en leur nom sur leurs droits légitimes dans leur foyer », a déclaré Abu Rudeineh.

Abu Rudeineh a déclaré que l’Autorité palestinienne avait demandé une réunion urgente de la Ligue arabe et de l’Organisation de coopération islamique (OCI) pour dénoncer l’accord.

Abbas et le chef de la branche politique du Hamas, Ismail Haniyeh, ont parlé au téléphone jeudi soir pour discuter de l’accord entre les Emirats arabes unis et Israël.

L’Autorité palestinienne a rappelé son ambassadeur aux Emirats arabes unis en signe de protestation contre l’accord, a déclaré le ministre des Affaires étrangères de l’AP Riyad al-Maliki dans un communiqué.

Israël et les Emirats arabes unis ont annoncé l’accord jeudi soir. Ils « ont accepté la normalisation complète des relations entre Israël et les Emirats arabes unis », notait le communiqué commun.

« En conséquence de cette percée diplomatique, et à la demande du Président Trump avec le soutien des Emirats arabes unis, Israël va suspendre sa déclaration de souveraineté sur des zones délimitées dans l’accord de ‘Vision pour la Paix’ du Président et va maintenant focaliser ses efforts sur l’élargissement des liens avec d’autres pays dans le monde arabe et musulman ».

Des officiels des Emirats arabes unis ont commenté l’accord pour « établir une feuille de route vers le lancement de la coopération commune », comme l’a dit le ministre emirati des Affaires étrangères Anwar Gargash. Ils ont souligné qu’il mettrait un terme à l’annexion israélienne et relancerait le processus de paix.

Des officiels de haut rang du Fatah et de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) ont rapidement publié des communiqués condamnant l’accord.

« Israël a été récompensé pour ne pas avoir déclaré ouvertement ce qu’il fait à la Palestine illégalement et constamment depuis le début de l’occupation », a déclaré Hanan Ashrawi, membre de la commission exécutive de l’OLP; qui a également qualifié l’accord de trahison.

Jibril Rajoub, le secrétaire général du Fatah, a déclaré que l’accord de normalisation n’était pas une surprise. Les liens entre Israël et les Etats du Golfe semblaient plus évidents depuis un certain temps, a suggéré Rajoub.

« Maintenant l’étang s’est asséché et tout le monde est à nu », a déclaré Rajoub avec dédain sur Palestine TV.

Les groupes terroristes palestiniens du Hamas et du Jihad islamique ont également dénoncé l’accord, qui a été supervisé par les Etats-Unis.

« L’accord Etats-Unis-Israël-Emirats arabes unis est dangereux et représente une ‘récompense gratuite’ pour l’occupation israélienne, pour ses crimes et violations sur les droits humains du peuple palestinien, a déclaré le porte-parole du Hamas Fawzi Barhoum. Il a ajouté que le groupe terroriste basé à Gaza voyait l’accord comme « un coup de poignard dans le dos de la cause palestinienne ».

« Celui qui n’a jamais soutenu la Palestine avec une balle devrait avoir honte de lui-même alors qu’il se soumet aux créatures les plus viles », a déclaré le Jihad islamique palestinien dans un communiqué.

Un nouvel hashtag en langue arabe a commencé à devenir tendance sur les réseaux sociaux – la « normalisation est la trahison » – pour atteindre des centaines de milliers de partages.

Les unes des médias palestiniens spéculaient que les responsables palestiniens avaient été tenus complètement à l’écart de l’accord. Pour Abbas, l’implication potentielle dans l’accord de Mohammed Dahlane, leader de Tanzim, une faction armée du Fatah, est une autre source d’inquiétude. Abbas le perçoit comme un concurrent potentiel à la tête de l’Autorité palestinienne. Dahlane est soutenu par les Emirats arabes unis et est basé aux Emirats.

« Une confusion absolue règne ici », a déclaré le journaliste palestinien Nassar al-Laham au journal pro-Hezbollah Al-Mayadeen News depuis Ramallah.

Et pourtant, peu de commentateurs palestiniens semblaient surpris : après tout, on sait qu’Israël se coordonne depuis longtemps avec d’autres pays du Golfe. Un dessin palestinien montrait Israël et les Emirats arabes unis s’embrasser l’un l’autre sous la table. Le dessin notait que la seule différence entre aujourd’hui et hier est que maintenant, ils s’embrassent l’un l’autre au-dessus de la table.

Les alliés arabes d’Israël – ceux avec qui l’Etat juif a signé des traités et certains qui ont préféré rester dans l’ombre jusqu’à présent – ont globalement salué l’accord.

Le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi a appelé le leader emirati Mohammed Ben Zayed pour le féliciter de l’ »étape historique… pour faire avancer le processus de paix », a déclaré un porte-parole du président égyptien. L’Egypte et Israël sont en paix depuis 1978 et les Accords de Camp David et entretiennent des relations sécuritaires étroites.

« J’ai suivi avec grand intérêt et appréciation l’accord tripartite entre les Etats-Unis d’Amérique, nos frères [les] Emirats arabes unis, et Israël concernant l’accord pour arrêter l’annexion par Israël des territoires palestiniens et de prendre des mesures afin d’apporter la paix au Moyen Orient », a déclaré Sissi dans un communiqué. J’apprécie l’effort de ceux qui sont impliqués dans cet accord afin de parvenir à la prospérité et la stabilité de notre région ».

La Jordanie a adopté une position plus froide, alors que le ministre des Affaires étrangères Ayman al-Safadi n’a fait aucune mention de l’accord sur les liens bilatéraux. Il s’est contenté de dire que « la décision de geler l’annexion des terres palestiniennes incluses dans l’accord entre les Emirats arabes unis et Israël doit être suivie par Israël, en arrêtant toutes les mesures illégales qui sapent les chances de paix et ses violations des droits palestiniens ».

« Israël doit immédiatement entrer dans des négociations directes, sérieuses et efficaces pour obtenir la paix basée sur une solution à deux états et en respect du droit international », a déclaré Safadi.

A travers le Golfe, où le réchauffement des liens avec Israël était jusqu’à maintenant un secret de polichinelle, la réponse était aussi positive.

Le gouvernement de Bahreïn s’est félicité de l’accord, qu’il a défini dans un communiqué comme « arrêtant l’annexion des terres palestiniennes et faisant avancer la région vers la paix ».

Alors que l’Arabie saoudite n’a pas encore officiellement commenté l’accord annoncé par le gouvernement, le ministre saoudien de l’Information et de la Culture Adel al-Toraifi a déclaré qu’il pensait que l’accord constituait « une décision historique ».

« Il est temps pour les Etats du Golfe de dépasser le récit destructeur du faux nationalisme arabe et des terroristes islamistes. Les Etats du Golfe devraient appeler les Palestiniens à abandonner le terrorisme du Hamas et à chercher un Etat moderne », a écrit sur Twitter al-Toraifi.

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Accord avec Israël: la Turquie accuse les EAU de « trahir la cause palestinienne »

Selon les Emirats, en échange de cet accord, Israël a accepté de “mettre fin à la poursuite de l’annexion des territoires palestiniens”. Mais Netanyahu évoque un simple “report”

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'exprime lors d'une conférence de presse au complexe présidentiel d'Ankara, le 29 juin 2020. (Crédit : Adem ALTAN / AFP)

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’exprime lors d’une conférence de presse au complexe présidentiel d’Ankara, le 29 juin 2020. (Crédit : Adem ALTAN / AFP)

Ankara pourrait officiellement suspendre ses relations diplomatiques avec Abou Dhabi en réponse à un accord de normalisation des relations entre les Emirats arabes unis et Israël, dénoncé par la Turquie, a affirmé vendredi le président Recep Tayyip Erdogan.

« J’ai donné des instructions à notre ministre des Affaires étrangères, j’ai dit que nous pourrions suspendre nos relations diplomatiques avec le gouvernement d’Abou Dhabi ou bien rappeler notre ambassadeur », a déclaré M. Erdogan à la presse à Istanbul.

« L’Histoire et la conscience des peuples de la région n’oublieront pas cette hypocrisie et ne la pardonneront jamais », a estimé le ministère dans un communiqué.

Selon les Emirats, en échange de cet accord, Israël a accepté de « mettre fin à la poursuite de l’annexion des territoires palestiniens ». Mais le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n’a pas confirmé, évoquant un simple « report ».

Ardent défenseur de la cause palestinienne, le président Erdogan critique régulièrement les pays arabes qu’il accuse de ne pas adopter une attitude suffisamment ferme face à Israël.

La vive réaction d’Ankara intervient aussi au moment où les relations entre la Turquie et les Emirats arabes unis, deux rivaux régionaux, sont tendues. Les deux pays s’opposent notamment en Libye, où ils soutiennent des camps opposés.

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Première réponse de l’Iran: les EAU seront « engloutis par le feu du sionisme »

Le conseiller du président du Parlement iranien a affirmé qu’avec l’accord de normalisation, Abu Dhabi se retournait contre les Palestiniens et alimentait les « crimes sionistes »

Un responsable iranien, Hossein Amir-Abdollahian, alors vice-ministre des Affaires étrangères, prend la parole lors d'une conférence de presse à Moscou, en Russie, le 3 août 2012. (AP Photo / Misha Japaridze)

Un responsable iranien, Hossein Amir-Abdollahian, alors vice-ministre des Affaires étrangères, prend la parole lors d’une conférence de presse à Moscou, en Russie, le 3 août 2012. (AP Photo / Misha Japaridze)

La première réponse de l’Iran à l’accord de normalisation annoncé jeudi entre Israël et les Émirats arabes unis est venue d’Hossein Amir-Abdollahian, conseiller spécial du président du Parlement iranien.

« La nouvelle approche des EAU de normaliser les liens avec ce faux pays criminel #Israël ne préserve pas la paix et la sécurité, mais sert les crimes sionistes en cours », a écrit Hossein Amir-Abdollahian, conseiller aux affaires internationales et ancien vice-ministre des Affaires étrangères.

Le texte était accompagné d’un graphique montrant une étoile de David en train d’être  « effacée » sur un ordinateur.

https://twitter.com/Amirabdolahian/status/1293985732432977920

Israël et les Émirats arabes unis ont annoncé l’accord jeudi après-midi. Ils « ont accepté la normalisation complète des relations entre Israël et les Émirats arabes unis », ont-ils déclaré dans un communiqué conjoint.

Donald Trump a été le premier à annoncer l’accord entre Israël et les Emirats qui prévoit une normalisation de leurs relations et qui, une fois signé, fera de la fédération le troisième pays arabe à suivre cette voie depuis la création de l’Etat hébreu en 1948.

Téhéran a ensuite condamné vendredi l’accord en affirmant que cela allait renforcer « l’axe de la résistance » pro-iranien dans la région. Cet accord annoncé jeudi est une « stupidité stratégique d’Abou Dhabi et de Tel-Aviv qui renforcera sans aucun doute l’axe de résistance », a déclaré le ministère iranien dans un communiqué en référence aux alliés de Téhéran au Moyen-Orient.

L’établissement de relations diplomatiques entre Israël et les alliés des Etats-Unis dans le Golfe est un objectif clé de la stratégie régionale du président américain Donald Trump pour contenir l’influence grandissante de l’Iran.

Washington et Téhéran sont à couteaux tirés depuis le retrait unilatéral en mai 2018 des Etats-Unis de l’accord international sur le nucléaire iranien de 2015.

« Le peuple opprimé de Palestine et toutes les nations libres du monde ne pardonneront jamais la normalisation des relations avec l’occupant et le régime criminel d’Israël », a affirmé le ministère iranien des Affaires étrangères.

Egypte et Jordanie exceptées, les nations du Moyen-Orient s’étaient toujours montrées réticentes à normaliser les liens avec l’Etat hébreu sans solution préalable au conflit israélo-palestinien comprenant un Etat palestinien avec pour capitale Jérusalem-Est.

Ces dernières années, Israël avait toutefois développé une coopération officieuse avec Bahreïn, les Emirats et l’Arabie saoudite.

L’annonce de l’accord intervient après de rares discussions entre le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif et son homologue émirati Anwar Gargash la semaine dernière qui avaient réveillé l’espoir d’un réchauffement de leurs relations après des tensions ces dernières années.

Vendredi, Mohsen Rezaï, secrétaire du Conseil de discernement, un poste clé du système politique iranien, a accusé dans un tweet les Emirats de collaborer officieusement « depuis dix ans » avec Israël.

« Ils ont créé un réseau d’espionnage et de renseignement contre les pays de la région », a-t-il ajouté.

Mais selon Ellie Geranmayeh, analyste au Conseil européen des relations internationales, l’accord ne constitue pas un « grand changement » pour l’Iran dont la politique prenait déjà en compte les relations entre Israël et des pays du Golfe.

Qualifiant « l’action honteuse des Emirats » de dangereuse, la diplomatie iranienne a mis en garde contre toute ingérence israélienne dans le Golfe et affirmé que « le gouvernement émirati et les autres Etats à ses côtés seront responsables des conséquences » de cet accord.

Dans une allusion à son grand rival régional, l’Arabie saoudite, Téhéran a aussi appelé les dirigeants « dans leur tour d’ivoire » qui s’opposent aux peuples palestinien et yéménite à ne pas « confondre leurs ennemis et leurs amis ».

L’Arabie saoudite intervient dans la guerre au Yémen depuis 2015 en soutien aux forces du gouvernement face aux rebelles Houthis, soutenus par l’Iran.

L’Etat hébreu craint lui l’influence grandissante de l’Iran dans plusieurs pays, notamment en Syrie, où la République islamique et son allié le groupe terroriste chiite du Hezbollah libanais soutiennent le régime de Bachar al-Assad.

Dans un éditorial, l’agence officielle iranienne Irna a affirmé que l’accord n’était ni historique, ni stratégique, ni une volonté des Etats-Unis de « résoudre les problèmes de la région » mais seulement une combine de M. Trump pour se faire réélire alors que les sondages donnent de l’avance à son adversaire démocrate Joe Biden.

La plupart des pays du Golfe ayant déjà des relations officieuses avec Israël, l’impact de l’accord sera limité, selon Irna, qui affirme que d’autres comme l’Arabie saoudite, Bahreïn et le Koweït suivront les Emirats dans les trois mois qui précèdent la présidentielle américaine pour en influencer l’issue.

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Sissi réitère son soutien à l’accord entre Israël et les Emirats

Le président égyptien dit soutenir “tout développement pour apporter la paix dans la région de façon à préserver les droits des Palestiniens”

Le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi s'exprime devant la Chambre pour un second mandat de quatre ans au Caire, le 2 juin 2018. (Crédit : Bureau de presse de la présidence égyptienne via l'AP)

Le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi s’exprime devant la Chambre pour un second mandat de quatre ans au Caire, le 2 juin 2018. (Crédit : Bureau de presse de la présidence égyptienne via l’AP)

Le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi a réitéré mercredi, après avoir discuté par téléphone avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, son soutien à l’accord de normalisation des relations entre Israël et les Emirats arabes unis.

M. Sissi soutient « tout développement pour apporter la paix dans la région de façon à préserver les droits des Palestiniens », selon un communiqué de la présidence égyptienne, précisant que le président avait insisté sur la nécessité de « permettre l’établissement d’un Etat indépendant (pour les Palestiniens) et d’assurer la sécurité d’Israël ».

Selon lui, l’accord entre les Emirats et Israël est « un pas dans cette direction ».

Par ailleurs, le président égyptien a mis en garde contre toute « décision unilatérale » de la part d’Israël, telle que l’annexion des territoires palestiniens.

Les Emirats arabes unis et Israël ont annoncé le 13 août un accord pour normaliser leurs relations – officieuses depuis des années –, les Emirats devenant ainsi le premier pays du Golfe à établir des relations avec l’Etat hébreu, et le troisième du monde arabe après l’Egypte en 1979 et la Jordanie en 1994.

L’accord de normalisation prévoit, selon les Emirats, la suspension par Israël de l’annexion de territoires en Cisjordanie, mais M. Netanyahu a rapidement affirmé qu’il ne s’agissait que d’une suspension temporaire.

De leur côté, les Palestiniens ont condamné l’accord entre les Emirats et Israël, accusant Abou Dhabi de trahison et de violation du consensus arabe qui faisait du règlement du conflit israélo-palestinien une condition sine qua non à la normalisation des relations avec l’Etat hébreu.

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Rabat « refuse » la normalisation avec Israël – Premier ministre marocain

Avant la visite de Kushner, le Maroc met un terme aux rumeurs disant qu’il pourrait améliorer les liens avec Israël, craignant “d’encourager la maltraitance des Palestiniens

Le Premier ministre marocain Saad-Eddine El Othmani lors de la 73è session de l'Assemblée générale des Nations unies, le 25 septembre 2018 (Crédit : AP Photo/Frank Franklin II)

Le Premier ministre marocain Saad-Eddine El Othmani lors de la 73è session de l’Assemblée générale des Nations unies, le 25 septembre 2018 (Crédit : AP Photo/Frank Franklin II)

Le Premier ministre marocain Saad-Eddine El Othmani a nié, dimanche, que cette nation d’Afrique du nord normaliserait rapidement ses liens avec Israël, alors que des rumeurs ont laissé entendre que Rabat pourrait être le prochain pays arabe à signer un accord avec Jérusalem.

« Nous refusons toute normalisation avec l’entité sioniste parce que cela l’encouragera à contrevenir encore davantage aux droits des Palestiniens », a dit El Otami à son parti islamiste du PJD, selon l’agence de presse Reuters.

Ces propos sont survenus avant un voyage prévu en Israël, au Maroc et dans plusieurs Etats du Golfe qu’effectuera, cette semaine, le haut-conseiller du président américain Donald Trump qui est également son gendre, Jared Kushner. Il sera précédé dans la région par le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo.

Pompeo a atterri en Israël lundi matin et il devrait aussi se rendre au Soudan, à Bahreïn et aux Emirats arabes unis, cette semaine, alors que l’administration Trump cherche à capitaliser l’élan transmis par cet accord historique entre Israël et les Emirats arabes unis pour établir des relations diplomatiques.

La semaine dernière, les médias en hébreu ont fait savoir que le Maroc serait probablement l’un des prochains Etats arabes à normaliser ses liens diplomatiques avec Israël.

Citant des responsables anonymes américains, la chaîne publique Kan a indiqué que le Maroc était considéré comme un candidat probable dans la mesure où il avait déjà développé des liens touristiques et commerciaux avec Israël. La chaîne a aussi cité la protection apportée à sa petite communauté juive par ce pays nord-africain.

L’établissement de liens diplomatiques officiels avec Israël pourrait aussi améliorer les relations du Maroc avec les Etats-Unis. La chaîne a déclaré qu’en échange de cette normalisation, Rabat chercherait à faire reconnaître par la Maison-Blanche sa souveraineté sur le Sahara occidental disputé.

Le Maroc a occupé de larges pans du Sahara occidental en 1975, alors que l’Espagne s’était retirée de la zone, et avait ensuite annexé le territoire – une initiative qui n’avait pas été reconnue à l’international.

Le Maroc est considéré comme un allié des Etats-Unis, et cela fait longtemps qu’il entretient des liens informels mais étroits avec Israël dans le domaine des renseignements.

Même si les pays n’ont pas de relations officielles, le Maroc a accueilli de hauts-responsables israéliens et les Israéliens ont le droit de s’y rendre. Environ 3 000 Juifs vivent au Maroc, une fraction du nombre de Juifs qui vivaient là-bas avant la création d’Israël, en 1948 – cette communauté reste néanmoins la plus importante du monde arabe.

En plus du Maroc, le Bahreïn, le Soudan et Oman ont également été cités comme nations susceptibles de suivre les EAU dans l’établissement de relations avec Israël. Le Bahreïn et Oman ont tous les deux salué l’annonce de la normalisation des liens entre Jérusalem et Abu Dhabi.

Pompeo évoquera les relations entre Israël et le Soudan lorsqu’il rencontrera des leaders soudanais au cours de son voyage au Moyen-Orient cette semaine, a noté le département d’Etat dimanche.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a indiqué, dimanche soir, qu’il accueillerait Pompeo lundi, et qu’il avait la certitude que d’autres pays emboîteraient rapidement le pas aux Emirats arabes unis et qu’ils feraient la paix avec Israël. Sa doctrine de longue haleine « la paix pour la paix… la paix issue de la force », a-t-il continué, commence à « porter ses fruits ».

« Au Soudan, le secrétaire rencontrera le Premier ministre Abdalla Hamdock et le général Abdel Fattah al-Burhan, président du conseil souverain, pour évoquer le soutien continu apporté par les Etats-Unis au gouvernement de transition dirigé par les civils et son soutien à l’approfondissement des relations entre Israël et le Soudan », a indiqué un communiqué émis par le département d’Etat.

La visite de Pompeo à Khartoum survient dans un contexte de signaux croissants indiquant que le Soudan et Israël avancent vers une amélioration des liens.

Au cours du week-end, un journal arabe a indiqué que le chef du Mossad, Yossi Cohen, avait récemment rencontré Mohammed Hamdan Dagalo, chef adjoint du conseil militaire au pouvoir au Soudan, lors d’une rencontre organisée et accueillie par les Emirats arabes unis. Des sources proches de cette rencontre ont indiqué au média qatari Al-Araby Al-Jadeed sur le conseil militaire s’intéressait à améliorer ses relations avec l’Etat juif.

La semaine dernière également, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Soudan, Haidar Badawi Sadiq, a déclaré à Sky News Arabia que Khartoum « aspire à un accord de paix avec Israël… une relation égalitaire construite sur les intérêts de Khartoum ».

Ces propos, qui ont été prononcés mardi dernier, ont été rapidement salués par Jérusalem. Mais quelques heures plus tard, le ministre des Affaires étrangères soudanais a nié avoir connaissance de négociations de paix avec Israël, ajoutant que Sadiq n’avait pas eu l’autorisation de s’exprimer sur le sujet. Le porte-parole a été renvoyé mercredi suite à cet incident, mais il a noté ne pas avoir regretté d’avoir eu ces paroles.

D’Israël, Pompeo s’envolera vers le Soudan et, de là, vers Bahreïn pour une rencontre avec le prince héritier Salman bin Hamad Al Khalifa. Puis il ira à Abu Dhabi pour s’y entretenir avec le ministre des Affaires étrangères Abdullah bin Zayed Al Nahyan au sujet de l’accord entre l’Etat juif et les Emirats et autres questions régionales, selon le département d’Etat.

Pompeo sera suivi à la fin de la semaine dans un grand nombre de ces destinations par Kushner, ont expliqué les diplomates.

Kushner et son équipe devraient aller en Israël, à Bahreïn, en Arabie saoudite et au Maroc au cours de leur voyage qui devrait commencer à la fin de la semaine, selon des diplomates qui se sont exprimés sous couvert d’anonymat, l’itinéraire n’ayant pas été finalisé ou annoncé en public.

Ni les voyages de Pompeo et de Kushner ne devraient résulter en des annonces de percées immédiates, mais les deux ont pour objectif de construire sur la réussite de l’accord entre Israël et les EAU pour finaliser au moins un – et potentiellement plus – accord de normalisation entre les pays arabes et Israël dans un proche avenir.

Cet accord est le troisième qui ait été conclu entre l’Etat juif et un pays arabe après l’Egypte (1979) et la Jordanie (1994).

 

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