Hanoukkah, faites la fête des Lumières ?

Hanoukkah au Parlement fédéral NdlR : La fête non biblique de Hanoukkah fait son entrée partout, pour de bonnes ou mauvaises raisons partisanes et polémiques. Avec la fête des Lumières de Noël, nous ne savons plus à quelle sainteté nous vouer !

Un député belge critiqué pour avoir allumé une hanoukkia au Parlement : malgré la présence d’arbres de Noël et d’une crèche, les critiques accusent Michael Freilich de violer la séparation de l’Église et de l’État

Le législateur Michael Freilich allume les bougies de Hanoukka au Parlement fédéral belge à Bruxelles, Belgique, le 19 décembre 2019. (Michael Freilich)

JTA – Une vidéo du seul député juif orthodoxe du Parlement fédéral belge allumant des bougies de Hanoukka près d’une crèche a provoqué des réactions de colère, y compris de la part de membres de son propre parti.

On voit Michael Freilich traversant le Parlement avec un chandelier à huit branches en passant devant de multiples arbres de Noël et autres symboles de fêtes. Il allume ensuite la hanoukkia dans une pièce plus petite avec un arbre de Noël et une crèche, qui célèbre la naissance de Jésus, en arrière-plan.

« La laïcité est pour tout le monde ou pour personne », a écrit l’un des politiciens, Pinar Akbas, sur Twitter. Il a également demandé des « éclaircissements », a rapporté vendredi le quotidien belge néerlandophone De Morgen.

Pieter Boudry, un autre représentant du parti, a également protesté.

« Pas de vêtements et de symboles religieux pour les politiciens et les fonctionnaires », a-t-il écrit à propos de la vidéo.

Freilich a précisé aux médias qu’il n’a pas prié en allumant les bougies dans la vidéo, ce qui signifie que l’action était une expression de sa tradition et non un acte de culte.

« Si nous autorisons les arbres de Noël et une crèche, la hanoukkia est un élément similaire du patrimoine culturel juif et ne devrait pas être interdite », a déclaré Freilich à la Jewish Telegraphic Agency.

Il a fait savoir que son parti est d’accord avec ce raisonnement malgré les objections de certains de ses membres.

 

Hanoukkah au Parlement fédéral

Il est belge et s’appelle Michael Freilich. Ce parlementaire nationaliste, issu des rangs de la droite populiste flamande — la N-VA présidée par Bart De Wever —, est dans le même temps une figure connue de la vie juive à Anvers, la deuxième ville du pays. Il fut en effet, durant douze ans, rédacteur en chef du mensuel juif anversois « Joods Actueel », avant d’être élu aux élections législatives belges de mai 2019 sur les listes du parti nationaliste flamand N-VA. À la fin de l’année dernière, le député Michael Freilich s’est attiré les foudres, jusqu’au sein de son propre parti, pour avoir à l’occasion de la fête juive des lumières allumé dans les locaux du Parlement fédéral les bougies d’un chandelier à huit branches.

L’on peut supposer qu’il s’agissait, pour le néo-député, d’affirmer par la présence de cette « Hanoukkiah » la visibilité de sa religion aux côtés d’un arbre de Noël et d’une crèche décorant déjà le Palais de la Nation. À la vision de la vidéo qui évoque cet épisode, il apparaît à l’évidence qu’aucune neutralité n’a en réalité été blessée bien gravement et que cette péripétie témoigne plutôt d’une stratégie de communication de l’élu anversois — lequel aurait voulu souligner la fierté qu’il ressentait de marquer par le truchement de son identité religieuse, et des pratiques qui en découlent, sa présence au Parlement. « Si nous autorisons les arbres de Noël et une crèche, la hanoukkia est un élément similaire du patrimoine culturel juif et ne devrait pas être interdite », a ainsi déclaré Michael Freilich à la Jewish Telegraphic Agency.

Ce que semble en revanche révéler cette insignifiante péripétie est d’un autre ordre, plus manifeste. En effet, jusqu’ici, le fait juif était en Belgique fort discret, et les hommes et femmes politiques d’origine juive répugnaient le plus souvent à étaler leur appartenance sur la place publique, sinon de manière contournée. Qui sait que l’actuelle Première ministre est d’origine juive, et qui s’en soucie au demeurant ? Le geste de Michael Freilich témoigne d’une tout autre posture. Car cet élu n’est pas une de ces personnalités politiques juives dont l’appartenance au judaïsme n’est qu’une part de leur identité multiple et qui dans les instances où elles sont — ou étaient — élues, ont le plus souvent composé avec des questions qui n’avaient aucun rapport avec cette part d’eux-mêmes ; des représentants ordinaires, pour le dire autrement.

Michael Freilich est tout au contraire un parlementaire juif orthodoxe qui s’est appuyé — et il le revendique — sur sa communauté d’origine pour être élu, jouant en quelque sorte le rôle de relais des populistes de la N-VA dans la communauté juive anversoise et flamande. C’est-à-dire ce que d’aucuns appellent dès lors un élu communautaire ou une politique locale communautariste, que la N-VA n’est bien sûr pas seule à mettre en œuvre dans le champ politique, mais qui est tout à fait patente ici. Ce qui est nouveau en revanche en Belgique, c’est qu’un élu affichant son identité de juif orthodoxe porte cette identité sur la place publique et entende incarner une forme de représentation symbolique de sa communauté au Parlement.

Cette nouveauté en révèle une autre : à savoir que de plus en plus, certains arborent en rue et sur la place publique une affirmation identitaire juive qui s’exprime par la religion. Comme si le judaïsme, pourtant multiple dans ses expressions, désormais s’incarnait dans l’identité religieuse et qu’il y avait là comme une revanche sur la dimension plus culturelle ou mémorielle du fait juif portée jusqu’ici. Cette propension se manifeste en particulier à travers le chandelier de Hanoukkah que Michael Freilich a brandi au Parlement. Elle se manifeste aussi par la mutation de cette fête juive autrefois discrète — Hanoukkah commémore la révolte juive du deuxième siècle avant notre ère contre la persécution religieuse qui aurait été menée par les occupants séleucides de la Palestine — en une sorte de Noël juif, appelé de par le monde à être présent aux côtés de son équivalent chrétien dans les rues des villes où vivent des juifs, en se drapant souvent des mêmes oripeaux commerciaux que la fête chrétienne.

Cette mutation est particulièrement sensible aux Etats-Unis — où vit la collectivité juive la plus importante après Israël —, plus encore qu’ailleurs dans le monde : « Over time, American Jews have (…) remade Hanukkah in the image of Christmas. In doing so, they have been able to participate in the festive season in a way that is distinctly Jewish, balancing their desires to both assimilate and retain their unique cultural identity », écrit à ce sujet dans les colonnes de la revue en ligne « The Conversation » la chercheuse Rebecca Forgasz, de l’Australian Centre for Jewish Civilisation (Monash University).

Diane Ashton, une historienne américaine enseignant à Rowan University, a dans son ouvrage « Hanukkah in America. A History » (NYU Press, 2013) montré de quelle façon la fête de Hanoukkah a été aux Etats-Unis, et ce depuis le XIXe siècle, remodelée de diverses manières. D’abord, afin d’affirmer la présence et les caractéristiques d’une minorité agissante dans le contexte américain. Ensuite, en transformant une fête religieuse relativement mineure — du moins au regard des festivités essentielles du calendrier hébraïque — en un événement social majeur. Enfin, en faisant en sorte que cette fête devienne un marqueur essentiel de la vie juive et de la « psyché juive » américaines, et l’événement juif le plus visible aux Etats-Unis. Car Hanoukkah est aussi parvenu à largement pénétrer la culture populaire américaine : « Providing an attractive alternative to the Christian dominated December, rabbis and lay people alike have addressed contemporary hopes by fashioning an authentically Jewish festival that blossomed in their American world » ; « As well as lighting the National Menorah in Washington DC, the president hosts an annual Hanukkah party in the White House ».

L’exposition urbaine de Hanoukkiah géantes, souvent aux côtés d’arbres de Noël, a dès lors transformé la signification de la fête Hanoukkah, dans l’esprit des juifs comme des non-juifs américains. Jusqu’à faire l’objet de plusieurs décisions de justice, dont la plus significative fut prise en 1989, lors d’un arrêt de la Cour suprême des Etats-Unis — County of Allegheny v. American Civil Liberties Union. Celle-ci rejeta en effet une demande de la ville de Pittsburgh visant à interdire l’installation dans un bâtiment public d’une grande Hanoukkiah, la Cour statuant que cela n’équivalait pas à une forme de reconnaissance du judaïsme par le gouvernement de l’Etat de Pennsylvanie et ne violait donc pas la Constitution en son premier Amendement.

Les Loubavitch du mouvement Chabad, ces activistes juifs ultra-orthodoxes, hyper-modernes dans leurs méthodes, sont les champions de cette affirmation triomphante et très visible du judaïsme dans l’espace commun, œuvrant à l’exhibition publique de milliers de Hanoukkiah de par le monde. Jusqu’au paradoxe de paraphraser les festivités et la visibilité urbaine de la Noël chrétienne, en extériorisant une fête juive qui n’est pourtant pas citée dans le corpus juif de la Bible, mais célèbre une révolte dont les historiens ont montré qu’elle était, dans le chefs des zélotes intransigeants que furent les Maccabées, moins dirigée contre les Grecs que contre les juifs alors modernisés qui entendaient intégrer des éléments de culture hellénistique dans la tradition juive.

Les immenses Hanoukkiah placées dans les municipalités à la veille de Noël, ce sont souvent ces activistes du mouvement Chabad qui y président ; la participation des édiles locaux à l’allumage des bougies, ce sont souvent eux aussi qui l’obtiennent. Dans leur esprit, et le député anversois Michael Freilich s’en est fait le relais et l’acteur, le judaïsme doit fièrement affirmer sa présence dans la cité — par son patrimoine religieux et son expression religieuse s’entend. Il y a là une nouveauté manifeste, et il faudra désormais compter avec le fait que certains veulent résolument — notamment par le truchement de Hanoukkah et de sa visibilité — faire participer les juifs et le judaïsme à la croissante politisation du religieux.

Jean-Philippe Schreiber (Université libre de Bruxelles).

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Des dirigeants du monde entier souhaitent un joyeux Hanoukka au peuple juif

Trump a évoqué la relation israélo-américaine “plus forte que jamais” ; Erdogan a souhaité “joie et bonheur” ; Corbyn a félicité les Juifs, qui sont “un modèle” pour tous

Le président Donald Trump reçoit une ménorah du directeur général de la Las Vegas Sands Corporation et grand donateur républicain Sheldon Adelson, à gauche, et de son épouse Miriam Adelson au sommet national du Conseil américain israélien à Hollywood, en Floride, le samedi 7 décembre 2019. (Crédit : AP Photo/Patrick Semansky)

Le président Donald Trump reçoit une ménorah du directeur général de la Las Vegas Sands Corporation et grand donateur républicain Sheldon Adelson, à gauche, et de son épouse Miriam Adelson au sommet national du Conseil américain israélien à Hollywood, en Floride, le samedi 7 décembre 2019. (Crédit : AP Photo/Patrick Semansky)

Alors que le coup d’envoi de la fête juive de Hanoukka a été donné dimanche soir, pour 8 jours de festivités, des dirigeants du monde entier ont envoyé leurs bons voeux, accompagnés de messages de soutien dans la lutte contre l’antisémitisme.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré dans un communiqué : « Toutes mes sincères félicitations à nos citoyens juifs à l’occasion de Hanoukka. »

Erdogan, proche du groupe terroriste palestinien du Hamas et fervent critique d’Israël, a ajouté que la Turquie « considère les différences comme une richesse et refuse de faire une distinction entre les religions, les langues et les races ».

« Ceci dit, je félicite l’ensemble de la communauté juive à l’occasion de Hanoukka et leur souhaite joie et bonheur », a-t-il dit.

Le chef de l’opposition britannique, à la tête du parti travailliste Jeremy Corbyn, a publié une vidéo sur son compte Twitter dans laquelle il souhaite un joyeux Hanoukka au peuple juif de Grande-Bretagne et du monde entier.

Corbyn a perdu l’élection nationale du 12 décembre face au Premier ministre en titre Boris Johnson. La campagne du Labour a été entachée par de nombreuses accusations portées contre Corbyn, selon lesquelles il n’aurait pas fait le nécessaire pour éradiquer l’antisémitisme au sein de son parti, et aurait été lui même antisémite.

« Ce qui m’inspire le plus, c’est que les Juifs ont continué à allumer leurs bougies pendant plus de 2 000 ans », a déclaré Corbyn. « Les lumières sont un symbole constant d’espoir, de lumière face à l’obscurité. »

A l’occasion de la fête de Hanoukka, les Juifs allument chaque soir, pendant huit jours, une bougie de plus sur un chandelier. La hanoukkia traditionnelle compte neuf branches, et l’une sert à allumer toutes les autres.

« Elles ont été allumées lors des moments les plus sombres », a déclaré Corbyn, évoquant des périodes d’oppression du peuple juif.

La communauté juive porte « le flambeau de l’espoir. Les synagogues sont des points de chute pour les réfugiés, elles accueillent les sans-abris et récoltent des fonds pour les organisations caritatives. Elles sont un modèle pour nous », a-t-il ajouté.

Johnson a également publié une vidéo dans laquelle il déclare « la Grande-Bretagne ne serait pas la Grande-Bretagne sans sa communauté juive. Et nous nous tenons à vos côtés pour fêter avec vous, à Hanoukka et toute l’année ».

Johnson n’a pas mentionné sa réélection face à la cuisante défaite de Corbyn, mais a placé la lutte contre l’antisémitisme au coeur de son message.

Les Juifs, a-t-il dit, « peuvent installer leur hanoukkia ou leur menorah à la fenêtre » et dire au monde qu’ils sont « Juifs et fiers de l’être ».

« Et c’est particulièrement important en ce moment, parce que ces dernières années n’ont pas été faciles pour les Juifs britanniques. Dans les médias, dans les rues, et notamment sur internet, les antisémites ont, en nombre alarmant, été enhardis à sortir de sous leurs rochers et commencé, une fois de plus, à répandre leur haine toxique », a-t-il dit.

Johnson a ajouté que si les Juifs luttent pour repousser l’antisémitisme, »vous avez, à vos côtés, toutes les personnes décentes de ce pays, qui se battent avec vous ».

Le président américain Donald Trump a également souhaité un joyeux Hanoukka aux peuple juif et profité de l’occasion pour évoquer la relation entre l’Amérique et l’Etat hébreu, qui, a-t-il dit, n’a jamais été meilleure.

« Alors que la communauté juive se rassemble pour célébrer ce moment spécial et sacré, nous nous rappelons du message divin d’espoir, de miséricorde et d’amour. »

« Au fil des huit prochains jours, chaque bougie qui sera allumée sur la menorah envoie au monde le message que la lumière et la justice brilleront toujours plus fort que la haine et l’oppression », a-t-il dit dans un communiqué.

« Aujourd’hui, la relation entre les Etats-Unis et Israël, l’un de nos alliés et amis les plus précieux, est plus forte que jamais. Nous continuerons à nous tenir aux côtés du peuple juif pour défendre le droit accordé par Dieu à pratiquer la religion librement et ouvertement. »

Le 11 décembre, la Maison Blanche a organisé une fête de Hanoukka pendant laquelle Trump a signé un décret visant l’antisémitisme sur les campus universitaires.

« Cette action montre clairement que la section VI de la Loi sur les droits civils, qui interdit le financement fédéral des universités et autres institutions qui se livrent à la discrimination, s’applique aux institutions qui font le trafic de la haine antisémite », a déclaré M. Trump avant de signer le document.

L’ambassade des Emirats arabes unis à Washington a publié un message à l’adresse de la communauté juive, tout comme l’ambassade émiratie au Royaume-Uni.

Le ministère des Affaires étrangères israélien a publié dimanche sur Twitter une vidéo en anglais expliquant l’histoire de la fête, ses traditions et ses coutumes.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’ambassadeur américain en Israël David Friedman ont marqué le premier allumage au mur Occidental à Jérusalem.

Dans le cadre d’une fête de Hanoukka au Likud, Netanyahu a fustigé la Cour pénale internationale, qui a annoncé vendredi qu’il existe « une base raisonnable justifiant l’ouverture d’une enquête » sur des crimes imputés à Israël dans les Territoires palestiniens.

S’appuyant sur les thèmes de Hanoukka, qui célèbre la victoire des Juifs, au deuxième siècle avant l’ère commune, contre l’occupation grecque qui tentait d’éradiquer le judaïsme, Netanyahu a déclaré que la cour « qui devrait savoir le contraire, a énoncé des décrets tout aussi antisémites que ceux des Grecs séleucides. »

La fête marque l’une des plus grandes victoires de l’histoire juive. Un petit groupe de Juifs, emmenées par Judah le Macchabée, a vaincu les Séleucides qui régnaient sur la Terre Sainte et re-sanctifié le Temple de Jérusalem profané.

Selon la tradition, lorsqu’ils ont tenté de rallumer la Menorah du Temple, ils n’ont trouvé qu’une fiole d’huile suffisante pour un allumage. Elle a miraculeusement brûlé 8 jours, le temps de fabriquer davantage d’huile.

L’AFP a contribué à cet article.

 

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