ALGERIE et élections truquées : vers un scénario de révolution colorée ?

1223-DILEM1Parmi les six candidats en compétition pour l’élection présidentielle du 17 avril 2014, le président sortant, Abdelaziz Bouteflika, brigue un quatrième mandat alors qu’il est dans l’incapacité physique de mener sa campagne électorale. Le bilan de ses quinze années de pouvoir ne plaide pourtant pas en sa faveur Le rejet de cette candidature donne de l’élan à une nouvelle forme de contestation. Si ce scrutin semble être joué d’avance, les Algériens se projettent déjà dans la période postélectorale et réclament des changements profonds , comme la séparation de l’armée et du pouvoir politique.

La farce du 17 avril : C’est un cri du cœur, celui d’une poignée de harraga (des migrants clandestins) qui ont choisi l’exil. Sur leur embarcation de fortune, ces jeunes Algériens ont tourné une vidéo avec un téléphone portable, qui circule aujourd’hui sur la Toile. “Ya Bouteflika, garde ton quatrième mandat et bye, bye l’Algérie”, s’exclame l’un d’entre eux. Il n’y a pas si longtemps, d’autres jeunes de pays voisins criaient “Dégage” à leur dictateur. De Moubarak à Ben Ali, certains de ces autocrates ont fini par dégager. Mais, à l’exception de la Tunisie, la démocratie n’a pas poussé sur les branches mortes des “printemps arabes”, et les Algériens s’en méfient. Certains préfèrent partir, d’autres descendent dans la rue en criant “Barakat” (Ça suffit).[…] Ceux-là n’en peuvent plus d’un système autoritaire, où institutions politiques, instances militaires et rouages économiques ont fini par se confondre : à cet égard, l’élection présidentielle du 17 avril est une farce et Abdelaziz Bouteflika fait figure de marionnette entre les mains de ceux qui refusent de partager les rênes du pouvoir.

Une première en Algérie ! Un ancien haut commis de l’Etat reconnaît publiquement avoir participé et contribué à la fraude électorale. L’ancien wali d’Oran, Bachir Frik a expliqué en direct sur le plateau d’une chaîne de télévision privée, Echorouk TV, qu’il a été habitué par les autorités sécuritaires et militaires durant toute sa carrière à favoriser le « candidat du système ». Ces révélations font mal, très mal. Elles confirment, certainement, ce que tous les Algériens savaient depuis longtemps. Mais là, ces vérités sont dites sur un ton méprisant et humiliant pour les Algériens.

L’origine des fonds utilisés pour financer la campagne électorale des candidats, et en particulier celle du président sortant Abdelaziz Bouteflika, soulève de nombreuses critiques. A chaque élection, la question de l’intrusion des forces de l’argent dans le politique est posée. Des rumeurs évoquent le règne de la chkara [argent sale]. En un mot, des soupçons pèsent sur le financement de la campagne d’Abdelaziz Bouteflika. Des hommes d’affaires auraient versé la « dîme » dans l’opacité la plus totale, parvenant à rassembler entre 700 et 1 000 milliards de centimes de dinars [1 milliard de centimes de dinars équivaut à 100 000 euros] pour le candidat Bouteflika, selon des organes de presse.
A moins d’un événement imprévu, tout semble s’acheminer vers la réélection du président Bouteflika. La machine a été mise en branle depuis plusieurs semaines : soutiens multiformes, alliance avec les forces de l’argent. La question est de savoir si le lobby financier est en train de consolider son pouvoir au point de conduire le pays vers une destination loin des aspirations de la majorité de la population. Et puisque tout est joué d’avance, il faut se taire et accepter les règles du jeu. Au nom de « l’intérêt de la nation et de l’Etat », il faut accepter ce viol électoral. Sauf qu’en 2014, ce discours n’est plus tolérable. La posture victimaire ne fait plus l’unanimité des Algériens. Beaucoup d’entre eux comptent bien réclamer leur droit au respect, à la liberté et à la transparence dans la gestion des affaires de l’Etat.

1220-AlgerieAffrontements entre Algériens : depuis fin décembre, Ghardaïa vit au rythme des violences opposant la communauté arabe aux Mozabites, un groupe berbère. Un conflit ethnique ? Cette crise, où des émeutiers appartenant à la population arabophone (de rite malékite, école de pensée de l’islam sunnite) s’attaquent à la population berbérophone mozabite [en référence à la vallée du Mzab ; cette population est de rite ibadite, un autre courant de l’islam], prend la forme d’un conflit communautaire touchant les biens et les personnes [il a fait au moins 7 morts et plus de 200 blessés]. Elle a des relents de manipulation, dans un contexte régional instable.

 

Algérie : Bouteflika, ça suffit !

Le président sortant, pourtant dans l’incapacité physique de mener campagne, brigue un quatrième mandat à la présidentielle du 17 avril. Son bilan ne plaide pourtant pas en sa faveur, selon la presse algérienne, qui réclame des changements profonds.
Parmi les six candidats en compétition pour l’élection présidentielle du 17 avril 2014, le président sortant, Abdelaziz Bouteflika, brigue un quatrième mandat alors qu’il est dans l’incapacité physique de mener sa campagne électorale. Le bilan de ses quinze années de pouvoir ne plaide pourtant pas en sa faveur Le rejet de cette candidature donne de l’élan à une nouvelle forme de contestation. Si ce scrutin semble être joué d’avance, les Algériens se projettent déjà dans la période postélectorale et réclament des changements profonds , comme la séparation de l’armée et du pouvoir politique.
Algérie : La farce du 17 avril
C’est un cri du cœur, celui d’une poignée de harraga (des migrants clandestins) qui ont choisi l’exil. Sur leur embarcation de fortune, ces jeunes Algériens ont tourné une vidéo avec un téléphone portable, qui circule aujourd’hui sur la Toile. “Ya Bouteflika, garde ton quatrième mandat et bye, bye l’Algérie”, s’exclame l’un d’entre eux. Il n’y a pas si longtemps, d’autres jeunes de pays voisins criaient “Dégage” à leur dictateur. De Moubarak à Ben Ali, certains de ces autocrates ont fini par dégager. Mais, à l’exception de la Tunisie, la démocratie n’a pas poussé sur les branches mortes des “printemps arabes”, et les Algériens s’en méfient. Certains préfèrent partir, d’autres descendent dans la rue en criant “Barakat” (Ça suffit).[…] Ceux-là n’en peuvent plus d’un système autoritaire, où institutions politiques, instances militaires et rouages économiques ont fini par se confondre : à cet égard, l’élection présidentielle du 17 avril est une farce et Abdelaziz Bouteflika fait figure de marionnette entre les mains de ceux qui refusent de partager les rênes du pouvoir. Dans ces conditions, pourquoi aller voter pour un vieillard malade qui ne fait pas campagne ? “Je vote Bouteflika s’il m’explique pourquoi il me promet de faire en cinq ans, assis, ce qu’il n’a pas fait en quinze ans, debout, plus jeune et en meilleure forme”, persifle le journaliste et écrivain Kamel Daoud . Et de conclure : “Je vote Bouteflika si seulement il ne vote pas à ma place.” Rien n’est moins sûr dans ce simulacre de démocratie, et les 39 millions d’Algériens le savent bien.

ALGÉRIE • L’armée à la manœuvre et aux commandes

Les combattants de la première heure dans la lutte pour l’indépendance sont devenus des militaires de haut rang qui se sont saisis du champ politique et économique.

L’armée entend, semble-t-il, adopter une attitude de “neutralité” lors de la prochaine élection présidentielle. Force est de s’interroger sur le sens à donner à ce vocable, livré à l’exégèse des observateurs et des hommes politiques.En Algérie, la lutte de libération nationale est à l’origine de la mise en place d’une organisation militaire. D’armée insurrectionnelle, l’Armée de libération nationale (ALN) est devenue conventionnelle : Armée nationale populaire (ANP).

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La fraude électorale, c’est officiel

Un ancien haut fonctionnaire reconnaît que le bourrage des urnes en faveur du candidat du système fait partie du déroulement des scrutins en Algérie. Des révélations accablantes à quelques jours de l’élection présidentielle du 17 avril.

Une première en Algérie ! Un ancien haut commis de l’Etat reconnaît publiquement avoir participé et contribué à la fraude électorale. L’ancien wali d’Oran, Bachir Frik a expliqué en direct sur le plateau d’une chaîne de télévision privée, Echorouk TV, qu’il a été habitué par les autorités sécuritaires et militaires durant toute sa carrière à favoriser le « candidat du système ».

Il avoue qu’il a tout fait, en 1995, pour faire gagner [en plein guerre civile] le général Liamine Zeroual. Pour ce faire, il a présidé une commission composée de représentants des services du renseignement, le DRS, du chef de la région militaire et de la gendarmerie nationale. Comme tous les autres walis, Bachir Frik a pris soin de doter le candidat du système des permanences électorales, de comités de soutien et de toute la logistique nécessaire. Bref, il lève tout simplement le voile sur la complicité de tous les appareils de l’Etat algérien dans le bourrage des urnes et le détournement des voix des électeurs algériens.

Même scénario en 1999 : Bachir Frik a reçu l’ordre de truquer l’élection dans sa wilaya pour faire gagner Abdelaziz Bouteflika. Et qui lui a donné cet ordre ? Un certain Ali Benflis, celui-là même qui prône le changement et la transparence, chef de cabinet à l’époque et directeur de campagne de Bouteflika.

Un menteur demeurera un menteur

Ces révélations font mal, très mal. Elles confirment, certainement, ce que tous les Algériens savaient depuis longtemps. Mais là, ces vérités sont dites sur un ton méprisant et humiliant pour les Algériens. On nous explique enfin que notre parole n’a aucune valeur. Que nos voix sont de simples jouets entre les mains d’un régime obsédé par sa survie. Notre existence est à peine protocolaire dans ce pays où tout se décide d’en haut et à travers des commissions secrètes où personne n’a le droit de discuter les orientations données par le DRS et les autorités militaires.

Ces révélations accablantes interviennent au moment où le régime algérien nous promet des concessions, de la transparence et un avenir différent de ce passé troublant et lugubre. Comment peut-on encore nous raconter des mensonges et mépriser à ce point notre intelligence ? Comment peut-on encore nous demander de croire à la sincérité de ce régime alors qu’il a fallu attendre 2014 pour que l’on nous dise publiquement que toutes les précédentes élections présidentielles ont été « jouées d’avance » ? Et pourquoi en 2014, les mêmes pratiques ne seraient-elles pas reconduites ? Un voleur restera un voleur. Un menteur demeurera un menteur. Un tricheur, même s’il fait son mea culpa, ne pourra jamais être digne de confiance.

La justice est tout bonnement inexistante

Cet ancien wali explique très bien les raisons de cette fraude électorale : « Il y va de l’intérêt de l’Etat et de la Nation. » Oui, l’intérêt, le leur, et jamais le nôtre. La nation, la patrie, la leur et jamais la nôtre. Ces décideurs, les hauts responsables du DRS et de l’armée, s’arrogent le droit de définir l’intérêt de notre pays. Enfin, celui où nous vivons, aimons et chérissons. Mais l’intérêt de ce pays ne nous concerne pas. Ils nous le disent clairement. On fraude, on triche, on détourne dans votre intérêt. C’est le comble de l’ignominie. C’est comme si un pervers viole une femme pour lui faire croire qu’il voulait lui prouver son grand amour. On nous a violés et on nous viole toujours. Bachir Frik, cet ancien wali, a eu au moins le mérite de nous expliquer que nous ne pouvons rien décider pour notre pays.

Et puisque tout est joué d’avance, il faut se taire et accepter les règles du jeu. Au nom de « l’intérêt de la nation et de l’Etat », il faut accepter ce viol électoral. Sauf qu’en 2014, ce discours n’est plus tolérable. La posture victimaire ne fait plus l’unanimité des Algériens. Beaucoup d’entre eux comptent bien réclamer leur droit au respect, à la liberté et à la transparence dans la gestion des affaires de l’Etat.

M. Bachir Frik ne sera certainement pas convoqué par notre justice pour enquêter sur ses révélations. La justice est tout bonnement inexistante. Mais ce n’est pas grave. Un jour viendra où nous serons nous-mêmes leurs juges et leur tribunal. Et ce jour-là, vous, les violeurs des urnes et des voix des électeurs, vous serez tous condamnés à la perpétuelle déchéance et jetés dans les poubelles de l’histoire.

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Affrontements entre Algériens

Depuis fin décembre, Ghardaïa vit au rythme des violences opposant la communauté arabe aux Mozabites, un groupe berbère. Un conflit ethnique ?

Cette crise, où des émeutiers appartenant à la population arabophone (de rite malékite, école de pensée de l’islam sunnite) s’attaquent à la population berbérophone mozabite [en référence à la vallée du Mzab ; cette population est de rite ibadite, un autre courant de l’islam], prend la forme d’un conflit communautaire touchant les biens et les personnes [il a fait au moins 7 morts et plus de 200 blessés]. Elle a des relents de manipulation, dans un contexte régional instable.

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L’argent sale de la campagne

L’origine des fonds utilisés pour financer la campagne électorale des candidats, et en particulier celle du président sortant Abdelaziz Bouteflika, soulève de nombreuses critiques.

A chaque élection, la question de l’intrusion des forces de l’argent dans le politique est posée. Des rumeurs évoquent le règne de la chkara [argent sale]. En un mot, des soupçons pèsent sur le financement de la campagne d’Abdelaziz Bouteflika. Des hommes d’affaires auraient versé la « dîme » dans l’opacité la plus totale, parvenant à rassembler entre 700 et 1 000 milliards de centimes de dinars [1 milliard de centimes de dinars équivaut à 100 000 euros] pour le candidat Bouteflika, selon des organes de presse.

Une constitutionnaliste soutient en ce sens que la loi électorale de 2012 présente des limites : elle affiche l’incapacité à cerner l’argent sale de la campagne, ce qu’on appelle en Algérie la chkara. Il faudrait une commission composée de spécialistes à même de savoir éplucher les comptes des candidats qui pourrait débusquer ce genre de fraude. Cette situation renvoie à une limite de l’économie nationale : les énormes masses d’argent circulant hors des circuits bancaires, les énormes transactions sans factures et les maigres progrès dans la traçabilité des opérations.

L’efficacité du verbe pour séduire les électeurs

La commission de supervision des élections, elle aussi, n’exerce pas un pouvoir de contrôle dans ce domaine. Du coup, cette collusion entre le pouvoir de l’argent et le politique ne peut être évitée, laisse entendre la spécialiste. De ce fait, l’élection présidentielle enregistre une disproportion entre les moyens à la disposition de chaque candidat. D’une part, nous avons un candidat du pouvoir [le président sortant Abdelaziz Bouteflika] qui bénéficie d’une très importante logistique et, d’autre part, trois concurrents [Ali Fewzi Rebaïne, Abdelaziz Belaïd et Moussa Touati] à faibles ressources pour financer la campagne.

Seuls les candidats Ali Benflis et Louisa Hanoune semblent bénéficier de plus gros moyens, mais sans commune mesure avec ceux du chef de l’Etat. Nous assistons donc à un combat inégal. Les cinq prétendants à la magistrature suprême misent alors sur l’efficacité du verbe pour séduire les électeurs et remporter l’élection.

Mais les dés ne sont-ils pas pipés ? En effet, à moins d’un événement imprévu, tout semble s’acheminer vers la réélection du président Bouteflika. La machine a été mise en branle depuis plusieurs semaines : soutiens multiformes, alliance avec les forces de l’argent. La question est de savoir si le lobby financier est en train de consolider son pouvoir au point de conduire le pays vers une destination loin des aspirations de la majorité de la population.

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