Le nouveau et très original gouvernement israélien

 Les dirigeants internationaux félicitent Israël pour son nouveau gouvernement :Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, la chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre indien, le chancelier autrichien saluent Netanyahu, Gantz et les Israéliens

La première conférence de presse du nouveau gouvernement d'unité présidé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu et par le Premier ministre d'alternance Benny Gantz à la Knesset, le 17 mai 2020 (Crédit : Alex Kolomoisky/POOL)

La première conférence de presse du nouveau gouvernement d’unité présidé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu et par le Premier ministre d’alternance Benny Gantz à la Knesset, le 17 mai 2020 (Crédit : Alex Kolomoisky/POOL)

Plusieurs leaders internationaux, parmi lesquels le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, ont félicité Israël, dimanche, à l’occasion de la formation de son nouveau gouvernement.

La chancelière allemande Angela Merkel, dans un message adressé au Premier ministre Benjamin Netanyahu, s’est dite impatiente de continuer à coopérer avec lui.

« L’Allemagne va continuer à défendre Israël et la paix au Moyen-Orient. Je vous souhaite, ainsi qu’à tous les citoyens israéliens, de la force, de la détermination et du succès dans la lutte contre la pandémie de coronavirus », a-t-elle écrit.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a publié trois tweets – sur ses comptes personnel et professionnel – félicitant son nouvel homologue Gabi Ashkenazi.

« Le partenariat étroit et l’amitié entre l’Allemagne et Israël me sont personnellement très chers. Je me réjouis de notre coopération future ! », a-t-il fait savoir.

Pour sa part, le Premier ministre indien, Narendra Modi, s’est exprimé en anglais et en hébreu à l’attention de Netanyahu et du Premier ministre d’alternance Benny Gantz sur Twitter.

“Mazel Tov à mon ami Netanyahu pour la formation de votre cinquième gouvernement en Israël. Je vous souhaite, à vous et à Gantz, de réussir dans votre mission et je suis impatient de pouvoir continuer à travailler étroitement avec votre gouvernement pour renforcer le partenariat stratégique entre l’Inde et Israël », a écrit Narendra Modi.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz a exprimé ses « sincères félicitations » à Netanyahu, promettant d’approfondir encore les « excellentes relations » entre Vienne et Jérusalem.

« Nous continuerons nos efforts dans la lutte contre l’antisémitisme et contre l’anti-sionisme sous toutes leurs formes », a-t-il commenté.

Sebastian Kurz a également transmis ses meilleurs vœux au nouveau Premier ministre par alternance.

« Comme je l’ai souligné dans le passé, la sécurité d’Israël est non négociable pour l’Autriche », a-t-il noté.

De son côté, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a tweeté une photo de lui-même aux côtés de Netanyahu et déclaré, « nous saluons chaleureusement l’annonce de la formation d’un nouveau gouvernement en Israël. Nous sommes extrêmement chanceux d’avoir des partenaires d’une telle force et d’une telle expérience à Jérusalem et nous travaillerons de concert pour promouvoir la sécurité et la prospérité de nos populations ».

Pour sa part, l’ambassadeur des États-Unis au sein de l’État juif, David Friedman, a écrit : « Félicitations et Mazal Tov au Premier ministre Netanyahu, au [Premier ministre par alternance & ministre de la Défense] Gantz, à l’État d’Israël et au peuple d’Israël pour la formation de ce nouveau gouvernement. Les États-Unis se réjouissent de travailler à vos côtés pour renforcer encore notre relation incroyablement forte et notre lien incassable ».

Le ministre des Affaires étrangères autrichien, Alexander Schallenberg, a déclaré avoir hâte de travailler avec Ashkenazi, tout comme son homologue lituanien Linas Linkevicius.

Le président russe a également tenu à féliciter Netanyahu, a fait savoir le Kremlin. « J’apprécie beaucoup les relations établies entre nous, qui créent des opportunités pour des discussions profondes et efficaces de toute question à l’ordre du jour bilatéral et international, même les plus compliquées. J’espère que le nouveau gouvernement sous votre direction poursuivra cette tendance à développer des relations amicales et une coopération mutuellement profitable entre nos nations. Cela répond évidemment aux intérêts des peuples de Russie et d’Israël et est conforme au besoin de paix, de sécurité et de stabilité », a commenté Vladimir Poutine.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a aussi adressé ses félicitations au Premier ministre Benjamin Netanyahu et au ministre de la Défense Benny Gantz pour la formation de leur nouveau gouvernement. « Le Canada et Israël partagent une longue histoire en tant qu’amis proches, ainsi que partenaires dans des organisations internationales. Au fil des décennies, nous sommes restés unis par nos valeurs démocratiques communes et nos liens étroits de peuple à peuple », selon le communiqué du bureau de M. Trudeau.

Le bureau de Netanyahu a indiqué que Trudeau avait téléphoné à son homologue israélien, les deux hommes ayant discuté de la lutte contre le coronavirus et convenu d’une « coopération technologique, en mettant l’accent sur la recherche d’un médicament et d’un vaccin ». Ils ont également discuté des « derniers développements dans la région », que le communiqué du bureau du Premier ministre n’a pas précisé.

Le Premier secrétaire d’État et secrétaire d’État des Affaires étrangères britannique Dominic Raab a également félicité Netanyahu et Gantz pour leur gouvernement d’unité.

Le 35e gouvernement a prêté serment dimanche devant la Knesset, mettant un terme à une impasse politique de 508 jours au cours desquels les députés avaient été dans l’incapacité de rassembler une coalition.

La Knesset a adopté le nouveau gouvernement à 73 voix « pour » et 46 voix « contre ».

Le leader du Likud, Netanyahu, a été désigné officiellement Premier ministre. Il s’agit de son cinquième mandat en la matière.

Gantz, numéro un de Kakhol lavan, a été nommé « Premier ministre d’alternance et futur Premier ministre », ainsi que ministre de la Défense. Netanyahu a promis, depuis la tribune, de remettre le portefeuille de Premier ministre à Gantz le 17 novembre 2021 prochain.

En plus des deux hauts responsables, 32 autres ministres ont prêté serment, et notamment la toute première ministre ultra-orthodoxe, Omer Yankelevich (Affaires de la Diaspora) et la toute première ministre née en Éthiopie de toute l’histoire du pays, Pnina Tamano-Shata (qui s’empare du portefeuille de l’Immigration et de l’Intégration). Un 35e ministère, celui de ministre des Affaires des minorités, doit encore être pourvu par Kakhol lavan.

Avec un total de 73 députés, la coalition intègre 35 parlementaires du Likud, 16 de la formation Kakhol lavan, neuf du Shas, sept de Yahadout HaTorah, deux du Parti travailliste, deux de Derech Eretz ainsi qu’un issu de HaBayit HaYehudi et une députée de la faction Gesher.

S’exprimant lors de la toute première réunion du cabinet qui a eu lieu dans la salle Chagall, immédiatement après la cérémonie de prestation de serment, Netanyahu a indiqué aux nouveaux ministres que la pandémie de coronavirus figurait en tête de l’agenda gouvernemental.

« La première mission, c’est l’urgence posée par le coronavirus et par la crise sanitaire », a-t-il déclaré. « Tant que le virus sera présent et qu’il n’y aura pas de vaccin, il pourra faire son retour du jour au lendemain ».

« Le fait que nous soyons parvenus à empêcher la maladie de se propager largement ne signifie pas que nous soyons en mesure de prévenir » une nouvelle vague d’épidémie, a-t-il ajouté, soulignant que les « routines propres au coronavirus » dureront longtemps. « Je ne veux pas dire exactement combien de temps », a-t-il poursuivi, disant qu’il espérait que l’avenir lui donnerait tort.

La seconde mission, a-t-il continué, sera l’adoption d’un budget pour l’État et, plus généralement, la relance de l’économie israélienne. Il a reconnu qu’elle pourrait ne pas revenir rapidement au niveau où elle était avant la crise de la Covid-19.

Troisième tâche au sommet de l’ordre du jour, la lutte contre l’Iran, a-t-il noté.

La quatrième sera de combattre l’enquête sur de potentiels crimes de guerre qui pourrait être lancée par la Cour pénale internationale (CPI).

« C’est un développement troublant… C’est une menace stratégique » pour l’État juif et pour l’armée israélienne, a-t-il commenté, ajoutant qu’il n’utilisait ce type de langage que rarement.

La cinquième mission concerne la question diplomatique posée par l’annexion de la Cisjordanie. « Je ne dissimule pas mon intention de l’aborder rapidement au cabinet », a-t-il annoncé.

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Découvrez le 35e gouvernement israélien

Benny Gantz deviendra Premier ministre le 17 novembre 2021, a déclaré Benjamin Netanyahu dans son discours lors de l’inauguration du nouveau gouvernement

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu présentant le 35e gouvernement d'Israël à la Knesset, le 17 mai 2020. (Knesset/Kobi Gideon)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu présentant le 35e gouvernement d’Israël à la Knesset, le 17 mai 2020. (Knesset/Kobi Gideon)

Le gouvernement d’union de Benjamin Netanyahu et de son ex-rival Benny Gantz se concrétise dimanche en Israël, a déclaré le Premier ministre lors d’un discours devant les parlementaires réunis à Jérusalem.

« La population veut un gouvernement d’union et c’est ce qu’elle aura aujourd’hui », a déclaré M. Netanyahu, peu avant un vote de confiance sur le gouvernement d’union prévu un peu plus tard cet après-midi à la Knesset.

Le Premier ministre : Benjamin Netanyahu (Likud)

Le Premier ministre par alternance jusqu’au 17 novembre 2021 : Benny Gantz (Kakhol lavan)

Président de la Knesset : Yariv Levin (Likud)

Représentant de la coalition au Parlement : Miki Zohar (Likud)

Ministre chargé des Relations avec le Parlement : David Amsalem (Likud)

Ministre attaché au bureau du Premier ministre : Tzahi Hanegbi (Likud)

Ministre de la Santé : Yuli Edelstein (Likud)

Ministre de l’Éducation : Yoav Gallant (Likud)

Ministre de l’Enseignement supérieur et des Ressources en eau : Zeev Elkin (Likud – sera dans 18 mois le ministre des Transports)

Ministre des Sciences et des Technologies : Yizhar Shai (Kakhol lavan)

Ministre de l’Agriculture : Alon Shuster (Kakhol lavan)

Ministre de l’Environnement : Gila Gamliel (Likud)

Ministre de l’Énergie : Yuval Steinitz (Likud)

Ministre des Transports : Miri Regev (Likud – sera dans 18 mois la ministre des Affaires étrangères)

Ministre des Affaires stratégiques : Orit Farkash-Hacohen

Ministre de la Justice : Avi Nissenkorn (Kakhol lavan)

Ministre de la Défense : Benny Gantz (Kakhol lavan)

Ministre chargé des questions civiles auprès du Ministère de la Défense : Michael Biton (Kakhol lavan)

Ministre des Finances : Yisrael Katz (Likud)

Ministre de l’Économie et de l’Industrie : Amir Peretz (Parti travailliste)

Ministre du Bien-être, du Travail et des Services sociaux : Itzik Shmuli (Parti travailliste)

Ministre des Minorités : pas encore nommé. Membre de Kkhol lavan)

Ministre de l’Égalité sociale et des Séniors : Merav Cohen (kakhol lavan)

Ministre de la Construction et du Logement : Yaakov Litzman (Yahadout HaTorah)

Ministre du Tourisme : Assaf Zamir (Kakhol lavan)

Ministre de la Culture et des Sports : Chili Tropper (Kakhol lavan)

Ministre de l’Intérieur : Aryeh Deri (Shas)

Ministre de la Sécurité intérieure : Amir Ohana (Likud)

Ministre des Renseignements : Eli Cohen (Likud, ancien Koulanou)

Ministre des Affaires étrangères : Gabi Ashkenazi (Kakhol lavan)

Ministre de l’Immigration et de l’Intégration : Pnina Tamano-Shata (Kakhol lavan)

Ministre des Affaires de la Diaspora : Omer Yankelovitch (Kakhol lavan)

Ministre de la Coopération régionale : Ofir Akunis (Likud)

Ministre des Communications : Yoaz Hendel (Derech Eretz)

Ministre des Affaires de Jérusalem : Rafi Peretz (ancien Yamina)

Ministre des Affaires religieuses : Yaakov Avitan (Shas)

Ministre des Affaires des Implantations : Tzipi Hotovely (Likud)

Ministre de l’Autonomisation et de la Promotion des communautés : Orly Levy Abekasis (Gesher)

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Président des commissions de la Knesset :

Commission des Affaires étrangères et de la Défense : Zvi Hauser (Derech Eretz)

Commission des Affaires intérieures, de l’Environnement et adjointe au président de la Knesset : Miki Haimovich (Kakhol lavan)

Commission des Finances : Moshe Gafni (Yahadout HaTorah)

Commission de la Knesset : Eitan Ginzburg (Kakhol lavan)

Commission Corona : Yifat Shasha-Biton (Likud)

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Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé une liste de 19 ministres pour le 35e gouvernement israélien, malgré un accord avec le parti Kakhol lavan de Benny Gantz selon lequel le Likud se verrait attribuer 18 portefeuilles.

Selon la Douzième chaîne, Gantz a accepté que Tzachi Hanegbi soit ministre sans portefeuille pendant quelques mois jusqu’à ce que Tzipi Hotovely quitte son poste d’ambassadrice à Londres, auquel cas il la remplacera au ministère des Affaires des Implantations.

Kakhol lavan a confirmé cette information au Times of Israël.

Selon l’accord de coalition signé le mois dernier entre le Likud et Kakhol lavan, le nouveau gouvernement aura d’abord 34 ministres, qui devaient être répartis à parts égales entre les blocs dirigés par Netanyahu et Gantz, avant de passer à 36 dans six mois dans ce qui serait le plus grand gouvernement de l’histoire d’Israël.

Gantz, cependant, a choisi de ne pas remplir son quota de ministres en raison d’un manque de députés après que les factions Yesh Atid et Telem se sont séparées de Kakhol lavan à cause de l’accord avec Netanyahu, et aussi en raison du coût financier astronomique du gouvernement alors que le pays fait face à la plus grande crise économique.

La Douzième chaîne a rapporté que seuls les votes de 16 ministres de chaque bloc compteront, maintenant ainsi le principe de partage égal du pouvoir de la nouvelle coalition.

Netanyahu a fait appel au député Likud Zeev Elkin, le ministre sortant de la Protection de l’environnement, pour occuper les postes nouvellement créés de « ministre de l’Enseignement supérieur » et de « ministre des Ressources en eau » dans le nouveau gouvernement.

Selon une déclaration du parti Likud, le portefeuille de l’Enseignement supérieur comprend la responsabilité des universités et de tous les programmes éducatifs supplémentaires en dehors du cadre de la scolarité normale, auparavant sous les auspices du ministère de l’Education. Le portefeuille des Ressources en eau comprend « toutes les questions relatives à l’eau qui relevaient de la responsabilité du ministère de l’Energie ».

M. Elkin siègera également au sein du cabinet de sécurité de haut niveau. Dans un an et demi, il reprendra le ministère des Transports de la députée Likud Miri Regev qui sera alors nommée ministre des Affaires étrangères (lorsque le député Kakhol lavan Gabi Ashkenazi passera du ministère des Affaires étrangères au ministère de la Défense, qui sera libéré par le président du parti Kakhol lavan Gantz qui deviendra Premier ministre par rotation), ajoute le communiqué.

« Le ministre Elkin a mené une révolution dans la protection de l’environnement et dans la réduction de la pollution atmosphérique due aux transports. Il a également largement contribué au développement de la ville de Jérusalem à une échelle sans précédent », a estimé M. Netanyahu.

« Je remercie le Premier ministre pour sa confiance et je continuerai à servir fidèlement le public dans les différents rôles du nouveau gouvernement en matière d’Enseignement supérieur et d’éducation complémentaire et de ressources en eau pendant la première moitié du mandat, et pendant la seconde », a répondu M. Elkin.

Netanyahu a aussi annoncé qu’il allait reconduire le député Likud Yuval Steinitz dans ses fonctions de ministre de l’Energie au sein du nouveau gouvernement, alors qu’il l’avait écarté auparavant.

Après avoir refusé d’autres postes proposés par Netanyahu, Steinitz n’était pas censé rejoindre le gouvernement qui doit prêter serment cet après-midi.

« Je suis heureux d’annoncer que le ministre Steinitz continuera à être un partenaire clé du gouvernement dans sa fonction de ministre de l’Energie », a toutefois déclaré M. Netanyahu dans un communiqué.

Steinitz, qui est ministre depuis 2009, a déclaré dans un communiqué qu’il était « heureux de continuer à servir l’État d’Israël sur les importantes questions énergétiques ».

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Le nouveau « gouvernement d’unité » n’est ni uni, ni susceptible de bien gouverner

La profonde méfiance entre Netanyahu et Gantz façonne chaque facette de cet accord de coalition, la transformant en une hydre à deux têtes d’impulsions contradictoires

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz lors d'une cérémonie commémorative marquant les 24 ans de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, à la Knesset, le 10 novembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz lors d’une cérémonie commémorative marquant les 24 ans de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, à la Knesset, le 10 novembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le 35e gouvernement israélien a commencé à attirer l’attention lundi avec la signature d’un accord de coalition entre Benjamin Netanyahu et Benny Gantz.

Et quel étrange gouvernement.

En évitant une quatrième élection consécutive en plein milieu d’une pandémie de coronavirus, il peut s’agir d’une réalisation à saluer. Mais si l’on gratte la surface de l’accord de 14 pages, on constate que le gouvernement « d’unité » célébré par les deux dirigeants est un régime boiteux et à deux visages, façonné par la profonde méfiance sur laquelle il a été construit.

L’accord est tellement inédit qu’il est préférable de mettre simplement le terme de côté et de prendre les choses comme elles viennent.

L’accord fixe la durée de vie du gouvernement à 36 mois, et la divise en deux parties : une « période d’urgence » de six mois et une « période d’unité » plus longue à suivre.

Pendant la période d’urgence, que Gantz et Netanyahu peuvent prolonger par tranches de trois mois d’un commun accord, aucune législation qui ne soit pas en rapport avec l’urgence du coronavirus ou qui ne soit pas approuvée par les deux hommes, ne peut être avancée.

C’est-à-dire que pendant la durée de la période d’urgence, chacun a un droit de veto sur les initiatives législatives.

Les blocs

« Le gouvernement sera un gouvernement à deux blocs », déclare l’article 2. Et ce n’est pas une plaisanterie.

La structure fondamentale du gouvernement est façonnée par les deux alliances dirigées par Netanyahu et Gantz, le « bloc du Likud » et le « bloc Kakhol lavan ».

Ce n’est pas une simple question d’optique. Gantz et Netanyahu ont chacun un pouvoir énorme sur leurs « blocs ». Chacun peut renvoyer un ministre de son bloc, un pouvoir habituellement réservé au seul Premier ministre. Et aucun des deux – même s’ils sont tous deux Premier ministre – ne peut renvoyer un ministre du bloc de l’autre.

De même, le transfert d’une agence ou d’un pouvoir juridique d’un ministère à un autre nécessite normalement l’approbation du Premier ministre. Ce n’est plus le cas : c’est désormais le chef du bloc concerné qui doit approuver le transfert. Quelle que soit la branche du gouvernement accordée au « bloc du Likud » en vertu de l’accord, elle devient la prérogative du Likud, et il en va de même pour Kakhol lavan.

Les structures de base du gouvernement, ses commissions les plus puissantes – telles que le cabinet de sécurité, qui a le pouvoir de déclarer la guerre, ou la commission des Lois – sont réparties entre les blocs, chaque bloc ayant un nombre égal de membres.

Le peu de mention qui est faite des priorités politiques spécifiques est également fragmentée dans ce sens. La plus importante victoire de la droite – le feu vert très convoité pour l’annexion d’une partie non spécifiée de la Cisjordanie – est également le seul point du programme du nouveau gouvernement que le parti Kakhol lavan n’est pas tenu d’approuver.

Par ailleurs, Gantz a obtenu presque tout ce dont il avait besoin pour montrer qu’il respectait son vœu de « défendre la démocratie » et les valeurs libérales.

Le Likud a été privé des trois ministères à partir desquels il a mené sa guerre contre la gauche : la Justice, la Communication et la Culture. L’ancien président de la Knesset, Yuli Edelstein, qui a défié une ordonnance directe de la Cour suprême de convoquer un vote en plénière sur son successeur (en faisant valoir qu’il s’agissait d’une mesure illégale par laquelle la Cour imposait sa volonté au corps législatif) ne retrouvera pas le fauteuil de président.

Gantz a cédé un peu de terrain sur la commission des nominations judiciaires, chargée de sélectionner les juges de la Cour suprême. Bien qu’un membre de son bloc fasse partie du panel de neuf personnes, ce député, Zvi Hauser de Derekh Eretz, est un conservateur de droite qui est plus enclin à se ranger du côté de l’autre bloc pour de telles nominations, et pourrait effectivement donner à la droite un droit de veto sur le choix des juges.

Méfiance et contrôle

Chaque camp se voit attribuer des pouvoirs étendus pour contrer l’autre camp. Gantz et Netanyahu doivent s’entendre sur chaque point inscrit à l’ordre du jour du cabinet. Dans la phase « d’urgence », chacun a un droit de veto direct sur toutes les lois. Dans la phase « d’unité » ultérieure, le ministre de la Justice de Gantz – qui devrait être le député Avi Nissenkorn – présidera la puissante commission des Lois, qui donne l’imprimatur au gouvernement pour les nouveaux projets de loi et dont les décisions que les deux blocs se sont engagés à suivre, mais le Likud en assurera la vice-présidence. Le président et le vice-président doivent s’entendre sur l’ordre du jour de la commission.

Ensuite, il y a les mécanismes étonnamment alambiqués par lesquels chaque homme espère forcer l’autre à remplir sa part du marché.

Gantz a obtenu la garantie que si Netanyahu fait passer un vote à la Knesset pour dissoudre le Parlement et convoquer des élections anticipées avant que Gantz n’ait rempli son mandat de Premier ministre, alors Gantz deviendra automatiquement le Premier ministre par intérim dans les mois qui suivront la prestation de serment d’un nouveau gouvernement. En d’autres termes, Netanyahu devra quitter le siège du Premier ministre quoi qu’il arrive.

Netanyahu, quant à lui, a obtenu le droit de démissionner avant la fin de son mandat de Premier ministre, de laisser à Gantz ses 18 mois, puis de revenir pour terminer son mandat – ce qui lui permet de se présenter à nouveau aux prochaines élections en tant que Premier ministre.

Gantz est tenu de démissionner en même temps que Netanyahu si ce dernier est jugé inapte à exercer les fonctions de Premier ministre par la Cour suprême de justice – une mesure qui, selon Netanyahu, fera réfléchir les juges de la Cour suprême à deux fois avant de le démettre de ses fonctions.

À chaque instant, chacun est assuré que l’autre aura intérêt à respecter l’accord.

En d’autres termes, chacun croit que l’autre peut revenir sur sa parole à tout moment.

Incohérence

Le nouveau gouvernement aura du mal à fonctionner comme une organisation cohérente. En l’absence d’un processus central d’élaboration des politiques, qui est pratiquement impossible dans les « blocs » séparés formalisés dans l’accord, les ministères et les ministres qui les dirigent seront libérés du type de coordination obligatoire et de contrôle centralisé que les gouvernements peuvent généralement imposer à leurs parties disparates.

Prenez par exemple les implantations en Cisjordanie qui chercheront à tirer profit de toute déclaration de souveraineté israélienne dans les mois à venir pour encourager une croissance de la population et un développement économique. Les responsables des implantations périphériques controversées trouveront sans aucun doute une oreille bienveillante dans les ministères de droite des Transports ou du Logement – tous deux essentiels à leur développement – mais seront accueillis plus froidement dans les ministères de l’Agriculture et de l’Economie, dont dépend leur subsistance et qui seront dirigés respectivement par Kakhol lavan et le Parti travailliste du bloc de Gantz dans le nouveau gouvernement.

Le nouveau gouvernement va-t-il soutenir ces implantations ou tenter de limiter leur croissance ? Les deux.

A quoi ressemblera la politique économique du gouvernement avec un ministre des Finances issu du Likud libéral et un ministre de l’Economie, Amir Peretz du Parti travailliste, qui est entré en politique par le biais des syndicats ?

Et ainsi de suite.

Mettez tout cela ensemble – la division de toutes choses par « blocs », les vetos mutuels, les mécanismes de contrôle que chacun a essayé d’imposer à l’autre, le chaos politique qui va probablement s’ensuivre – et le caractère fondamental du nouveau gouvernement apparaît.

Le 35e gouvernement d’Israël est présenté par le Likud et Kakhol lavan comme un « gouvernement d’unité », mais il est plus susceptible d’être défini par sa désunion précisément, et d’être submergé dès le départ par la suspicion mutuelle et la politique politicienne minable qui ont conduit à l’impasse politique de l’année dernière.

 

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Pourquoi les partis haredis sont les vrais gagnants du nouveau gouvernement

Alors que d’autres pensaient annexion et nouveaux ministères, Shas et Yahadout HaTorah ont tranquillement pris le contrôle des postes clés et carrefour de la politique économique

Haviv Rettig Gur
Aryeh Deri, (à droite) leader du parti juif ultra-orthodoxe Shas, et Yaakov Litzma, membre du parlement de Yahadout HaTorah, aux "Sheva Brachot" de la fille de Deri, qui s'est mariée en début de semaine à Jérusalem. Sheva Brachot - "les bénédictions de mariage", dans la loi juive, sont des bénédictions qui sont récitées pour une mariée et son époux. Le 23 décembre 2015. (Photo par Yaacov Cohen/FLASH90)

Aryeh Deri, (à droite) leader du parti juif ultra-orthodoxe Shas, et Yaakov Litzma, membre du parlement de Yahadout HaTorah, aux “Sheva Brachot” de la fille de Deri, qui s’est mariée en début de semaine à Jérusalem. Sheva Brachot – “les bénédictions de mariage”, dans la loi juive, sont des bénédictions qui sont récitées pour une mariée et son époux. Le 23 décembre 2015. (Photo par Yaacov Cohen/FLASH90)

Le nouveau gouvernement qui a prêté serment le 17 mai est une création révolutionnaire, novatrice dans sa structure et promettant de nouvelles politiques spectaculaires : un Premier ministre « d’alternance », le plus grand (au sens de nombreux) gouvernement israélien de tous les temps, tant de vice-ministres que certains partis ont manqué de personnel parlementaire pour pourvoir les nouveaux postes ; et sur le plan politique, aux prises avec une crise économique et sanitaire historique et un projet d’annexion spectaculaire (bien qu’encore peu détaillé) en Cisjordanie.

Avec tant de nouveautés, il n’est pas étonnant que ce gouvernement ait suscité la fascination, tant au niveau national qu’international, lorsque ses contours sont apparus au cours du mois dernier. Personne n’avait jamais rien vu de tel.

Les plus grands gagnants du nouveau gouvernement – peu surprenant pour quiconque s’intéresse à la politique israélienne au cours des quatre dernières décennies – sont peut-être les partis Haredi Shas et Yahadout HaTorah.

Les leviers du pouvoir

Les détails de l’influence politique des partis Haredi dans le nouveau gouvernement révèlent beaucoup sur les priorités de la communauté.

D’une part, il y a les trois ministères donnés aux factions Haredi. Le nouveau ministre du Logement Yaakov Litzman de Yahadout HaTorah et l’ancien ministre de l’Intérieur Aryeh Deri du Shas sont en mesure d’aider les villes Haredi à croissance rapide grâce, par exemple, à des politiques de zonage favorables et à des réformes en matière de logement abordable. Le gouvernement votera la semaine prochaine pour renforcer les pouvoirs des deux ministères sur ces questions précises : le zonage, le logement et l’enregistrement des terres [la coalition a entériné ces nouveaux pouvoirs]. Le ministre des Affaires religieuses, Yaakov Avitan, du Shas, est chargé de veiller à ce que l’administration religieuse de l’État, un employeur clé et un rempart vital dans les guerres culturelles, reste sous le contrôle Haredi.

Pourtant, les postes ministériels, s’ils sont les signaux les plus visibles du pouvoir politique, ne sont pas nécessairement les plus influents des nouvelles conquêtes des partis Haredi. Une grande partie du dur labeur de la gouvernance – transferts budgétaires de milliards, négociations et amendements législatifs – se fait dans le cadre des travaux de fond des commissions de la Knesset.

C’est là que l’on trouve Shas et Yahadout HaTorah assis au carrefour de toutes les décisions économiques et budgétaires, ainsi que des réformes religieuses.

Le député Moshe Gafni de Yahadout HaTorah est de retour à son ancien poste de président de la commission des Finances de la Knesset, qui est responsable de la rédaction des lois sur le budget de l’État. Plus surprenant encore, le député Yaakov Margi du Shas préside désormais la commission de l’éÉconomie – une présidence traditionnellement occupée par l’opposition – à partir de laquelle il exerce une énorme influence sur chaque réforme économique.

Et pour la première fois, un député Haredi, Yaakov Asher de Yahadout HaTorah, dirige la Commission de la Constitution, du droit et de la justice, l’un des postes les plus puissants de la Knesset. Il donne à Yahadout HaTorah la capacité de faire obstacle à toute réforme de l’État et de la religion, sans parler de la possibilité de faire avancer la législation et de traiter d’autres questions.

Les partis Haredi disposent de tous les moyens pour empêcher toute tentative du corps législatif ou du gouvernement de contraindre leurs jeunes hommes au service militaire ou de libéraliser le système de casheroute de l’État ou les tribunaux rabbiniques

Les partis Haredi ont obtenu du Premier ministre Benjamin Netanyahu la promesse explicite que, selon les termes de l’accord de coalition Likud-Yahadout HaTorah, « le statu quo sur les questions de religion et d’État sera préservé, comme cela a été accepté en Israël pendant des décennies ». Le gouvernement agira pour respecter le Shabbat et les fêtes d’Israël, qui nous ont préservés en tant que peuple. Si un changement quelconque menace le statu quo, le Premier ministre et le « bloc du Likud » agiront ensemble et par engagement mutuel pour éliminer le mal afin de préserver le statu quo ».

Mais avec le contrôle des commissions et des ministères concernés, les partis Haredi n’ont guère à craindre que le Premier ministre ne rompe ces promesses. Ils ont tous les moyens d’empêcher toute tentative du corps législatif ou du gouvernement de contraindre leurs jeunes hommes au service militaire ou de libéraliser le système de casheroute de l’État ou les tribunaux rabbiniques.

Les vice-ministres

Beaucoup d’encre a coulé sur le nombre énorme de vice-ministres – 16 ! – approuvés dans l’accord de coalition signé le mois dernier entre le Likud et Kakhol lavan. Alors que les Israéliens se sont grattés la tête pour savoir ce que les nouveaux ministres chargés de l’autonomisation des communautés, de l’égalité sociale, de la coopération régionale, des affaires stratégiques et du portefeuille appelé « cyber et affaires numériques nationales » pourraient réellement faire une fois en fonction, la question devient encore plus ridicule à la perspective d’un vice-ministre pour un tel portefeuille.

Peut-être était-ce le tollé général, ou la crainte que la nomination de tant de députés à des postes gouvernementaux laisse les commissions de la Knesset en sous-effectif, mais presque deux semaines après le début du 35e gouvernement, seuls sept des 16 postes de vice-ministre avaient été pourvus – cinq des sept par les partis Haredi.

Pourquoi ? Un vice-ministre est une position extrêmement faible. Le vice-ministre sert au gré du ministre et trouve généralement que l’étendue de son travail s’avère très limitée. Il doit démissionner lorsque le ministre le fait. Ce poste est largement et justement considéré comme un gaspillage d’un législateur parfaitement compétent.

Pourquoi les partis Haredi investiraient-ils autant dans la nomination de vice-ministres alors que tous les autres les évitent ?

La réponse en dit long sur le sens que les partis Haredi ont de leur rôle en politique. Un vice-ministre Haredi est moins un subordonné qu’un ministre parallèle, bien que pour une circonscription plus restreinte.

Les partis Haredi occupent les postes de vice-ministre dans les ministères des Finances, de l’Intérieur et des Affaires sociales (Les députés Shas Yitzhak Cohen, Yoav Ben Tzur et Meshulam Nahari, respectivement), ainsi que de l’Éducation et des Transports (les députés Yahadout HaTorah Meir Porush et Uri Maklev respectivement) – chacun pour de bonnes raisons.

Le dimanche 24 mai, quelques heures seulement après avoir été élu à ce poste par la Knesset, le vice-ministre de l’Education Meir Porush a accompli son premier acte officiel en tant que membre du nouveau gouvernement. Il a rendu visite au département des institutions de la Torah du ministère de l’Education, qui supervise les vastes transferts de fonds via le budget de l’Education de l’État vers le système scolaire Haredi « indépendant » – c’est-à-dire non supervisé et dépourvu de programme laïc.

Porush n’est pas un nouveau venu dans le ministère ; il a été ministre adjoint de l’Éducation pendant la majeure partie des cinq dernières années. Mais après un an d’impasse politique, et avec un budget de l’Education mis à jour à quelques mois de son passage à la Knesset, le vice-ministre de l’Education, qui n’est plus en fonction, doit faire face à une crise budgétaire dans l’éducation Haredi, provoquée par l’absence d’une Knesset qui fonctionne.

« Nous sommes dans l’un des endroits les plus importants du pays », a-t-il déclaré lors de la visite au bureau du département à Jérusalem. « C’est par vous que passe la plus grande partie du soutien au monde de la Torah ici, en terre d’Israël. Même si nous pouvions rassembler tous les dons venant de l’étranger [en une seule contribution], nous ne pourrions pas nous approcher du montant donné par l’Etat d’Israël aux étudiants de la Torah ».

Même dans le meilleur des cas, de nombreuses yeshivot et écoles Haredi vivent d’une subvention gouvernementale à l’autre. Ce n’est pas le meilleur des moments. Le monde des yeshivas en Israël a été durement frappé par la crise du coronavirus, qui a fermé leurs portes pendant de longues semaines et a épuisé une grande partie de leurs fonds caritatifs provenant de l’étranger.

Mais elles ont été encore plus frappées par le fait qu’une Knesset dans l’impasse tout au long de 2019 n’a pas pu adopter un budget de l’État pour 2020, et a donc laissé de nombreuses institutions en difficulté pour leur survie.

La visite de Porush dimanche n’était pas une visite de courtoisie. C’était le lancement d’un effort visant à produire une proposition de financement provisoire pour garder les yeshivot ouvertes et subventionnées jusqu’à ce que le budget principal de l’État soit adopté dans quelques semaines.

La loyauté du Shas et de Yahadout HaTorah envers Netanyahu, un homme à l’esprit traditionaliste mais néanmoins laïc, n’était pas une loyauté personnelle. Elle était ancrée dans la crainte de se retrouver sans influence politique

Le département des institutions de la Torah est « l’un des endroits les plus importants du pays », a-t-il déclaré, et il le pensait.

C’est ainsi que le vice-ministre Yitzhak Cohen, du ministère des Finances, qui est le responsable de la résolution des problèmes de la communauté Haredi au sein du Trésor public, et le vice-ministre Uri Maklev, du ministère des Transports, veilleront à ce que les convictions religieuses des Haredi ne soient pas ignorées dans le cadre de la lutte permanente pour les travaux routiers et ferroviaires le jour du Shabbat.

L’État donne

Benjamin Netanyahu ne serait peut-être pas Premier ministre aujourd’hui sans la loyauté des partis Haredi envers le « bloc » de droite qu’il a voulu créer avant les élections de septembre.

Les électeurs Haredi ont préféré Netanyahu au rival Benny Gantz, selon les sondages. (Et, en effet, les électeurs de Yahadout HaTorah étaient plus susceptibles que les électeurs du Likud, 88 % à 73 % selon un sondage de novembre de l’Institut israélien pour la démocratie, de croire les affirmations de Netanyahu selon lesquelles ses ennuis judiciaires ont été créés par une cabale de la police, de procureurs et de journalistes travaillant à l’évincer du pouvoir).

Pourtant, la loyauté du Shas et de Yahadout HaTorah envers Netanyahu, un homme à l’esprit traditionaliste mais néanmoins laïc, n’était pas une loyauté personnelle. Elle était ancrée dans la peur de se retrouver sans influence politique.

Alors que certains laïcs dénoncent le pouvoir politique des Haredi et les versements massifs octroyés aux institutions Haredi à partir des caisses de l’État, les dirigeants Haredi eux-mêmes considèrent cette relation comme une relation de dépendance et de profonde vulnérabilité.

Par deux fois, de mémoire récente, les partis Haredi se sont retrouvés éloignés de la table du gouvernement. Dans le gouvernement Netanyahu 2013-2015, les partis laïcs Yesh Atid et Yisrael Beytenu se sont associés au Likud et au parti sioniste religieux HaBayit HaYehudi pour les chasser de leurs sièges traditionnels de pouvoir et de contrôle sur les hiérarchies religieuses de l’État. Les députés Haredi se souviennent de cette période comme d’un traumatisme. Shai Piron de Yesh Atid dirigera le ministère de l’Education sans Meir Porush à ses côtés pour tempérer le décret. Les yeshivas ont lutté et ont diminué alors que les budgets étaient réduits, tandis que des lois étaient votées pour tenter d’étendre le projet de loi sur le service militaire Haredi.

C’était la deuxième fois au cours des deux dernières décennies que les partis Haredi étaient exclus du gouvernement. La première fois, c’était dans le gouvernement Sharon en 2001, lorsque le ministre des Finances de l’époque, Benjamin Netanyahu, a réduit les allocations familiales pour les familles nombreuses dans le cadre d’une vaste série de réformes de marché libre. Ce changement a entraîné une réduction de la taille des familles Haredi pendant deux décennies.

Les partis Haredi se souviennent des deux événements, et les invoquent encore lorsqu’ils mobilisent les électeurs pour les élections.

Personne n’a oublié que Netanyahu a été intimement impliqué dans ces deux expériences traumatisantes.

La loyauté envers Netanyahu au cours de l’année passée ne concernait pas Netanyahu, ou du moins pas la version 2020 de l’homme. Il s’agissait du Netanyahu 2002 et du Shai Piron 2014. Il s’agissait plutôt de la peur.

Le refus d’Avigdor Liberman de rejoindre un gouvernement Netanyahu le 30 mai 2019 a provoqué une impasse politique qui a opposé les laïcs Liberman et Yair Lapid à Netanyahu, et a ainsi contribué à cimenter le soutien Haredi au Premier ministre.

À trois reprises au cours des deux cycles électoraux suivants, Netanyahu a obtenu la signature des dirigeants Haredi sur des lettres de « loyauté » adressées à son bloc de droite – jusqu’à ce que Moshe Gafni de Yahadout HaTorah en ait eu assez, en disant au Premier ministre en mars qu’il ne signerait plus d’engagements.

En effet, la même crainte a fait du leader du Shas, Aryeh Deri, un intermédiaire clé pour transmettre les messages de Netanyahu à Gantz et les exhorter tous deux à conclure un accord d’unité. La décision de Gantz, le 26 mars 2020, d’entamer des pourparlers de coalition avec Netanyahu a mis Lapid sur la touche en brisant l’alliance Lapid-Gantz, et a poussé Avigdor Liberman d’Yisrael Beytenu à quitter son perchoir de « faiseur de rois » et à perdre toute pertinence dans l’opposition. Cela a fait de Gantz un partenaire précieux, également, et a conduit les partis Haredi à conclure qu’un gouvernement d’unité stable, durable et sans laïcs était le meilleur résultat possible pour eux.

Tout au long des pourparlers d’unité entre Netanyahu et Gantz, craignant qu’une nouvelle élection ne relance la politique laïque, les partis Haredi ont fait pression, discrètement mais avec persistance, sur Netanyahu pour qu’il conclue un accord avec Gantz.

A la source

Les factions politiques Haredi sont à la fois puissantes et faibles. Elles exercent une influence énorme sur la nouvelle Knesset et le nouveau gouvernement, mais sont parfaitement conscientes qu’elles ne peuvent littéralement pas se permettre de ne pas être là.

Il en a toujours été ainsi. La relation de l’éducation Haredi, ancre et moteur de la communauté, avec la table de négociation de la coalition est intime. La société Haredi a utilisé le processus de coalition pour répondre à ses besoins et faire valoir ses points de vue. Mais pas moins que cela, elle a été façonnée par cet effort, et par le soutien de l’État israélien.

Le Shas a été fondé en 1984 pour protester contre la discrimination rampante dont sont victimes les Juifs séfarades dans toute la société israélienne, et en particulier dans les rangs des partis ashkénazes Haredi. Trois ans plus tard, ayant déjà remporté quatre sièges à la Knesset, il a lancé le réseau d’écoles « El Hamaayan » (« A la source »).

Ce fut un moment historique pour la société israélienne, une tentative de rassembler en un mouvement national avec des aspirations nationales la poignée d’initiatives locales pour établir des écoles religieuses sépharades et mizrahi qui ne seraient pas dominées par la religiosité et la politique ashkénazes.

Cela ne s’est pas bien passé.

Les premières écoles étaient désorganisées et démunies, logées dans des bâtiments délabrés, et manquaient de financement et de soutien à la planification de la part des autorités éducatives nationales et locales. Les parents de la classe ouvrière qui soutenaient ces écoles ne pouvaient souvent pas payer les frais de scolarité.

Le tournant pour les écoles, et pour le Shas en tant que parti – et dans un certain sens pour l’identité religieuse sépharade en Israël – est venu lorsque le Shas a commencé à troquer ses votes parlementaires pour le financement de ses écoles.

Alors que d’autres marchandent et se positionnent sur l’annexion, la réforme judiciaire ou le procès de Netanyahu, les parties Haredi ont largement évité ces distractions

C’est dans les accords de coalition qu’il a signés avec une succession de partis au pouvoir au cours des décennies suivantes que le système scolaire « El Hamaayan » a réellement pris son essor, et que le parti Shas a trouvé son véhicule pour la révolution sociale qu’il cherchait à mener pour les Juifs orientaux opprimés d’Israël. L’argent a commencé à circuler, des écoles ont ouvert dans tout le pays, et les Séfarades n’ont plus eu à demander à Yahadout HaTorah ashkénaze une place à la table des négociations.

Il fut un temps où il fallait compter sur les votes des Sépharades et des Juifs Mizrahi à l’esprit traditionaliste mais non Haredis pour obtenir des sièges à la Knesset. Plus maintenant. Une génération et demie d’électeurs séfarades Haredi a maintenant été élevée dans le système éducatif du parti.

Le Shas n’a pas seulement bénéficié de fonds publics au cours des 33 dernières années ; il a été façonné et défini par ces fonds.

Une telle confiance concentre l’esprit. Alors que d’autres marchandent et se positionnent sur l’annexion, la réforme judiciaire ou le procès de Netanyahu, les parties Haredi ont largement évité tout ce qu’elles considèrent comme des distractions.

Au début du procès de Netanyahu, le Premier ministre a reçu plus de bons vœux pour sa rapide disculpation de la part de Kakhol lavan que de ses partenaires du Shas et de Yahadout HaTorah. Et tandis que Kakhol lavan et le Likud se disputaient les ministères de la Coopération régionale et des Affaires stratégiques, les partis Haredi ont exigé des postes de vice-ministres insoupçonnés dont ils pourraient faire profiter leurs écoles et leurs communautés.

Les électeurs Haredi ont des opinions sur les grandes questions d’État qui dépassent les limites des institutions Haredi, bien sûr. Et les dirigeants Haredi possèdent le même ego qui a conduit les autres partis à former des ministères de l’Autonomisation et de la Promotion des communautés et autres. Mais une profonde dépendance aux fonds publics et le souvenir traumatisant des coûts de l’errance politique ont donné aux politiciens Haredi une vision plus ciblée de ce à quoi sert la politique.

Au moment où le 35e gouvernement se met en place, cette orientation semble avoir porté ses fruits.

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Regardons de plus près les nouveaux ministères, et ceux qui ont été démantelés

Les Premiers ministres d’Israël ont toujours créé des postes pour tenir les coalitions, mais rarement en supprimant des institutions vitales ou en sapant le mandat des ministères

Haviv Rettig Gur
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (au centre), le ministre de la Défense Benny Gantz, (à gauche), et le secrétaire de cabinet Tzachi Braverman lors de la première réunion du 35e gouvernement, à la Knesset, le 17 mai 2020. (Kobi Gideon/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (au centre), le ministre de la Défense Benny Gantz, (à gauche), et le secrétaire de cabinet Tzachi Braverman lors de la première réunion du 35e gouvernement, à la Knesset, le 17 mai 2020. (Kobi Gideon/GPO)

Ça y est, c’est arrivé. Avec 73 voix en faveur, la Knesset a élu le 35e gouvernement de l’État d’Israël.

Et personne n’est content.

« J’ai participé à la prestation de serment du gouvernement, du côté de la coalition et de l’opposition », a déclaré le député Yair Lapid dans son premier discours en tant que chef de l’opposition peu avant le vote de dimanche. « C’était toujours une fête. Les familles se tenaient enthousiastes dans la section réservée aux visiteurs. Les nouveaux ministres se tenaient enthousiastes à leur place. Ce n’est pas ce qui se passe cette fois-ci ».

Se tournant vers les deux époux, Benjamin Netanyahu et Benny Gantz, il n’a pas mâché ses mots : « Nous savons exactement ce que vous pensez l’un de l’autre. Il n’y a rien que je puisse dire ici depuis la tribune qui soit pire ou plus violent ou laid que les choses que vous avez déjà dites l’un sur l’autre, et que vous dites encore dans le dos de l’autre, quand les micros sont éteints ».

Yair Lapid a raison, bien sûr. Ni Netanyahu ni Gantz, respectivement Premier ministre et Premier ministre d’alternance, ne s’apprécient, ni n’apprécient le fait qu’ils soient ensemble dans un gouvernement.

Et ils n’ont pas caché les faits. C’était soit « l’unité », a déclaré Gantz dans son discours dimanche, soit « une sorte de guerre civile ».

« Le peuple a parlé » lors de trois élections consécutives qui se sont soldées par une impasse, a-t-il rappelé. « Le peuple nous a dit : arrêtez de vous battre entre vous et commencez à travailler pour nous ».

C’était un sentiment noble, et les sondages ont fait état d’un large soutien pour un gouvernement d’unité. Si seulement ce sentiment n’était pas apparu quelques minutes après que Netanyahu a fait lecture devant la Knesset, un discours diffusé à la nation, de toute l’interminable litanie de ministres et de titres de postes alambiqués dans le plus grand gouvernement israélien jamais constitué.

Les détails font rage, et aucun média israélien, pas même le plus fervent pro-Netanyahu parmi eux, n’a manqué de pointer du doigt le nouveau « ministère de l’Autonomisation et de la Promotion des communautés » que le Premier ministre vient de créer, ou le « ministre chargé des questions civiles auprès du ministère de la Défense » que Gantz, l’actuel ministre de la Défense, vient de nommer et qui servira à ses côtés ou l’étrange « fusion » entre l’Enseignement supérieur et les Ressources en eau [Zeev Elkin est à la tête de ces deux ministères], ou la suppression tout aussi déconcertante du programme de police de proximité.

Est-ce ce que les gens voulaient dire lorsqu’ils ont demandé à leurs responsables politiques de « commencer à travailler pour nous » ? Personne au sein du nouveau gouvernement n’a même tenté d’expliquer ces changements, estimant à juste titre que les explications seraient probablement pires que la chose elle-même.

Un gouvernement de 35 ministres a été mis en place dimanche – cinq de plus que le précédent gouvernement de Netanyahu en 2009, le plus important de tous les temps. Il est important de saisir l’ampleur gargantuesque du nouveau gouvernement dans la réalité israélienne ; il est 66 % plus grand que la moyenne des gouvernements israéliens formés après une élection, et 35 % plus grand que la moyenne depuis 2001. Il est tellement grand, avec 35 (bientôt 36) ministres et jusqu’à 16 vice-ministres, qu’il prive littéralement la Knesset de 120 sièges de suffisamment de députés pour permettre le fonctionnement complet et sans entraves des commissions du Parlement.

Et pourtant.

Il est possible que la colère et la déception du public soient concentrées sur le mauvais endroit, que ce qui est troublant dans ce gouvernement, ce ne soit pas les ministres supplémentaires, avec leur personnel et leurs chauffeurs inutiles et leurs titres honorifiques, ni le fait que les nouveaux ministères semblent inventés, ni même que les dirigeants de la nation paraissent à certains Israéliens ambitieux au point de faire preuve d’un égocentrisme enfantin.

Le vrai problème réside dans les détails des nouveaux ministères, dans les missions spécifiques confiées par Netanyahu et (dans une moindre mesure) Gantz, et dans le tort que ces missions causeront aux institutions elles-mêmes.

À la gloire des « ministres sans portefeuille » et des ministères inventés

Les gouvernements israéliens ont toujours eu tendance à inventer des ministères nouveaux et inutiles pour contribuer à stabiliser les coalitions. Dans un système de coalition parlementaire, la capacité à octroyer un siège à un nombre toujours plus important d’acteurs politiques se traduit par des coalitions plus larges et plus stables. Tout le monde prétend vouloir ce dernier point, mais personne ne semble comprendre que le premier est son coût.

Ironiquement, c’est la critique publique d’un gouvernement gonflé qui en fait augmenter le coût.

Dans le passé, lorsqu’un Premier ministre israélien voulait ajouter quelqu’un à son cabinet, mais qu’il n’avait plus de ministère restant à pourvoir, il le prononçait « ministre sans portefeuille ». C’était un moyen peu coûteux d’ajouter leur voix et leur vote à la table du cabinet sans prétendre qu’ils dirigeaient un « ministère », et sans les dépenses liées à la création d’un ministère artificiel qu’ils prétendaient diriger.

Le premier « ministre sans portefeuille » a été l’économiste et directeur de banque Peretz Naftali, qui a rejoint le gouvernement de David Ben Gurion en 1951 en tant que ministre sans portefeuille – trois ans seulement après la création de l’État.

Cela a fonctionné aussi bien pour la gauche que pour la droite. Lors de son premier mandat, Menachem Begin a nommé Haim Landau ministre sans portefeuille en 1978, même s’il n’était pas parvenu à obtenir un siège à la Knesset lors des élections de 1977.

Il en fut ainsi, en fait, avec une longue procession d’hommes d’État et de dignitaires légendaires tout au long de l’histoire du pays, de gauche et de droite, hommes et femmes, religieux et laïcs, conservateurs et communistes, dont l’expérience fut recherchée à la table du cabinet et aucun ministère ne fut concocté pour justifier ce fait. Parmi les ministres célèbres sans portefeuille figurent Moshe Arens, l’ancien chef d’état-major de Tsahal Motta Gur, l’ancien chef d’état-major de la Haganah Yisrael Galili, Shulamit Aloni, Pinchas Sapir, Ezer Weizman, Yosef Burg et même le légendaire Abba Eban.

La généralisation de ce type de nomination est un phénomène récent, qui a contribué au spectacle auquel nous avons assisté jeudi, dans lequel les prétendants ministres – dont certains comme Avi Dichter, avec ses longues années de service et sa grande expérience – ont dû se démener désespérément pour concocter un titre, un domaine de responsabilité, aussi risible soit-il, pour justifier une place à la table.

Pourtant, même les ministères artificiels ne sont pas nouveaux. Les ministères sont parfois inventés au fur et à mesure que les coalitions se développent. En 1964, Akiva Govrin est devenu le premier ministre du Tourisme d’Israël. En 1977, Yitzhak Modaï est devenu le premier de l’Énergie. Les deux ministères ont été formés en transformant de petites sous-unités du ministère du Commerce et de l’industrie en de nouveaux ministères gouvernementaux.

Avance rapide jusqu’à aujourd’hui. Le tourisme a injecté 7,2 milliards de dollars dans l’économie israélienne en 2018, selon le Bureau central des statistiques. Le ministère de l’Énergie dirige maintenant certaines des initiatives stratégiques les plus importantes du pays, de la recherche nucléaire à l’extraction et l’exportation des réserves de gaz naturel d’Israël. Aujourd’hui, personne n’a besoin d’être convaincu de la validité et de l’importance de ces ministères.

Affaires des anciens combattants

Si on les examine à travers ce prisme historique, certaines des soi-disantes ingénieuses mesures annoncées dimanche prennent un nouveau visage.

La décision de Gantz de nommer Michael Biton « ministre chargé des questions civiles auprès du Ministère de la Défense » a été injustement tournée en dérision dimanche. Il a essentiellement nommé un « ministre sans portefeuille » à ses côtés. M. Biton sera l’un des 16 ministres de Kakhol lavan à la table du cabinet, mais sans les frais d’un nouveau ministère. C’est l’astuce bon marché ancienne qui a bien servi les gouvernements israéliens tout au long de l’histoire de la nation.

Ce poste n’est pas non plus une invention déraisonnable. Son portefeuille au sein du ministère de la Défense a été décrit par Gantz comme « responsable des questions civiles », accordant au niveau gouvernemental une attention particulière au département du ministère de la Défense pour la réhabilitation des soldats blessés, au département pour les familles des soldats tombés au combat, la commémoration et le patrimoine, et à l’important fonds qui distribue des subventions et des bourses aux soldats démobilisés pour les aider à reprendre leur vie civile.

M. Biton gérera un budget dépassant les 7 milliards de shekels, soit plus que la plupart des ministères de taille moyenne, et sera essentiellement le « secrétaire aux affaires des vétérans » d’Israël, comme l’appellent les Américains, un poste à part entière au niveau du cabinet aux États-Unis, distinct du ministère de la Défense. Et il le fera pour le coût d’un seul bureau, tout en libérant son patron, un ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, qui pourra ainsi se concentrer sur les questions militaires et stratégiques.

Rien de tout cela ne signifie que Kakhol lavan soit immunisé contre cette tendance de gonflement du cabinet. La députée Kakhol lavan, Orit Farkash-Hacohen, ancienne directrice de la compagnie nationale d’électricité, a prêté serment en tant que nouvelle « ministre des Affaires stratégiques » d’Israël, un poste qui, malgré ses 14 ans d’existence, n’a pas encore justifié son existence en tant que ministère distinct.

Eli Cohen, du Likud, sera également « ministre des Renseignements », un autre poste bizarre qui fête son 11e anniversaire et qui, malgré son nom, n’a aucun contrôle ni même aucune influence sur les activités des services de renseignement israéliens.

Un public israélien qui ne supporte pas de voir un « ministre sans portefeuille » doit maintenant avaler des ministres beaucoup plus chers, chacun avec des dizaines d’employés et des bureaux à loyer élevé, qui pour une raison quelconque constituent dans un sens technique un portefeuille.

Dans le regard national porté sur les nouveaux ministères, le fou a été mis dans le même panier que le sage, et le bon jugement a été perdu.

Est-il vraiment déraisonnable de confier les tâches de développement et de gestion de l’eau du ministère de l’Énergie à un ministère distinct – dans un pays semi-aride où l’eau est une préoccupation croissante pour les planificateurs du gouvernement ? Personne ne remet en question la nécessité d’un ministère de l’Énergie aujourd’hui ; quelqu’un doutera-t-il de l’importance d’un ministère consacré à l’Eau dans 20 ans ?

Un gouvernement handicapé

« Nous savons que la stabilité et la continuité sont essentielles pour l’État d’Israël », a commenté M. Netanyahu lors de la première réunion du 35e gouvernement dans la salle Chagall de la Knesset, dimanche, en guise d’excuse pour les nouveaux ministères. « J’ai vu des dénominations beaucoup plus intéressantes au fil des ans », a-t-il dit en riant. « Les dénominations ne sont pas importantes ».

Il a raison. Le nouveau gouvernement ne devrait pas être jugé sur le nombre de ministres aux titres sans importance. La poignée de ministères qui n’ont vraiment rien à faire est relativement petite et la plupart ne sont pas nouveaux.

Le problème avec le nouveau gouvernement ne réside pas dans les ministères qu’il a ajoutés, mais dans ceux qu’il a démantelés.

Un examen attentif du remaniement du cabinet révèle un schéma inquiétant. Les ministères ont été redistribués de manière politiquement avantageuse pour le Premier ministre, affaiblissant les opposants et récompensant les fidèles – mais souvent à un coût très élevé pour les ministères eux-mêmes.

La nouvelle entité d’Orly Levy-Abekasis, le ministère de l’Autonomisation et de la Promotion des communautés, en est peut-être le meilleur exemple.

Pour créer ce ministère, et lui permettre de prétendre que son existence est justifiée, des programmes vitaux ont dû être sacrifiés sur l’autel de la réputation politique d’Orly Levy-Abekasis. Le programme « Ville sans violence », une collaboration entre les ministères du Bien-être, du Travail et des Services sociaux et de la Sécurité intérieure qui envoie des travailleurs sociaux dans les zones à forte criminalité pour aider à développer des programmes de police de proximité, a été débranché de son foyer administratif et confié à la nouvelle ministre. Il a donc été détaché administrativement des deux ministères qui l’ont créé et qui doivent toujours le mettre en œuvre sur le terrain : les travailleurs sociaux affectés par le ministère du Bien-être, du Travail et des Services sociaux et les unités de police qui lui sont affectées par le ministère de la Sécurité publique.

La même chose est arrivée à l’Autorité de lutte contre l’alcool et les drogues et au Personnel national pour la protection des enfants en ligne, deux organismes dont le travail vital implique une coordination étroite avec la police – et qui se trouvent maintenant éloignés de la police.

Les détails peuvent devenir ennuyeux, mais un autre exemple met en évidence le danger pour les ministères concernés. Tzipi Hotovely, du Likud, se verra confier un « ministère des Affaires des Implantations » encore inédit, chargé de développer et d’étendre les implantations en Cisjordanie, entre autres priorités. Il s’agit d’un geste du Likud envers les électeurs sionistes-religieux après la rupture très médiatisée avec le parti Yamina consommée la semaine dernière.

Mais Netanyahu a également annoncé dimanche que Tzipi Hotovely deviendrait la prochaine ambassadrice d’Israël à Londres dans trois mois, et que le ministère serait confié à Tzachi Hanegbi, autrement dit un laïc axé sur la sécurité nationale, qui a montré peu d’intérêt ces dernières années pour l’expansion des implantations et ne s’intéresse pas aux besoins et aux priorités du camp sioniste religieux.

Que l’on soit favorable ou opposé au développement des implantations israéliennes en Cisjordanie, l’incohérence devrait se révéler impossible. La rétrocession à Hanegbi sape tout simplement la raison d’être du ministère.

Il en va de même avec les postes tournants que Netanyahu a offerts à certains ministres. Miri Regev, par exemple, sera ministre des Transports pendant 18 mois, puis passera aux Affaires étrangères pour les 18 mois suivants. Une telle rotation est une recette parfaite pour l’inaction. Dans un organisme aussi vaste et complexe que le ministère des Transports, il peut falloir plusieurs mois à un ministre pour acquérir une connaissance pratique du sujet et établir une relation productive avec la bureaucratie. Un ministre dont le départ est déjà prévu après 18 mois est un ministre qui sera largement ignoré par le personnel du ministère pendant toute la durée de son mandat. Les réformes n’avanceront pas. Les luttes budgétaires – où l’échelon politique est particulièrement utile – ne seront pas combattues. Les choses resteront inchangées.

La critique publique devrait se concentrer sur ces points. Il n’y a rien de nouveau ou de nécessairement mauvais dans le fait qu’un Premier ministre cherche à obtenir la contribution sage et peu coûteuse d’un ministre sans portefeuille, ni dans la formation d’un nombre limité de nouveaux ministères pour des préoccupations politiques réellement vitales. Mais lorsque des ministères superflus sont bricolés bon gré mal gré pour satisfaire l’ego d’un politicien ou le dégoût du public pour le politicien sans portefeuille, les choses commencent à mal tourner.

Les innovations du gouvernement de Netanyahu sont inquiétantes, non pas en raison de leurs dépenses inutiles, mais de leur volonté de saper des administrations vitales du gouvernement dans le but d’obtenir le calme politique.

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