Le Portugais Antonio GUTTERES, nouveau secrétaire général de l’ONU : pour un mieux ?

Antonio Guterres, alors Haut Commissaire aux réfugiés des Nations unies pendant une conférence de presse à Genève, le 3 août 2012. (Crédit : U.S. Mission Photo by Eric Bridiers — Flickr/Domaine public/Wikimedia Commons)Le nouveau secrétaire général de l’ONU, un ami d’Israël ? Bien que compatissant avec les Gazaouis pendant la guerre de 2014, Antonio Guterres s’est peu exprimé sur la question palestinienne

Les responsables israéliens ont qualifié cette semaine le futur secrétaire-général des Nations Unies Antonio Guterres « d’ami d’Israël », même si l’on est en droit de s’interroger sur la signification d’une telle expression au vu du mandat qu’il exercera à la tête d’un organisme souvent appréhendé comme institutionnellement partial envers l’état juif.

Ancien Premier ministre du Portugal et, plus récemment, vice-président du Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés, Guterres a mené une carrière politique exemplaire. Et pourtant, la position personnelle de Guterres concernant le conflit israélo-palestinien reste largement méconnue en raison du manque d’allocutions publiques tenues sur le sujet.

“Il n’existe rien de sa part faisant office de déclaration remarquable contre Israël », a déclaré l’ancien ambassadeur israélien à l’ONU Ron Prosor à la radio militaire jeudi.

“Il aime Israël », a dit jeudi un haut-responsable, s’exprimant sous couvert de l’anonymat en l’absence d’une réaction officielle du gouvernement à la nomination de Guterres. Cette dernière a été unanimement saluée par les 15 Etats membres du Conseil de Sécurité des Nations unies, jeudi. (La recommandation est dorénavant entre les mains des 193 membres de l’Assemblée Générale, qui désignera le successeur de Ban Ki-moon la semaine prochaine, le second mandat du Secrétaire-Général en place prenant fin le 31 décembre). « Comme tous les socialistes européens, Gueterres aime Israël mais goûte peu aux implantations ».

Prime Minister Benjamin Netanyahu meets UN Secretary-General Ban Ki-moon, in the Prime Minister's Office in Jerusalem, March 20, 2010. (photo credit: Moshe Milner/GPO/Flash90)

Guterres a été à la tête de l’Internationale Socialiste pendant six ans avant d’assumer la mission de Haut-Commissaire aux Réfugiés de l’ONU. A ce poste de l’instance onusienne, il a eu l’occasion de faire part de sa sympathie pour la population de Gaza durant la guerre de 2014 entre Israël et le Hamas.

“Il adore Israël mais c’est un homme très objectif, ce qui signifie qu’il voit l’image dans son ensemble », a indiqué Colette Avital, ancien membre de la Knesset, diplomate et ambassadrice d’Israël au Portugal dans les années 1990 au Times of Israel. « Il ne soutiendra pas le mouvement anti-israélien à l’ONU. Mais il tentera de faire avancer le processus de paix entre Israël et les Palestiniens. Il ne considère pas cela comme étant anti-israélien.

Cet homme de 67 ans, né à Lisbonne, s’est rendu plusieurs fois en Israël et a rencontré Benjamin Netanyahu et Ehud Barak durant leurs mandats respectifs de Premier ministre.

“Je suis convaincu qu’il saura se montrer juste », a ajouté Barak, qui considère Guterres comme un ami proche, au micro de la radio militaire, jeudi, commentant le rôle attendu de l’homme politique portugais dans le conflit israélo-palestinien. Toutefois, a-t-il poursuivi, les analyses de Guterres sur la question sont plus proches de celles du romancier Amos Oz — connu pour son point de vue ouvertement de gauche et ses critiques acerbes du gouvernement actuel — que de celles de Netanyahu.

L’ONU va élire comme Secrétaire-Général quelqu’un qui peut construire des passerelles et qui est accessible à toutes les parties, et non un fauteur de troubles, a indiqué Barak. « Il est supposé faire partie de la solution. Il représente la position du monde ».

“Maintenant ce qui m’inquiète au sujet de Guterres, c’est ce que nous entendons de Ban et ce que nous entendrons de Guterres — c’est apparemment la vision réelle que le monde a d’Israël », a-t-il continué.

Le monde veut voir un Israël différent de celui d’aujourd’hui », explique Barak, qui est devenu récemment un critique impitoyable de Netanyahu et de sa coalition, se référant en majorité à la politique adoptée par Jérusalem vis-à-vis des Palestiniens. « Il y aura toujours des terroristes et des antisémites. Mais la plus grande partie du monde n’est pas contre nous et elle est prête à nous soutenir si le gouvernement devait agir de manière correcte ».

Le Premier ministre de l'époque, Ehud Barak (à d.), avec Antonio Guterres, alors Premier ministre du Portugal, à New York en 2000 (Crédits : Avi Ohayon / GPO)

Dans une déclaration faite mercredi soir, l’ambassadeur d’Israël aux Nations unies, Danny Danon, a salué l’élection de Guterres et lui a souhaité bonne chance dans sa nouvelle mission, tout en formulant plusieurs demandes au prochain secrétaire-Général présumé. « L’Etat d’Israël espère et attend que l’ONU, sous sa nouvelle direction, agisse dans l’esprit de ses principes fondateurs en tant qu’organisme équitable et apte à faire la différence entre le Bien et le Mal, et qu’il mette un terme à son obsession d’Israël », a ajouté Danon. « J’espère que ce changement signera la fin de l’hostilité affichée par l’organisation envers l’Etat juif ».

Plusieurs « changements d’effectifs organisationnel devraient avoir lieu à Turtle Bay le 1er janvier 2017 après la prise de fonction de Guterres, a indiqué Danon. Il a encouragé le nouveau Secrétaire-Général à nommer un envoyé spécial chargé de la lutte contre l’antisémitisme et a déclaré attendre que l’ONU « accepte la responsabilité » du retour des dépouilles des soldats israéliens Hadar Goldin et Oron Shaul, actuellement détenues par le Hamas à Gaza.

La crise mondiale des réfugiée est « pâle en comparaison de la situation désespérée des Palestiniens »

Au cours de leur campagne de 296 jours au poste de chef des Nations Unies, ni Guterres ni ses 12 rivaux n’ont exprimé de position concrète concernant le conflit israélo-palestinien. Durant ses dix années passées au poste de Haut-Commissaire aux Réfugiés, il a également – même si cela n’a pas toujours été le cas – évité le sujet.

En Septembre 2014, s’adressant à l’auditoire de la Ligue arabe au Caire, Guterres avait déclaré que la Syrie et l’Irak étaient le théâtre des « crises migratoires des plus préoccupantes ». Il avait salué le Liban, la Jordanie, la Turquie , l’Irak et l »‘Egypte pour s’être montrés « extrêmement généreux » dans l’accueil des réfugiés de ces pays et avait également remercié les autres Etats arabes pour leurs « importantes contributions » à l’effort de gestion de la crise des réfugiés. Il n’avait toutefois pas mentionné l’aide qu’Israël apportait aux blessés de la guerre civile syrienne.

Dans le même discours Guterres avait malgré tout déclaré que les diverses crises humanitaires restaient « pâles en comparaison à la situation désespérée des Palestiniens, la situation de crise humanitaire qui se prolonge le plus dans le monde.”

‘Personne ne veut être un réfugié. Mais pour Gaza, ce n’est même pas une option. »

Tandis qu’il avait déclaré être dévasté par le spectacle de réfugiés palestiniens en Syrie », « forcés à fuir pour la seconde fois », cela était pire – et en effet « choquant » de voir que les habitants de Gaza « ne pouvaient même pas fuir pour chercher la sécurité face au récent conflit’, se référant à l’opération Bordure Protectrice. « Personne ne veut être un réfugié. Mais pour le peuple de Gaza, cela n’était même pas une option ».

Quelques semaines plus tard, l’agence de Guterres lançait une campagne pour mettre un terme à l’apatridie mais n’incluait pas les Palestiniens dans cet effort dans la mesure où l’Assemblée Générale de 2012 avait accordé le statut de non-membre à « l’Etat de Palestine ».

Le problème pour un grand nombre des 4,5 millions de Palestiniens en Cisjordanie et sur la Bande de Gaza, et les millions de plus vivant en tant que réfugiés à travers le monde, est que la Palestine doit encore aujourd’hui approuver ses lois sur la nationalité, avait-il dit, insistant sur le fait que cette situation ‘très spécifique » exigerait une « solution politique ».

Depuis que Guterres a quitté son poste au Haut-Commissariat aux réfugiés en 2015 et qu’il s’est lancé dans la préparation de la course au poste de secrétaire-général, il a répété son intention d’être un « arbitre honnête ».

“En premier lieu, nous avons besoin d’un élan diplomatique en faveur de la paix », a-t-il déclaré sur le site de sa campagne. Un bon secrétaire-général des Nations-Unies doit « activement, constamment et sans relâche exercer ses bons offices et ses capacités de médiation en tant qu’arbitre honnête, constructeur de passerelles entre les uns et les autres et messager de la paix ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre Antonio Guterres, alors Premier ministre du Portugal, à Lisbonne en 1996. (Crédits : Yaacov Sa'ar / GPO)

Si l’on doit tirer les leçons de l’histoire récente, cela comprendra probablement non seulement des appels aux Israéliens comme aux Palestiniens de retenir d’éventuelles provocations pour ne pas enflammer davantage la situation sur le terrain, mais également des condamnations de « l’usage excessif de la force » (Ban encore une fois) à l’adresse d’Israël dans les conflits contre les terroristes de Gaza, et l’opposition aux expansions de projets immobiliers dans les implantations au delà de la Ligne Verte.

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Israël salue en Guterres un espoir pour une ONU plus pro-Israël

L’ancien Premier ministre du Portugal est assuré d’être le prochain secrétaire général des Nations unies

Antonio Guterres, alors Haut Commissaire aux réfugiés des Nations unies pendant une conférence de presse à Genève, le 3 août 2012. (Crédit : U.S. Mission Photo by Eric Bridiers — Flickr/Domaine public/Wikimedia Commons)

Antonio Guterres, alors Haut Commissaire aux réfugiés des Nations unies pendant une conférence de presse à Genève, le 3 août 2012. (Crédit : U.S. Mission Photo by Eric Bridiers — Flickr/Domaine public/Wikimedia Commons)

« L’Etat d’Israël espère, et attend, des Nations unies, sous sa direction, qu’elles agissent dans l’esprit de leurs principes fondateurs comme institution juste et capable de faire la différence entre le bien et le mal, et qu’elles mettront fin à son obsession d’Israël », a déclaré Danny Danon dans un communiqué.

« J’espère que ce changement de direction mettra fin à l’hostilité de l’organisation envers l’Etat juif », a-t-il ajouté.

Israël a souvent accusé l’ONU d’être particulièrement concentrée sur la critique d’Israël tout en ignorant les autres problèmes du monde.

Guterres est assuré de succéder à Ban Ki-moon comme secrétaire général de l’ONU, après un vote informel du Conseil de sécurité mercredi, et pourrait être élu dès jeudi.

Vitali Tchourkine (Crédit : Capture d’écran YouTube)

L’ambassadeur russe Vitali Tchourkine, qui dirige le Conseil de sécurité durant le mois d’octobre, a déclaré à des journalistes à l’issue du vote que Guterres était « clairement le favori ».

Le diplomate russe a annoncé un vote formel du Conseil jeudi pour confirmer le choix du candidat, ajoutant qu’il s’attendait à ce que la sélection se fasse « par acclamation ».

« Nous souhaitons tout le bien à M. Guterres en tant que secrétaire général des Nations unies ces cinq prochaines années », a ajouté Tchourkine.

Durant le scrutin de mercredi, les cinq membres permanents du Conseil (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni et Russie), qui disposent d’un droit de veto, ont voté avec des bulletins de couleur différente des dix autres membres. Dans les scrutins précédents, tous les membres du Conseil, permanents et non permanents, disposaient des mêmes bulletins.

Il a donc été possible de voir pour la première fois mercredi si l’un des cinq membres permanents envisageait de bloquer la candidature de Guterres.

Le Portugais avait terminé en tête des cinq scrutins préliminaires déjà effectués. Aux deux tours précédents, 12 des 15 pays membres l’avaient « encouragé », deux l’avaient « découragé », émettant donc un vote défavorable, et un dernier était « sans opinion ».

Le vote de mercredi a permis de voir que quatre des grandes puissances avaient émis un vote favorable, et l’une d’entre elles a remis un vote « sans opinion ». Mais aucun des cinq membres permanents n’a bloqué Guterres.

Celui-ci a même fait mieux qu’aux précédents scrutins, obtenant cette fois 13 votes favorables.

« C’est une excellente nouvelle, sur la méthode et sur le fond, pour les Nations unies », a souligné l’ambassadeur français, François Delattre.

Son collègue britannique Matthew Rycroft a estimé lui que Guterres fera « un secrétaire général très fort, très efficace », l’ambassadrice américaine Samantha Power mettant en avant l’expérience et la vision du diplomate portugais.

Celui-ci a occupé la fonction de Premier ministre du Portugal entre 1995 et 2002. Il va d’ailleurs devenir le premier secrétaire général à avoir été chef d’un gouvernement auparavant. Plusieurs anciens ministres des Affaires étrangères ont occupé ce poste.

Samantha Power (Crédit : domaine public)

Ce polyglotte âgé de 67 ans, qui parle couramment français, a aussi été le chef du Haut commissariat pour les réfugiés (UNHCR) durant 10 ans. Ingénieur de formation, fervent catholique, le socialiste se décrit lui-même comme un homme d’action et s’est battu sans relâche durant une décennie pour les droits des migrants, de 2005 à 2015.

Durant ses deux mandats à la tête du HCR, il avait également réussi à réformer la structure interne de l’institution, améliorant son efficacité en permettant le déploiement de davantage de personnels sur les points chauds.

« La meilleure personne pour ce poste a été sélectionnée et c’est très bien pour le monde, c’est très bien pour les Nations unies, c’est très bien pour le Portugal », s’est réjoui le président portugais Marcelo Rebelo de Sousa, estimant que Guterres était un homme « exceptionnel ».

Dix candidats étaient en lice pour succéder au sud-coréen Ban Ki-moon, qui a effectué deux mandats de cinq ans.

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon devant l'Assemblée générale des Nations unies à New York, le 20 septembre 2016. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)

Après approbation par le Conseil de sécurité, le candidat retenu doit également recueillir le vote favorable de l’Assemblée générale de l’ONU avant de prendre ses fonctions le 1er janvier.

S’il est élu, Antonio Guterres ferait mentir les observateurs qui anticipaient il y a quelques mois la nomination d’un secrétaire général issu d’un pays d’Europe de l’Est, seule région à ne pas avoir encore obtenu ce poste.

L’idée qu’une femme puisse diriger l’ONU, après huit hommes depuis la création de l’organisation, semblait aussi être un argument de poids.

La candidature de Kristalina Georgieva, mise en avant au dernier moment la semaine passée par la Bulgarie, semblait ainsi être de nature à pouvoir faire bouger les choses, mais la commissaire européenne au Budget et ancienne vice-présidente de la Banque mondiale n’a pas convaincu. Georgieva a recueilli huit votes négatifs, dont deux de membres permanents.

L’Argentine Susana Malcorra a reçu un vote négatif venant d’une grande puissance. La Bulgare Irina Bokova en a reçu deux, tout comme le Slovaque Miroslav Lajcak. La Néo-Zélandaise Helen Clark, le Serbe Vuk Jeremic, le Macédonien Srgjan Kerim et la Moldave Natalia Gherman en ont reçu trois chacun. Enfin, le Slovène Danilo Turk en a reçu quatre.

C’est la première fois qu’un secrétaire général de l’ONU est choisi avec un processus si transparent.

 

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