Le nouveau péché écologique : cheval de troie amazonien d’une paganisation accélérée des églises ?

Qu’est-ce que le « péché écologique », que certains voudraient intégrer à la théologie catholique ?Qu’est-ce que le « péché écologique », que certains voudraient intégrer à la théologie catholique ?

Le « péché écologique », ou « péché envers la Création », fait partie des questions discutées au cours des travaux du Synode pour l’Amazonie, qui se tient à Rome jusqu’au 27 octobre. Si la notion n’est pas nouvelle, certains réclament qu’elle soit désormais intégrée au « tissu même » de la théologie.

« Nous sommes en train de pécher contre le Créateur. Nous commettons tant de péchés contre la nature, et pourtant nous ne faisons jamais d’examen de conscience à ce propos. » Le ton est grave et le « sérieux » et l’« urgence » de la situation, martelés. Vendredi 11 octobre, lors de la conférence de presse quotidienne du Synode pour l’Amazonie, à Rome, le cardinal Carlos Aguiar Retes, archevêque de Mexico, a fermement rappelé chacun à sa responsabilité vis-à-vis de la santé de la planète. Responsabilité de citoyen et de consommateur, bien sûr, mais aussi de chrétien.

Tu ne tueras point… la forêt

« Dans le groupe où je suis, nous avons eu une discussion très intéressante à ce sujet », rapporte ainsi le père Adelson Araujo dos Santos, jésuite brésilien enseignant à l’université grégorienne, à Rome, qui participe au synode en tant qu’expert. « On a pris l’exemple du quatrième commandement :tu ne tueras point”. À mon sens, ce n’est pas uniquement le meurtre qui est ici proscrit. Pourquoi la destruction de la vie d’une forêt ou de certaines espèces animales n’entrerait-elle pas en ligne de compte ? 

Les orthodoxes, précurseurs

Cette notion de péché écologique n’est en réalité pas nouvelle et, en la matière, le monde orthodoxe semble avoir ouvert la voie. Le 8 novembre 1997, lors d’une conférence sur l’environnement à Santa Barbara (Californie), le patriarche Bartholomeos de Constantinople présente une relecture de l’histoire du péché et déclare que « commettre un crime contre la nature » en est un.

« Comme individus (…) et comme participants d’un système qui a imposé la logique du profit à n’importe quel prix, sans penser à l’exclusion sociale ou à la destruction de la nature, repentons-nous du mal que nous faisons à notre maison commune », ajoute-t-il.

Structures de péché

Participer à un système fautif reviendrait donc, stricto sensu, à pécher soi-même ? C’est déjà ce qu’écrivait saint Ignace de Loyola, au XVIe siècle, dans ses Exercices spirituels, ajoutant aux péchés personnels les péchés structurels d’une société, auxquels chaque membre a part.

Dans son encyclique Sollicitudo rei socialis (1987), Jean-Paul II distingue à son tour péché personnel et péché social. Il introduit également la notion de « structures de péché », qui génèrent de l’injustice ou de l’oppression. L’homme, comme être social, ne peut certes pas y échapper ; mais ces structures étant des réalisations humaines, sa responsabilité y est toujours engagée. Ainsi, même s’il en est victime, l’homme est solidaire du péché commis dans le cadre de ces structures.

« Un grand changement »

L’idée d’insérer l’écologie intégrale – et même, éventuellement, cette notion de péché écologique – au « tissu même » de la théologie catholique semble aujourd’hui faire son chemin au plus haut niveau de l’Église. Ce synode pour l’Amazonie pourrait en être une étape clé.

« Ce serait un grand changement, et un élargissement de la perspective ecclésiale », plaide, en marge du synode, l’évêque brésilien de São Félix Mgr Adriano Ciocca Vasino. « Si l’on fait ce travail, il faudrait aussi revisiter l’exégèse – c’est-à-dire relire ce qui, dans la Bible, parle du respect dû à la Création – et même le droit canonique », précise-t-il.

A la fin du Document, on invoque la protection de la Vierge de l’Amazonie, Mère de l’Amazonie, vénérée avec divers titres dans toute la région.

 

Document final du Synode: l’Église s’engage à être une alliée de l’Amazonie

Cinq chapitres, plus une introduction et une brève conclusion : c’est ainsi que le Document final du Synode sur l’Amazonie est articulé. Il a été distribué le soir du samedi 26 octobre, à la demande expresse du Pape. Parmi les thèmes à l’étude figurent la mission, l’inculturation, l’écologie intégrale, la défense des peuples indigènes, le rite amazonien, le rôle des femmes et les nouveaux ministères, surtout dans les régions où l’accès à l’Eucharistie est difficile.

Vatican News

Conversion: c’est le leitmotiv du Document final du Synode sur l’Amazonie. Une conversion qui se décline à plusieurs niveaux : intégrale, pastorale, culturelle, écologique et synodale. Le texte est le résultat de «l’échange ouvert, libre et respectueux» qui a eu lieu pendant les trois semaines de travail du Synode, pour raconter l’histoire des défis et du potentiel de l’Amazonie, le «cœur biologique» du monde réparti sur neuf pays et habité par plus de 33 millions de personnes, dont environ 2,5 millions sont indigènes. Pourtant, cette région, deuxième zone la plus vulnérable au monde du fait du changement climatique causé par l’homme, se trouve «dans une course effrénée vers la mort» et cela nécessite d’urgence – le Document le rappelle – une nouvelle orientation qui permettra de la sauver, sous peine d’un impact catastrophique sur la planète entière.

Chapitre I – Conversion intégrale

Dès le début, le Document nous exhorte à une «vraie conversion intégrale», avec une vie simple et sobre, dans le style de saint François d’Assise, engagé à entrer en relation harmonieuse avec la «maison commune», l’œuvre créatrice de Dieu. Cette conversion conduira l’Église à être en sortie, pour entrer dans le cœur de tous les peuples amazoniens. L’Amazonie, en effet, a une voix qui est un message de vie et s’exprime à travers une réalité multiethnique et multiculturelle, représentée par les visages variés qui l’habitent. «Bien vivre» et «bien agir» sont les modes de vie des peuples amazoniens, c’est-à-dire vivre en harmonie avec eux-mêmes, avec les êtres humains et avec l’être suprême, dans une seule intercommunication entre tout le cosmos, pour forger un projet de vie pleine pour tous.

Les douleurs de l’Amazonie: le cri de la terre et le cri des pauvres 

Cependant, le texte n’ignore pas les nombreuses douleurs et violences qui aujourd’hui blessent et déforment l’Amazonie, menaçant sa vie: la privatisation des biens naturels, les modèles de production prédateurs, la déforestation qui touche près de 17% de la région, la pollution des industries extractives, le changement climatique, le trafic de drogue, l’alcoolisme, la traite des personnes, la criminalisation des leaders et défenseurs du territoire et les groupes armés illégaux.

Il y a aussi une grande page sur la migration en Amazonie, qui est divisée en trois niveaux: la mobilité des groupes autochtones dans les territoires à circulation traditionnelle; le déplacement forcé des peuples autochtones; les migrations internationales et les réfugiés. Pour tous ces groupes, il y a un besoin de pastorale transfrontalière qui inclut le droit à la libre circulation.

Le problème de la migration, dit-on, doit être abordé de manière coordonnée par les Églises frontalières. En outre, un travail pastoral permanent devrait être conçu pour les migrants victimes de la traite. Le Document synodal demande également qu’une attention particulière soit accordée au déplacement forcé des familles autochtones dans les centres urbains, en soulignant que ce phénomène nécessite «une attention pastorale globale dans les banlieues». D’où l’exhortation à créer des équipes missionnaires qui, en coordination avec les paroisses, s’occupent de cet aspect, en offrant des liturgies inculturées et en favorisant l’intégration de ces communautés dans les villes.

Chapitre II – La conversion pastorale

La référence à la nature missionnaire de l’Église est d’ailleurs centrale: la mission n’est pas quelque chose d’optionnel – le texte le rappelle – parce que l’Église est missionnaire et l’action missionnaire est le paradigme de l’ensemble de l’œuvre de l’Église. En Amazonie, elle doit être «Samaritaine», c’est-à-dire qu’elle doit aller à la rencontre de tous ; «Madeleine», c’est-à-dire aimée et réconciliée pour proclamer avec joie le Christ ressuscité ; «mariale», c’est-à-dire engendrer des enfants à la foi et «inculturée» parmi les peuples qu’elle sert. Il est donc important de passer d’une «visite» pastorale à une «présence pastorale permanente» et c’est pourquoi le Document synodal suggère que les congrégations religieuses du monde établissent au moins un avant-poste missionnaire dans l’un des pays amazoniens.

Le sacrifice des martyrs missionnaires

Le Synode n’oublie pas les nombreux missionnaires qui ont donné leur vie pour transmettre l’Évangile en Amazonie, dont les pages les plus glorieuses ont été écrites par les martyrs. En même temps, le Document rappelle que l’annonce du Christ dans la région a souvent été faite de connivence avec les pouvoirs oppressifs du peuple. C’est pourquoi, aujourd’hui, l’Église a «l’occasion historique» de s’éloigner des nouvelles puissances colonisatrices, d’écouter les peuples amazoniens et d’exercer son activité prophétique «de manière transparente».

Dialogue œcuménique et interreligieux

Dans ce contexte, une grande importance est accordée au dialogue œcuménique et interreligieux : «chemin indispensable de l’évangélisation en Amazonie», le dialogue œcuménique doit partir «de la centralité de la Parole de Dieu, pour initier de véritables chemins de communion». Sur le plan interreligieux, le Document encourage une meilleure connaissance des religions indigènes et des cultes d’ascendance africaine, afin que chrétiens et non-chrétiens, ensemble, puissent agir pour défendre la maison commune. Pour cette raison, des moments de rencontre, d’étude et de dialogue entre les Églises amazoniennes et les adeptes des religions indigènes sont proposés.

L’urgence de la pastorale indigène et de la pastorale des jeunes 

Il est nécessaire de créer ou de maintenir «une option préférentielle pour les peuples indigènes», en donnant une impulsion missionnaire encore plus grande parmi les vocations indigènes, car l’Amazonie doit aussi être évangélisée par l’Amazonie. Partagés entre tradition et innovation, plongés dans une crise intense de valeurs, victimes de tristes réalités telles que la pauvreté, la violence, le chômage, les nouvelles formes d’esclavage et les difficultés d’accès à l’éducation, ils se retrouvent souvent en prison ou meurent par suicide.

Pourtant, les jeunes Amazoniens ont les mêmes rêves et les mêmes espoirs que les autres enfants du monde et l’Église, appelée à être une présence prophétique, doit les accompagner sur leur chemin, pour éviter que leur identité et leur estime de soi ne soient endommagées ou détruites. En particulier, le Document suggère «une pastorale des jeunes renouvelée et audacieuse», centrée sur Jésus. Les jeunes, en effet, lieux théologiques et prophètes d’espérance, veulent être protagonistes et l’Église amazonienne veut reconnaître leur espace. D’où l’invitation à promouvoir de nouvelles formes d’évangélisation à travers les réseaux sociaux et à aider les jeunes autochtones à atteindre une saine interculturalité.

La pastorale urbaine et les familles

Le texte final du Synode développe ensuite le thème de la pastorale urbaine, avec un regard particulier sur les familles : dans les banlieues des villes, elles souffrent de pauvreté, de chômage, de manque de logement, ainsi que de nombreux problèmes de santé. Il est donc nécessaire de défendre le droit de tous à la ville en tant que jouissance équitable des principes de durabilité, de démocratie et de justice sociale.

Il faut se battre pour que dans les favelas et dans les “villas miserias” les droits fondamentaux soient garantis. La mise en place d’un «ministère d’accueil» pour la solidarité fraternelle avec les migrants, les réfugiés et les sans-abri vivant en milieu urbain doit également être centrale. Dans ce contexte, une aide précieuse vient des communautés ecclésiales de base, «un don de Dieu aux Églises locales de l’Amazonie». Dans le même temps, les politiques publiques sont invitées à améliorer la qualité de vie dans les zones rurales, afin d’éviter le transfert incontrôlé des populations vers les villes.

Chapitre III – Conversion culturelle

L’inculturation et l’interculturalité sont des outils importants – poursuit le Document – pour réaliser une conversion culturelle qui conduit le chrétien à aller à la rencontre de l’autre pour apprendre de lui. Les peuples amazoniens, en effet, avec leurs «parfums anciens» qui contrastent avec le désespoir que l’on respire sur le continent, et avec leurs valeurs de réciprocité, de solidarité et de sens communautaire, offrent des enseignements de vie et une vision intégrée de la réalité capable de comprendre que toute création est liée et de garantir donc une gestion durable. L’Église s’engage à être l’alliée des peuples autochtones – le texte synodal le réitère – surtout pour dénoncer les attaques perpétrées contre leur vie, les projets de développement prédateur ethnocides et écocides et la criminalisation des mouvements sociaux.

Défendre la terre, c’est défendre la vie

«La défense de la terre n’a d’autre but que la défense de la vie» et se fonde sur le principe évangélique de la défense de la dignité humaine. Il est donc nécessaire de respecter les droits à l’autodétermination, à la délimitation des territoires et à la consultation préalable, libre et éclairée des peuples autochtones. Un point spécifique est consacré aux peuples autochtones en isolement volontaire (Piav) ou en isolement et premier contact (Piaci), qui aujourd’hui, en Amazonie, représentent environ 130 unités et sont souvent victimes de nettoyage ethnique : l’Église doit entreprendre une action pastorale mais aussi une sorte de lobbying, une pression, pour que les États protègent les droits et l’inviolabilité des territoires de ces peuples.

Théologie indienne et piété populaire

Du point de vue de l’inculturation, c’est-à-dire de l’incarnation de l’Évangile dans les cultures indigènes, une place est donnée à la théologie et à la piété populaire indiennes, dont les expressions doivent être appréciées, accompagnées, promues et parfois «purifiées», car elles sont des moments privilégiés d’évangélisation qui doivent conduire à la rencontre avec le Christ. L’annonce de l’Évangile, en effet, n’est pas un processus de destruction, mais de croissance et de consolidation des «semences du Verbe» présentes dans les cultures.

D’où le rejet clair de «l’évangélisation de style colonial» et du «prosélytisme», en faveur d’une proclamation inculturée qui promeut une Église à visage amazonien, en plein respect et égalité avec l’histoire, la culture et le mode de vie des populations locales. A cet égard, le Document synodal propose que les centres de recherche de l’Église étudient et rassemblent les traditions, les langues, les croyances et les aspirations des peuples autochtones, en encourageant leur travail éducatif sur la base de leur propre identité et culture.

Créer un réseau amazonien de communication ecclésiale

Également dans le domaine de la santé – poursuit le Document – ce projet éducatif devrait promouvoir les connaissances ancestrales de la médecine traditionnelle de chaque culture. En même temps, l’Église s’engage à offrir des soins de santé là où l’État n’arrive pas. Il y a aussi un appel fort pour une éducation solidaire, basée sur la conscience d’une origine commune et d’un avenir partagé par tous, ainsi qu’une culture de la communication qui favorise le dialogue, la rencontre et le soin de la «maison commune». Concrètement, le texte synodal suggère la création d’un réseau panamazzonique de communication ecclésiale, d’un réseau scolaire d’éducation bilingue et de nouvelles formes d’éducation, même à distance.

Chapitre IV – Conversion écologique

Face à «une crise sociale et environnementale sans précédent», le Synode appelle à une Église amazonienne capable de promouvoir une écologie intégrale et une conversion écologique selon laquelle «tout est intimement lié».

L’écologie intégrale, la seule voie possible                                                                             

L’espoir est qu’en reconnaissant «les blessures causées par l’être humain» au territoire, on recherche «des modèles de développement équitable et solidaire». Cela se traduit par une attitude qui lie la pastorale de la nature à la justice pour les personnes les plus pauvres et les plus défavorisées de la terre. L’écologie intégrale ne doit pas être comprise comme une voie supplémentaire que l’Église peut choisir pour l’avenir, mais comme le seul moyen possible de sauver la région de l’extractivisme prédateur, du sang innocent versé et de la criminalisation des défenseurs de l’Amazonie. L’Église, en tant que «partie intégrante de la solidarité internationale», doit promouvoir le rôle central du biome amazonien dans l’équilibre de la planète et encourager la communauté internationale à fournir de nouvelles ressources économiques pour sa protection en renforçant les instruments de la Convention-cadre sur les changements climatiques.

La défense des droits de l’Homme est un besoin de foi     

La défense et la promotion des droits de l’Homme, ainsi qu’un devoir politique et une tâche sociale, est un besoin de foi. Face à ce devoir chrétien, le Document dénonce la violation des droits de l’Homme et la destruction des ressources extractives ; il assume et soutient, également en alliance avec d’autres Églises, les campagnes de désinvestissement des entreprises extractives qui causent des dommages sociaux et écologiques en Amazonie ; il propose une transition énergétique radicale et la recherche d’alternatives ; il propose aussi le développement de programmes de formation pour le soin de la «maison commune».

Le texte demande aux États de cesser de considérer la région comme une dépendance inépuisable, tout en appelant à un «nouveau paradigme de développement durable» socialement inclusif, combinant connaissances scientifiques et traditionnelles. Les critères commerciaux ne devraient pas être supérieurs aux critères environnementaux et aux droits de l’Homme.

L’Église alliée des communautés amazoniennes        

L’appel est à la responsabilité : nous sommes tous appelés à prendre soin de l’œuvre de Dieu. Les protagonistes du soin, de la protection et de la défense des peuples sont les communautés amazoniennes elles-mêmes. L’Église est leur alliée, elle marche avec eux, sans imposer une manière particulière d’agir, reconnaissant la sagesse des peuples sur la biodiversité contre toute forme de biopiraterie. Les agents pastoraux et les ministres ordonnés sont invités à se former à cette sensibilité sociale et environnementale à l’instar des martyrs de l’Amazonie. L’idée est de créer des ministères pour le soin de la maison commune.

Défendre la vie      

Le Document réaffirme l’engagement de l’Église à défendre la vie «de sa conception à son crépuscule» et à promouvoir le dialogue interculturel et œcuménique afin de contrer les structures de mort, de péché, de violence et d’injustice. La conversion écologique et la défense de la vie en Amazonie se traduisent pour l’Église par un appel à «désapprendre, apprendre et réapprendre afin de surmonter toute tendance à assumer les modèles coloniaux qui ont causé des dommages dans le passé».

Péché écologique et droit à l’eau potable     

Le Document propose une définition du «péché écologique» comme «une action ou une omission contre Dieu, contre le prochain, la communauté, l’environnement», les générations futures et la vertu de la justice. Afin de réparer la dette écologique que les pays ont envers l’Amazonie, il est suggéré de créer un fonds mondial pour les communautés amazoniennes, afin de les protéger du désir prédateur des entreprises nationales et multinationales.

Le Synode rappelle «l’urgence de développer des politiques énergétiques qui réduisent drastiquement les émissions de dioxyde de carbone (CO2) et d’autres gaz liés au changement climatique». Il promeut l’énergie propre et attire l’attention sur l’accès à l’eau propre, droit humain fondamental et condition pour l’exercice des autres droits humains. Protéger la terre, c’est encourager la réutilisation et le recyclage, réduire l’utilisation de combustibles fossiles et de plastiques, changer les habitudes alimentaires comme la consommation excessive de viande et de poisson, adopter un mode de vie sobre, planter des arbres.

Dans ce contexte, émerge la proposition de créer un Observatoire social et pastoral amazonien qui travaillerait en synergie avec le CELAM, la CLAR, Caritas, le Repam, les épiscopats, les Églises locales, les universités catholiques mais aussi avec les acteurs non-ecclésiaux. La création d’un bureau amazonien au sein du Dicastère pour le Service du Développement humain intégral est également proposée.

Chapitre V – Nouvelles voies de conversion synodale    

Surmonter le cléricalisme et les impositions arbitraires, renforcer une culture de dialogue, d’écoute et de discernement spirituel, répondre aux défis pastoraux. Telles sont les caractéristiques sur lesquelles doit se fonder une conversion synodale, à laquelle l’Église est appelée à avancer en harmonie, sous l’impulsion de l’Esprit qui donne la vie et avec audace évangélique.

Synodalité, ministères, rôle actif des laïcs et vie consacrée 

Le défi est d’interpréter les signes des temps à la lumière de l’Esprit Saint et d’identifier le chemin à suivre dans le service du plan de Dieu. Les formes d’exercice de la synodalité sont variées et doivent être décentralisées, attentives aux processus locaux, sans affaiblir le lien avec les Églises sœurs et avec l’Église universelle. La synodalité traduit, en continuité avec le Concile Vatican II, la coresponsabilité et le ministère de tous, la participation des laïcs, hommes et femmes, considérés comme «acteurs privilégiés».

La participation des laïcs, tant dans la consultation que dans la prise de décision, à la vie et à la mission de l’Église devrait être renforcée et élargie à partir de la promotion et de la délégation de «ministères aux hommes et aux femmes de manière équitable».

Évitant l’individualisme, peut-être par rotation des tâches, «l’évêque peut confier, avec un mandat à durée déterminée, en l’absence de prêtres, l’exercice de la pastorale des communautés à une personne non investie du caractère sacerdotal, qui est membre de la communauté elle-même». La responsabilité de la communauté restera du ressort du prêtre. Le Synode parie alors sur une vie consacrée à visage amazonien, en commençant par un renforcement des vocations indigènes : parmi les propositions, l’itinérance avec les pauvres et les exclus est soulignée. Il est aussi demandé que la formation soit centrée sur l’interculturalité, l’inculturation et le dialogue entre la spiritualité et les cosmovisions amazoniennes.

L’heure de la femme   

Un grand espace dans le Document est consacré à la présence et au temps des femmes. Comme le suggère la sagesse des peuples ancestraux, la terre mère a un visage féminin et dans le monde indigène les femmes sont «une présence vivante et responsable dans la promotion humaine». Le Synode demande que la voix des femmes soit entendue, qu’elles soient consultées, qu’elles participent de manière plus incisive à la prise de décision, qu’elles contribuent à la synodalité ecclésiale, qu’elles assument avec plus de force leur direction dans l’Église, dans les conseils pastoraux ou «même dans les instances gouvernementales».

En tant que protagonistes et gardiennes de la création et de la maison commune, les femmes sont souvent «victimes de violence, physique, morale et religieuse, y compris de féminicides». Le texte réaffirme l’engagement de l’Eglise à défendre leurs droits, en particulier en ce qui concerne les femmes migrantes. En même temps, il reconnaît le «ministère» confié par Jésus aux femmes et appelle à une révision du Motu Proprio Ministeria quædam de saint Paul VI, afin que les femmes bien formées et préparées puissent aussi «recevoir les ministères du lecteur et de l’acolyte, entre autres, qui peuvent être réalisés».

Plus précisément, dans les contextes où les communautés catholiques sont dirigées par des femmes, la création d’un «ministère établi des femmes comme leaders communautaires» est nécessaire. Le Synode souligne que les nombreuses consultations en Amazonie ont sollicité le «diaconat permanent pour les femmes», un thème très présent dans les débats au Vatican.

Les participants souhaitent partager les expériences et les réflexions qui ont émergé jusqu’à présent avec la Commission d’étude sur le diaconat féminin créée en 2016 par le Pape François et en attendent les résultats.

Diaconat permanent       

La promotion, la formation et le soutien des diacres permanents sont définis comme urgents. Le diacre, sous l’autorité de l’évêque, est au service de la communauté et est aujourd’hui obligé de promouvoir l’écologie intégrale, le développement humain, la pastorale sociale et le service aux personnes en situation de vulnérabilité et de pauvreté, les configurant au Christ.

Il est donc nécessaire d’insister sur la formation continue, marquée par l’étude académique et la pratique pastorale, dans laquelle l’épouse et les enfants du candidat sont également impliqués. Le programme de formation, précise le Synode, devrait inclure des thèmes qui favorisent le dialogue œcuménique, interreligieux et interculturel, l’histoire de l’Église en Amazonie, l’affectivité et la sexualité, la cosmovision autochtone et l’écologie intégrale. L’équipe des formateurs sera composée de ministres ordonnés et de laïcs. La formation de futurs diacres permanents dans les communautés vivant sur les rives des rivières indigènes devrait être encouragée.

Formation des prêtres   

La formation des prêtres doit être inculturée : il faut préparer des pasteurs qui sachent vivre l’Évangile, connaître les lois canoniques, être compatissants à l’exemple de Jésus : proches des gens, capables d’écouter, de guérir et de consoler, sans chercher à s’imposer, manifestant la tendresse du Père. Aussi dans le domaine de la formation pour le sacerdoce, les pères synodaux souhaitent l’inclusion de disciplines telles que l’écologie intégrale, l’éco-théologie, la théologie de la création, les théologies indépendantes, la spiritualité écologique, l’histoire de l’Église en Amazonie, l’anthropologie culturelle amazonienne. Le Synode recommande d’insérer de préférence les centres de formation dans la réalité amazonienne et d’offrir aux jeunes non-amazoniens la possibilité de vivre leur formation en Amazonie.

Participation à l’Eucharistie et ordinations sacerdotales

La participation à l’Eucharistie est au cœur de la communauté chrétienne. Pourtant, note le Synode, de nombreuses communautés ecclésiales du territoire amazonien ont d’énormes difficultés à y accéder. Cela peut prendre des mois, voire des années, avant qu’un prêtre ne revienne dans une communauté pour célébrer la messe ou offrir les sacrements de la Réconciliation et de l’onction des malades. Le Synode réaffirme l’appréciation du célibat comme don de Dieu dans la mesure où il permet au prêtre de se consacrer pleinement au service de la communauté et renouvelle la prière pour qu’il y ait beaucoup de vocations dans le célibat, bien que «cette discipline ne soit pas requise par la nature même du sacerdoce», et il considère la vaste étendue du territoire amazonien et la pénurie des ministres ordonnés.

Le Document final propose «d’établir des critères et des dispositions par l’autorité compétente, d’ordonner des prêtres appropriés et reconnus de la communauté qui ont un diaconat permanent fécond et reçoivent une formation adéquate pour le sacerdoce, pouvant avoir une famille légitimement constituée et stable, pour soutenir la vie de la communauté chrétienne par la prédication de la Parole et la célébration des sacrements dans les zones les plus reculées de la région amazonienne». Il est précisé qu’à cet égard, «certains se sont exprimés en faveur d’une approche universelle du sujet».

Organisme régional post-synodal et Université amazonienne        

Le Synode propose de repenser l’organisation des Églises locales d’un point de vue «panamazonien», en redimensionnant les vastes zones géographiques des diocèses, en regroupant les Églises particulières présentes dans la même région et en créant un Fonds amazonien pour le soutien à l’évangélisation afin de faire face au «coût de l’Amazonie».

Dans ce contexte émerge l’idée de créer un organisme régional ecclésial post-synodal, articulé avec le Repam et le CELAM, afin de prendre en charge bon nombre des propositions qui ont émergé du Synode.

Dans le domaine de l’éducation, la création d’une Université catholique amazonienne, fondée sur la recherche interdisciplinaire, l’inculturation et le dialogue interculturel et fondée principalement sur les Saintes Écritures, dans le respect des coutumes et traditions des peuples autochtones, est nécessaire.

Rite amazonien      

Afin de répondre de manière authentiquement catholique à la demande des communautés amazoniennes d’adapter la liturgie en valorisant la vision du monde, les traditions, les symboles et les rites présents dans la région, il est demandé à cet organisme de constituer une commission compétente pour étudier l’élaboration d’un rite amazonien qui puisse exprimer «le patrimoine liturgique, théologique, disciplinaire et spirituel de l’Amazonie».

Il s’ajouterait aux 23 rites déjà présents dans l’Église catholique, enrichissant le travail d’évangélisation, la capacité d’exprimer la foi dans une culture qui lui est propre, le sens de la décentralisation et de la collégialité que l’Église catholique peut exprimer. Il est également suggéré que les rites ecclésiaux soient accompagnés par la manière dont les gens prennent soin du territoire et se rapportent à ses eaux.

Enfin, pour favoriser le processus d’inculturation de la foi, le Synode exprime l’urgence de former des comités pour la traduction et la rédaction des textes bibliques et liturgiques dans les langues des différents lieux, «en préservant la matière des sacrements et en les adaptant à la forme, sans perdre de vue l’essentiel». La musique et le chant devraient également être encouragés au niveau liturgique. A la fin du Document, on invoque la protection de la Vierge de l’Amazonie, Mère de l’Amazonie, vénérée avec divers titres dans toute la région.

 

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