‘Qui est ISRAËL et qui est JUIF ?’ : une question explosive…

La cohésion du peuple juif est-elle sur le point de se perdre  dans un souffle administratif ? (Etoile de David brisée, crédit : dnaveh via Shutterstock)NdlR : La question de l’identité juive ‘QUI EST JUIF ?’ ressort avec beaucoup d’intensité…. ces articles sont un peu long mais intéressants. L’Etat ‘juif’ s’interroge et interroge la Diaspora. Mais Qui est ISRAËL pour donner des leçons de judéité aux juifs non israéliens ? Où cette fracture va-t-elle conduire ? A une nouvelle définition du peuple Juif et de ses contours ?

L’affrontement entre la plupart de la Diaspora et Israël sur la conversion et la question de ‘Qui est juif ?’ signifie que l’Etat juif a à présent de fait deux classes de juifs. Où cela finira-t-il ?

Un symposium révolutionnaire a eu lieu en février au grand quartier général de Jérusalem de l’union mondiale pour un judaïsme progressif. Un collectif de 20 rabbins réformés et progressistes et les directeurs de tribunaux rabbiniques de 12 pays ont intensivement discuté pendant trois jours des ressources partagées et des standards minimaux pour les évènements du cycle de la vie – particulièrement les conversions.

Ce qui arrive aujourd’hui dans la communauté juive mondiale est « aussi spectaculaire qu’un changement du judaïsme biblique vers le judaïsme rabbinique » a déclaré pendant un entretien à Jérusalem avec le Times of Israel le rabbin Steven C. Wernick, le directeur général de la synagogue unifiée du judaïsme conservateur.  « Tout est dans un flux, la relation [des juifs de la Diaspora] avec l’Etat d’Israël, avec [des organisations comme] Hadassah, avec les mouvements. Le dernier grand changement de paradigme est arrivé avec la destruction du Temple », a déclaré Wernick.

Dans un jugement historique de la Cour suprême, une session plénière complète de neuf juges a établi que pour le statut civil israélien, la loi du retour reconnaissait les conversions des milliers de juifs en Diaspora qui, comme Halawa, se sont convertis dans une cour indépendante, en dehors des auspices du grand-rabbinat israélien. ‘La loi du retour reflète l’objectif de maintenir l’union du peuple juif en Diaspora et en Israël’

La présidente de la Cour suprême, Miriam Naor; à la première réunion du comité de sélection judiciaire israélien au ministère de la Justice à Jérusalem le 9 aoû, 2015. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash 90)Selon Naor, une lecture large de la loi du retour de 1950 est essentielle pour que l’Etat d’Israël maintienne ses natures juive et démocratique. Il n’y a pas de place pour un traitement inégalitaire au sein de la diversité du peuple juif, a-t-elle écrit, et, par conséquent, au moins pour un objet civil laïc, le grand-rabbinat d’Israël ne peut pas être la seule autorité reconnue pour la conversion.

« Le peuple d’Israël est en fait un peuple, mais dispersé aux quatre coins du globe, et composé de beaucoup de communautés, avec des nuances différentes et des variations au sein de ces mêmes communautés. Par conséquent, la loi du retour reflète, en plus de la promotion de l’alyah, l’objectif de maintenir l’union du peuple juif en Diaspora et en Israël », écrit Naor.

Semblant réfuter l’idée que les individus utiliseraient la conversion comme un moyen d’immigration, citant le Livre de Jérémie (31:17), Naor écrit qu’une approche sectaire de la loi du retour est un anathème de l’idée de rassemblement des exilés, et par conséquent contraire à la nature essentielle de pays juif.

La portée sectaire des répondants ne permet pas cette inclusion, mais réduit plutôt de manière substantive le droit à l’alyah et ne prend pas en considération la diversité existante des communautés juives, et est donc inacceptable, a écrit Naor.

Arthur Miller et sa seconde épouse, l'actrice Marilyn Monroe, au gala de Paris en avril 1957. (Crédit : Wikimedia Commons)De Ruth à Marylin Monroe

Le judaïsme n’est pas une religion prosélyte. Cependant, découlant de l’histoire de Ruth dans la Bible hébraïque, à travers l’histoire juive, il y a des incidences innombrables de non juifs se convertissant pour lier leur destin au peuple juif.

En dehors d’Israël, beaucoup de conversions ont lieu avant un mariage, comme celle de Marylin Monroe, qui a fameusement rejoint le judaïsme pour épouser le dramaturge Arthur Miller. Le judaïsme que Monroe a choisi comme voie vers le Peuple élu était réformé. Et, pour la majorité des juifs américains, Monroe et d’autres qui rejoignent le judaïsme via les courants libéraux sont des juifs « casher ».

Fondé dans les années 1880, le mouvement réformé a rejeté le caractère contraignant de la Halakha, une tradition âgée de 2000 ans de lois juives écrites et orales. A coté de la re-visualisation du rituel, de l’obligation, et de la pertinence juifs, le judaïsme réformé a également revisité ce que cela signifie d’embrasser un judaïsme de choix.

Selon Chuck Davidson, un rabbin orthodoxe actif dans le domaine de la conversion en Israël et dans le monde, il y a certaines causes halakhiques pour l’acceptation orthodoxe des conversions via le mouvement conservateur, dont les rabbins observent largement les mitzvot [commandements].  Ce n’est pas le cas pour les conversions réformées. « Le [mouvement] réformé est très honnête sur le fait ne pas être un judaïsme halachique », a déclaré Davidson. Il a ajouté que les convertis du mouvement étaient « convertis au judaïsme, mais pas au judaïsme halakhique. D’un point de vue halakhique, la conversion réformée n’a pas de légitimité halakhique. »

Après la destruction du deuxième Temple, a-t-il dit, « il a fallu 300 ans pour que les rabbins soient capables de déclarer qu’il y avait eu deux Torah au Sinaï », la bible hébraïque écrite, et leur tradition rabbinique orale, sur laquelle a été basée le judaïsme ces 2 000 dernières années.  « La Shoah [Holocauste] et l’Etat d’Israël annoncent le prochain changement de paradigme », a dit Wernick. La combinaison d’un état juif souverain avec « la communauté juive la plus libre et accueillante – en Amérique du Nord – que l’histoire a jamais connue » fait un monde qui « change, rapidement », a déclaré Wernick.

« Tout est en mouvement », a-t-il dit.

 

 

Analyse Ce qui arrive aujourd’hui est “un changement spectaculaire du judaïsme biblique vers le judaïsme rabbinique”

Que se passe-t-il quand deux juifs signifient deux judéités ?

L’affrontement entre la plupart de la Diaspora et Israël sur la conversion et la question de ‘Qui est juif ?’ signifie que l’Etat juif a à présent de fait deux classes de juifs. Où cela finira-t-il ?

La cohésion du peuple juif est-elle sur le point de se perdre  dans un souffle administratif ? (Etoile de David brisée, crédit : dnaveh via Shutterstock)

Se rencontrant près de l’agence israélienne du collège de l’union hébraïque dans un bâtiment de bureaux qui surplombe la Vieille Ville, un collectif de 20 rabbins réformés et progressistes et les directeurs de tribunaux rabbiniques de 12 pays ont intensivement discuté pendant trois jours des ressources partagées et des standards minimaux pour les évènements du cycle de la vie – particulièrement les conversions.

La liste, née de batailles juridiques prolongées, a été présentée à la Cour suprême en octobre 2014, et est lentement discutée par le leadership du judaïsme libéral avec la promesse que, si les mouvements se conforment aux critères du ministère, leurs convertis pourraient a priori obtenir un laissez-passer pour la citoyenneté israélienne.

Et donc, pour la première fois, les rabbins de la Diaspora ont ensemble réfléchi aux rôles du gouvernement israélien contre le rôle de leurs mouvements dans la formation de la question la plus clivante qu’affronte le peuple juif : qui est juif ?

Pendant des millénaires en Diaspora, les tribunaux rabbiniques communaux locaux sont les gardiens traditionnellement consacrés de la conversion. Mais depuis la fondation de l’Etat d’Israël et le « rassemblement des exilés » consécutifs, la question tendue à trois mots de l’identité juive appelle à présent à se poser une autre question compliqué : pour quel objet ?

Le symposium des tribunaux rabbiniques de l'Union mondiale pour un judaïsme progressif à Jérusalem, février 2016. (autorisation)

Dans l’Etat juif, quand les immigrants convertis candidatent à la citoyenneté, les qualifications et autorités de ces tribunaux sont de plus en plus remises en question. Et dans l’Israël prospère d’aujourd’hui – dont les frontières sont ostensiblement ouvertes à tous les juifs – la suspicion des motivations des convertis est de plus en plus associée à des guerres de clans amères de dénominations internes.

Le résultat ? Des blocs de trébuchement bureaucratiques placés devant les juifs par choix, par le pays du Peuple élu.

Depuis 2013, la majorité de la communauté juive mondiale se trouve dans l’Etat juif.

Selon le démographe juif qui fait autorité, le professeur Sergio Della Pergola, la population juive principale d’Israël était de 6 217 400 personnes, contre 5 700 000 aux Etats-Unis, la deuxième population juive mondiale.

Il y a à présent une bascule existentielle qui se présente à la communauté juive mondiale. D’un côté, se trouve la plus grande communauté juive en Israël où la définition de ‘juif’ est encore plus raffinée par un point de vue halakhique de plus en plus draconien.

Le contrepoids presque équivalent à Israël est la communauté juive américaine dominée par les réformés, où la plupart des couples juifs sont engagés dans des mariages mixtes et élèvent souvent des enfants qui ne sont pas juifs selon la Halakha, qui sont élevés avec une forte identité juive.

Il y a à présent une bascule existentielle qui se présente à la communauté juive mondiale

Ce qui arrive aujourd’hui dans la communauté juive mondiale est « aussi spectaculaire qu’un changement du judaïsme biblique vers le judaïsme rabbinique » a déclaré pendant un entretien à Jérusalem avec le Times of Israel le rabbin Steven C. Wernick, le directeur général de la synagogue unifiée du judaïsme conservateur.

« Tout est dans un flux, la relation [des juifs de la Diaspora] avec l’Etat d’Israël, avec [des organisations comme] Hadassah, avec les mouvements. Le dernier grand changement de paradigme est arrivé avec la destruction du Temple », a déclaré Wernick.

Le judaïsme contemporain, a-t-il déclaré, en affronte un autre.

Réduisant la portée des sujets entremêlés de la conversion et de l’identité juive – dans cette période sans précédent dans laquelle les juifs convertis en Diaspora peuvent être reconnus comme juifs pour un objet civil mais pas religieux – l’Etat juif a-t-il de fait créé deux classes de juifs ? Le monde juif se dirige-t-il vers une séparation, un schisme religieux et national, dans lequel on ne parlera bientôt plus de peuple juif mais de peuples ?

Les juifs réformés sont des ‘malades mentaux’ qui ‘poignardent la Torah dans le dos’

Assis avec le Times of Israel un matin agité de février à Jérusalem, le dirigeant de l’Union du judaïsme réformé, le rabbin Rick Jacobs, est interrompu pour un bref entretien radiophonique – qui est mené dans un hébreu courant – sur la dernière insulte contre le judaïsme réformé par un membre élu de la Knesset.

Dans cette affaire, c’est le député Yisrael Eichler, de Yahadout HaTorah, qui, répondant à la décision de la Cour suprême établissant que les mouvements non orthodoxes pouvaient utiliser les bains rituels de l’Etat pour leurs conversions, a comparé les juifs réformés à des malades mentaux. (La commission des Lois de la Knesset a voté en lecture préliminaire un projet de loi qui n’autoriserait l’usage des bains rituels que pour des objectifs orthodoxes.)

Rabbi Rick Jacobs. (photo credit: Clark Jones, Courtesy the Union for Reform Judaism)

S’excusant poliment de notre conversation sur le futur brillant et dynamique de la communauté juive américaine, Jacobs, qui représente 900 congrégations et 1,5 million de juifs, a déclaré à la radio militaire [Galei Tsahal] que la réponse d’Eichler provenait d’un malentendu.

« Je pense qu’il ne sait pas ce qu’est le judaïsme réformé. Nous serions heureux de le rencontrer, pour lui apprendre », dit Jacobs. La leçon privée sur la communauté juive américaine est cependant conditionnée aux excuses d’Eichler, bien entendu.

Le journaliste de la radio a interrogé Jacobs sur une autre déclaration au vitriol, faite cette fois par le ministre du Tourisme Yariv Levin. Pendant un débat de la Knesset sur la controversée section égalitaire prévue au mur Occidental, Levin a déclaré que « les juifs réformés aux Etats-Unis sont un monde agonisant. L’assimilation a lieu à une vaste échelle. »

Yariv Levin le 24 juillet 2012 (Crédit : Uri Lenz/Flash90)

« Ils ne tracent même pas cela correctement dans leurs communautés. C’est prouvé par le fait qu’un homme qui s’appelle lui-même un rabbin réformé se tient là-bas avec un pasteur et officie au mariage de la fille d’Hillary Clinton et personne ne condamne cela et donc cela est légitimé », a déclaré Levin.

Dans une réponse proactive, à la suggestion du directeur du mouvement réformé en Israël, le rabbin Gilad Karib, Jacobs a annulé une rencontre prévue avec Levin comme mesure de « boycott ».

« Le ministre Levin est le ministre du Tourisme. Nous sommes le plus grand mouvement. S’il ne peut pas dire quelque chose de bien au sujet de la plus grande communauté de Diaspora, quel est son rôle dans le gouvernement ? », a déclaré Jacobs au journaliste radio.

L’entretien radiophonique terminé, Jacobs retourne en s’excusant vers le Times of Israel. Soupirant, il a dit que pour Levin, comme Eichler, le dénigrement de la communauté juive réformée provenait d’une incompréhension fondamentale de ce qu’il est.

Levin et Eichler ne sont pas seuls : en juillet, le ministre des Affaires religieuses David Azoulay avait déclaré à la radio militaire que les juifs réformés avaient perdu leur chemin et ne pouvaient pas être appelés juifs s’ils ne suivaient pas la Halakha 5Loi juive]. Dans les trois cas, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a condamné les déclarations.

‘Ils ont le sentiment que nous sommes la porte de sortie’

« Ils ont le sentiment que nous sommes la porte de sortie », a déclaré Jacobs. Mais, a-t-il expliqué, via nombre d’actions stratégiques comprenant, par exemple, l’engagement des jeunes après l’expérience normative de la bar- ou bat-mitzvah, le judaïsme réformé est un nouveau foyer. En avançant dans les évènements cruciaux du cycle de la vie, la communauté de la synagogue est « une porte d’entrée » vers le judaïsme et une plus grande implication.

Levin voit l’assimilation comme une tragédie, a déclaré Jacobs. Le mouvement réformé la voit « comme un défi à être plus accueillant ».

La question, a dit Jacobs, est comment amener un plus grand nombre de personnes plus près pour qu’elles puissent voir et expérimenter de première main un « judaïsme qui est moderne, pertinent et sérieux ». En d’autres mots, le judaïsme libéral affilié.

De Ruth à Marylin Monroe

Le judaïsme n’est pas une religion prosélyte. Cependant, découlant de l’histoire de Ruth dans la Bible hébraïque, à travers l’histoire juive, il y a des incidences innombrables de non juifs se convertissant pour lier leur destin au peuple juif.

En dehors d’Israël, beaucoup de conversions ont lieu avant un mariage, comme celle de Marylin Monroe, qui a fameusement rejoint le judaïsme pour épouser le dramaturge Arthur Miller. Le judaïsme que Monroe a choisi comme voie vers le Peuple élu était réformé. Et, pour la majorité des juifs américains, Monroe et d’autres qui rejoignent le judaïsme via les courants libéraux sont des juifs « casher ».

Arthur Miller et sa seconde épouse, l'actrice Marilyn Monroe, au gala de Paris en avril 1957. (Crédit : Wikimedia Commons)

Quand un juif par choix se convertit via le mouvement réformé, « la conversion est au judaïsme, pas au judaïsme réformé », a expliqué le rabbin Daniel Freelander, le président de l’Union mondiale pour le judaïsme progressif (UMJP) en février pendant une conversation avec le Times of Israel. Il n’y a aucun doute, a-t-il dit, que la majorité des communautés juives en Diaspora les considèrent comme juifs.

Fondé dans les années 1880, le mouvement réformé a rejeté le caractère contraignant de la Halakha, une tradition âgée de 2000 ans de lois juives écrites et orales. A coté de la re-visualisation du rituel, de l’obligation, et de la pertinence juifs, le judaïsme réformé a également revisité ce que cela signifie d’embrasser un judaïsme de choix.

Selon Chuck Davidson, un rabbin orthodoxe actif dans le domaine de la conversion en Israël et dans le monde, il y a certaines causes halakhiques pour l’acceptation orthodoxe des conversions via le mouvement conservateur, dont les rabbins observent largement les mitzvot [commandements].

Ce n’est pas le cas pour les conversions réformées.

« Le [mouvement] réformé est très honnête sur le fait ne pas être un judaïsme halachique », a déclaré Davidson. Il a ajouté que les convertis du mouvement étaient « convertis au judaïsme, mais pas au judaïsme halakhique. D’un point de vue halakhique, la conversion réformée n’a pas de légitimité halakhique. »

Il y a à présent beaucoup de situations dans lesquelles de juifs de naissance ne sont pas vus comme juifs par l’Etat juif

Par conséquent, avec le rejet de la Halakha [le contexte global dans lequel les conversions rabbiniques au judaïsme avaient historiquement lieu], les conversions du judaïsme libéral sont considérées comme nulles par l’orthodoxie liée à la Halakha, y compris, bien sûr, par le grand-rabbinat israélien.

Aujourd’hui, après plusieurs générations et nouvelles dénominations juives sans standard de conversion commun, à travers le monde juif il y a à présent beaucoup de situations dans lesquelles les juifs de naissance ne sont pas vus comme juifs par l’Etat juif.

C’est l’un des sujets les plus douloureux adressés par le symposium. Fondé à Londres en 1926, l’UMJP est l’organisation qui regroupe les mouvements réformés, libéraux, progressifs et reconstructionnistes. Elle sert 1 400 congrégations avec 1,8 millions de membres dans plus de 50 pays, la plupart vivant aux Etats-Unis.

Le rabbin Daniel Freelander, dirigeant de l'Union mondiale pour un judaïsme progressif. (autorisation)

Après trois jours de réunions avec des rabbins de toute la Diaspora, Freelander a déclaré que « l’ouverture à la conversion est l’une des contributions uniques du judaïsme réformé à la communauté juive mondiale du 21ème siècle. Quand quelqu’un exprime son intérêt pour le judaïsme, nous devons l’accueillir pour explorer la spiritualité et la pratique juives. »

Le symposium, a déclaré Freelander, était un forum pour réfléchir à « comment nous pouvons être accueillant au sein de nos limites juives définies, créant de nouvelles ouvertures pour l’entrée dans le peuple juif. »

Ces « entrées » sont cependant bien sûr fermement rejetées par le grand-rabbinat israélien, qui est l’autorité religieuse de l’Etat pour tous les évènements de la vie juive.

La question sur la table pendant le symposium est de savoir si l’Etat acceptera les conversions des mouvements pour des objets civils, comme la résidence et la citoyenneté – et si les mouvements veulent se courber devant les critères de l’Etat.

Les changements de la communauté juive mondiale

Avec une communauté largement non orthodoxe vivant dans une liberté religieuse complète, au cours des siècles la communauté juive américaine a développé son propre goût et son propre ethos ; ses légendaires « valeurs juives » sont d’abord basées sur les idéaux libéraux d’inclusion et d’action sociale.

Ceci est soutenu par le récent rapport Pew de 2016, qui a observé que « les juifs américains sont enclins à voir la responsabilité personnelle et sociale comme essentielle à leur identité juive ».

Les juifs réformés et conservateurs n'ont pas une présence importante en Israël. (Crédit : capture d'écran Centre de recherche Pew)

Aux Etats-Unis, « les juifs s’identifient soient aux mouvements conservateurs (18 %) ou réformés (35 %), et environ 6 % appartiennent à de plus petits courants, comme les mouvements reconstructionnistes ou du renouveau juif. Trente autre pourcent des juifs américains ne s’identifient à aucun courant particulier ou dénominations du judaïsme », selon Pew. Par conséquent, un spectaculaire 90 % des juifs américains ne voient pas la Halakha comme un facteur décisif du judaïsme.

En Europe, particulièrement, et d’autres parties du monde, la situation est plus nuancée, et il y a des degrés variés de soutien de l’Etat aux synagogues, et à leurs affiliations. Le judaïsme libéral européen est un mouvement très largement minoritaire, mais croissant.

Selon une enquête interne de l’UMJP sur les conversions (comprenant Israël mais excluant les Etats-Unis), en 2013 il y a eu 818 conversions via les communautés juives libérales, et en 2014, il y en a eu 1 065. (Le mouvement réformé américain ne reporte pas ou ne trace pas ses nombres de conversion, mais l’étude 2013 de Pew avait conclu que 2 à 3 % de la communauté juive américaine étaient convertis.)

En Europe, beaucoup de convertis arrivent au judaïsme via une impulsion spirituelle qui n’est pas comblée par la croulante Eglise catholique

En plus des conversions pour le mariage, les rabbins européens au symposium de Jérusalem ont déclaré au Times of Israel que dans leur expérience, beaucoup de leurs convertis arrivent au judaïsme via une impulsion spirituelle qui n’est pas comblée par la croulante Eglise catholique. Une paire de rabbins anglais a déclaré que beaucoup venaient via l’active communauté gay juive.

Quelque 70 ans après que les juifs du continent aient été effacés par l’Holocauste, un rabbin de Suisse a déclaré que dans beaucoup de cas il y avait un sentiment de reconnexion avec un distant passé juif. Cette nostalgie pour le judaïsme est maintenant à la mode dans certains cercles européens.

« En Pologne, il y a une tendance philosémite, ainsi qu’en Suisse, où il est populaire d’être juif », a déclaré le rabbin Ruven Bar Ephraim. Il a ajouté que pour certaines communautés européennes, il peut y avoir plus de convertis potentiels que de juifs à tous les offices. Les rabbins anglais hochent la tête pour acquiescer.

De plus, dans le marché religieux ouvert de la plupart des pays de la Diaspora, il y a des accommodations croissantes pour les juifs qui ne le sont pas tout à fait selon la Halakha. Aux Etats-Unis, où l’orthodoxie est toujours une minorité des 14 % de juifs affiliés, souvent les congrégations orthodoxes modernes, et certainement le mouvement ultra-orthodoxe Habad, encouragent le désir de tout juif à devenir plus observant religieusement.

Dans les plus petites communautés juives européennes, une nouvelle inclusivité dans leurs cadres traditionnellement plus orthodoxes est encore plus prononcée. Une étude récemment publiée de la commission de distribution commune [le Joint], la troisième étude des dirigeants juifs européens, a observé qu’entre 2008 et 2015, « l’opinion orthodoxe est devenue plus accommodante sur le sujet du statut juif. Le pourcentage d’orthodoxe ne voulant pas reconnaitre les ‘juifs non halakhiques’ comme membres de la communauté a décliné de 60 % à 44 %. »

Le rabbin Kotlarsky a commencé une tradition de téfilin devant le Wrigley Field de Chicago. (Crédit : Chabad.org)

Les préférences des dirigeants juifs européens pour les conversions au lieu d’un mariage mixte était également claire dans le rapport du Joint.

« Les sujets concernant le statut juif, les conversions non orthodoxes et l’appartenance à la communauté étaient des sujets importants dans toutes les communautés. La tendance globale était d’être inclusif et d’accommoder plutôt que d’être exclusif et strict », selon le rapport.

Cependant, en Europe aussi, l’inclusivité a ses limites. « Les opinions sur ces sujets étaient principalement divisées selon les courants religieux et dans certains cas, étaient la source de tensions communautaires, comme décrit par les répondants. »

Selon le rapport du Joint, « la plupart des répondants étaient pessimistes, avec 47 % d’entre eux s’attendant à ce que ces sujets soient plus problématiques dans le futur. »

Le tango israélien emmêlé de la religion et de l’Etat

En Israël, il y a une danse complexe sans chorégraphie entre la religion et l’Etat qui date d’avant sa fondation. En juin 1947, le directeur de l’agence juive exécutive David Ben-Gurion avait écrit une lettre au directeur de l’organisation ultra-orthodoxe World Agudat Israël qui sert à présent comme base de l’accord de statu quo religieux.

David Ben-Gurion, avec les membres du gouvernement provisoire, lit la Déclaration d'indépendance dans le hall du musée de Tel Aviv le 14 mai 1948. (Crédit : bureau de presse du gouvernement israélien)

La lettre est interprétée comme donnant au judaïsme orthodoxe le contrôle sur les lois familiales et d’autres évènements du cycle de la vie, bien que Ben-Gurion établisse aussi que « des droits égaux complets pour tous les citoyens et l’absence de coercition ou de discrimination en matière religieuse doivent être garantis en avance. » De plus, la déclaration d’indépendance de l’année suivante proclame que « l’Etat d’Israël […] garantira la liberté de religion, de conscience, de langue, d’éducation et de culture. »

‘L’Etat d’Israël […] garantira la liberté de religion, de conscience, de langue, d’éducation et de culture’

Alors que cela peut sonner à des oreilles modernes comme un signal d’acceptation du pluralisme, dans les années 1980, le gouvernement a voté la loi sur le grand-rabbinat d’Israël, qui a codifié que le seul judaïsme qui est autorisé à présider sur les Israéliens juifs est l’orthodoxie.

Auparavant, en 1950, la Knesset avait voté la Loi du retour, qui autorise à quiconque avec un grand-parent juif le droit d’immigrer en Israël. Un cas de la Cour suprême en 1989 avait également ouvert la Loi du retour à ceux qui s’étaient convertis au judaïsme à l’étranger.

Et donc aujourd’hui, les autorités civiles reconnaissent comme juifs les immigrants pour des objets d’enregistrements et de citoyenneté, dont beaucoup ne sont pas reconnus par le grand-rabbinat halakhique.

Depuis les années 1990, ceci est devenu encore plus compliqué avec l’immigration à grande échelle de ceux avec des situations historiquement difficiles pour les juifs, comme dans le régime de l’Union soviétique et en Ethiopie dans les années 1980 et 1990.

La prise ferme du monopole orthodoxe sur les évènements de la vie ne Israël n’est cependant pas née des adhérents orthodoxes israéliens. Selon le rapport Pew de 2016, « environ un juif israélien sur cinq (22 %) s’identifie avec des groupes qui sont communément considérés comme orthodoxes. » Environ 9 % sont ultra-orthodoxes et 13 % sont orthodoxes modernes.

Cependant, il est frappant que bien que 78 % des Israéliens juifs combinés s’identifient comme traditionnalistes ou laïcs, le juif israélien moyen présente plus d’implication religieuse que la majorité des juifs américains. Le fait est que 61 % des Israéliens croient en l’idée que Dieu a donné Israël au peuple juif – ce qui est un pourcentage bien plus important que la population qui a des croyances en Dieu.

Et aux Etats-Unis, selon le rapport Pew 2013 sur la communauté juive américaine, le seul segment constamment en croissance de la population juive est l’orthodoxie.

Ciblant le cœur du public orthodoxe américain, le grand-rabbinat israélien a, ces dernières décennies, commencé à traverser l’océan pour influencer les tribunaux de conversions orthodoxes de la Diaspora. Via son rejet d’un nombre croissant de conversions de rabbins orthodoxes de Diaspora (particulièrement ceux étiquetés comme orthodoxes modernes ou ouverts), la rabbinat s’installe lui-même comme un quasi-pontife et un arbitre de qui est acceptable pour siéger dans ces tribunaux de conversion de la Diaspora.

La question, par conséquent, reste celle de la motivation.

« Cet acte de centralisation est en fait conçue pour déstabiliser le potentiel de division, » a déclaré le professeur de l’université de Bar-Ilan, Adam S. Ferziger.

‘L’approche du rabbinat israélien fait appel au seul secteur de la vie religieuse américaine qui est en croissance’

« Si les résultats du rapport Pew [de 2013] se maintiennent, il y aura de plus en plus de juifs orthodoxes aux Etats-Unis qui acceptent seulement les conversions halakhiques et peu d’Américains d’origine juive non orthodoxe qui se définiront sur la base de critères religieux d’une des dénominations.

L’approche du rabbinat israélien fait donc appel au seul secteur de la vie religieuse américaine qui est en croissance, » a déclaré l’historien Ferziger, auteur du livre récompensé Au-delà du sectarisme : le réalignement du judaïsme orthodoxe américain (Beyond Sectarianism: The Realignment of American Orthodox Judaism).

Ce qui signifie, que bien que ne représentant actuellement que 14 % de la communauté juive américaine, le rabbinat a choisi une approche à long terme qu’à temps, la plus grande communauté juive en dehors d’Israël serait majoritairement une communauté observant la Halakha.

Juifs progressifs par choix dans le pays du Peuple élu

Certains des cas les plus anciens actuellement dans le registre de la Cour suprême remontent à 2005, et sont liés à une série de statut civil officiel des juifs réformés.

Une série de pétitions ardues adressées à la cour entourant le bourbier des conversions apporté par le mouvement réformé a vu sa part de victoires et de défaites.

Après la reconnaissance en 1989 des conversions réformées à l’étranger, les années 1990 ont vue une série d’affaires dans laquelle des Israéliens demandaient une reconnaissance civile après avoir appris au sein du mouvement réformé, et être allé ensuite à l’étranger pour des « conversions rapides ».

Au même moment, en 1997, les partis ultra-orthodoxes ont tenté de faire passer une loi sur la conversion établissant que la conversion ne pouvait être reconnue que par un grand rabbin. Après des protestations véhémentes de la communauté juive mondiale, cette loi n’a pas été votée, et il n’y a toujours pas de législation à ce sujet.

Nicole Maor, avocate du centre d'action religieuse du mouvement réformé en Israël, spécialisée dans l'aide légale aux immigrants. (Crédit : autorisation)

Dans une affaire exceptionnelle de la Cour suprême de 2002, il a été décidé que quel que soit le lieu où avait pris place la conversion réformée, le ministère de l’Intérieur devait enregistrer le converti comme juif à l’état civil.

Ceci a été « un énorme tournant pour la reconnaissance des non orthodoxes en Israël », a déclaré Nicole Maor, une avocate du centre d’action religieuse en Israël du mouvement réformé, qui s’occupe des aides juridiques aux immigrantes. Comme le dit Maor, depuis 2002, « la question de l’enregistrement est close ». Mais cependant pas la question de la citoyenneté via la loi du Retour.

En 2003, « le ministère de l’Intérieur est venu et a dit, nous changeons notre position, aucun converti qui s’est converti en Israël – orthodoxe ou pas – ne peut relever de la loi du Retour », a déclaré Maor.

‘Nous sommes très conscients de notre responsabilité nationale’

Maor a franchement parlé de la position du ministère de l’Intérieur comme une « action très claire contre les non orthodoxes », et « un autre moyen de contourner la décision de la Cour suprême ».

En attendant, le mouvement réformé israélien a continué de convertir ceux qui venaient en Israël via la loi du Retour, beaucoup pendant la vague d’immigration russe des années 1990, et ceux qui étaient dans le pays avec un visa « casher ».

« Depuis 2005, le mouvement réformé ne convertit personne sans visa temporaire de résident donc nous ne pouvons pas être accusé de contourner le statut. Nous sommes très conscients de notre responsabilité nationale », a dit Maor.

Il y a eu plusieurs va-et-vient entre la Cour suprême, le ministère de l’Intérieur et les mouvements juifs libéraux, mais depuis 2005, la Cour a repoussé les jugements sur le statut des conversions intérieures israéliennes dans le cadre de la Loi du Retour.

Cependant, en 2005, la Cour, entendant la peur du ministère de l’Intérieur que les conversions à l’étranger ne soient utilisées comme un ticket gratuit pour Israël, a ordonné au ministère d’établir une liste claire des critères pour les conversions non orthodoxes acceptables.

Neuf ans après, les critères ont été présentés à la Cour.

Quels sont les critères de la liste du ministère de l’Intérieur ?

Vous ne trouverez pas la liste des critères pour les conversions réformées à l’étranger acceptables dans un livre du ministère de l’Intérieur, a dit Maor, mais ce sont les directives de travail qui les officiers ministériels sont supposés utiliser.

Pendant une conversation avec le Times of Israel, Maor a conté les chroniques de la bataille légale de la communauté juive réformée pour la reconnaissance en Israël, et a expliqué les critères établis après des conversations à haut niveau avec les dirigeants réformés et conservateurs des mouvements mondiaux.

La Cour suprême israélienne à Jérusalem (Crédit : Flash90)

Maor a utilisé la comparaison des feux rouge pour expliquer les critères.

Si un tribunal de conversion à l’étranger suit les critères au sein de son programme de conversion, ses convertis auront un feu vert en Israël pour l’immigration dans le cadre de la Loi du Retour. Si elle suit une majorité d’entre eux, la personne aura un feu orange et devra passer par des ennuis bureaucratiques. Et si le tribunal rabbinique ne respecte pas ces critères, alors le converti affrontera le feu rouge du ministère de l’Intérieur.

« Le but était de trouver un chemin avec lequel nous pouvions tous vivre, pour éviter les achoppements », a déclaré Maor, qui faisait partie des discussions.

‘Le but était de trouver un chemin avec lequel nous pouvions tous vivre, pour éviter les achoppements’

Parmi les critères importants, on retrouve le fait que la période d’études avant la conversion doit durer au moins neuf mois, et le converti doit être actif dans la communauté juive. De plus, il doit y avoir un tribunal rabbinique composé de trois rabbins qui délivre un certificat de conversion signé.

Le rabbin parrainant le converti doit écrire une lettre qui détaille le déroulement des études, la fréquence des leçons et les sujets, et une lettre détaillée sur les motivations du rabbin pour accepter le converti. La congrégation doit écrire une lettre attestant de l’implication du converti dans la vie communautaire, et le converti doit écrire une lettre supplémentaire documentant son élan à être juif.

Selon la loi du Retour, un converti peut officiellement immigrer en Israël une fois que la conversion est reconnue, mais « la Cour suprême a autorisé le ministère de l’Intérieur à déterminer les critères leur permettant de vérifier si leur conversion était factice », a écrit Maor dans une lettre aux dirigeants juifs libéraux expliquant les critères. « L’un de ces critères est l’implication dans la communauté juive après la conversion. »

Par conséquent, comme test de la sincérité du converti, « le ministère de l’Intérieur demande des preuves d’implication du converti dans une communauté juive reconnue pendant au moins neuf mois après la conversion. »

Mayyim Hayyim, un mikvé sans dénomination à Newton, dans le Massachusetts (Etats-Unis), a accueilli 2 200 conversions depuis son ouverture en 2004. (Crédit : JTA)

De manière intéressante, les neuf mois peuvent avoir lieu dans la communauté originale de chacun, ou dans une communauté en Israël. Cependant, si cela a eu lieu en Israël, le converti ne peut être éligible à l’immigration qu’après cette période de neuf mois.

Si elles sont adoptées par les tribunaux de Diaspora et leurs programmes de conversions, ces mesures concrètes adouciront, au moins potentiellement, la route cahoteuse de leurs convertis vers la citoyenneté israélienne.

Mais après des décennies de pétitions à la Cour suprême, les rabbins se demandent si la liste sera l’obstacle le plus récent de ceux qui décident de lier leur destin à celui du peuple juif et à son état – ou le dernier ?

Qui est Israël pour dire quoi faire à la Diaspora ?

La question de savoir si les tribunaux de conversion de la communauté juive progressive adopteront ces critères a rencontré beaucoup de tergiversations pendant le symposium de février.

La réponse majoritaire des rabbins du symposium beit din était que bien que particulièrement en Europe il y ait une poussée pour standardiser les circoncisions et les utilisations du mikvé [bain rituel], il serait presque impossible pour les rabbins de communautés particulières – qui se sont souvent développées dans des conditions d’isolement partiel – d’abdiquer leur autonomie.

‘Ces mouvements se sont développés d’une manière culturelle indigène. Ils ne lisent pas nécessairement dans le même livre maître’

« Essayer de comprendre le monde du judaïsme progressif et réformé, ce n’est pas juste pointer différents pays. Ces mouvements se sont développés d’une manière culturelle indigène. Ils ne lisent pas nécessairement dans le même livre maître », a déclaré le rabbin Uri Regev, directeur de Hiddush, une ONG israélienne pour la liberté et l’égalité de religion.

Freelander, directeur de l’UMJP, fait écho à Regev, et a déclaré que bien que les normes globales sont « désirables », les communautés locales ont déjà souvent leurs propres politiques et attentes, qui doivent être respectées.

De manière non insignifiante, l’idée de fournir simplement des critères pour une immigration possible pour un converti en Israël est un anathème pour une communauté juive américaine satisfaite. (Dans les deux dernières années, 7 060 personnes ont immigré depuis les Etats-Unis : 3 560 en 2014, 3 500 en 2015). C’est une communauté juive américaine où l’absence de stigmatisation des mariages interreligieux marginalise de plus en plus la conversion.

En Amérique du Nord en particulier, les sujets de liberté de religion, le manque d’intérêts pour trop de formalités, et une absence de volonté pour qu’une voix extérieure imprime leur rythme rendent improbable l’adoption par les rabbins de l’ensemble des critères du ministère de l’Intérieur, a déclaré le rabbin Joel Iseran, directeur du développement international de l’UMJP.

Le rabbin avocat Uri Regev (tout à droite) et Edna Meyrav avec leur cliente d'Elad à une audience de la Cour suprême en 2014. (Crédit : Hiddush)

Selon Regev, « il sera probablement bien plus facile et plus naturel d’atteindre certains ensembles normés de critères avec les Européens, les Australiens, les Sud-Africains et peut-être les Canadiens. »

« Cela sera bien plus difficile – et j’ose dire impossible – avec le rabbinat américain, qui est construit sur la base de la reconnaissance de l’autonomie finale des rabbins individuels, a déclaré Regev. D’autres pays sont bien plus conservateurs et bien plus respectueux de la nation de halakha – même s’il ne s’agit pas de la halakha orthodoxe. »

Regev a expliqué que pendant qu’en Israël la circoncision et l’utilisation d’un bain rituel « sont des exigences obligatoires », aux Etats-Unis elles ne le sont pas.

« Si un rabbin israélien est impliqué dans des conversions privées ou indépendantes et n’adhère pas aux normes centralisées et universelles, il est suspendu. Pas aux Etats-Unis. Certains rabbins exigent l’utilisation du mikvé, et pas d’autres », a dit Regev.

Au symposium, le rabbin suisse Bar Ephraim a reconnu la diversité des pratiques de la communauté juive libérale et déclaré que pour sa part, il aimerait pousser pour la reconnaissance d’une « unité pluraliste » plutôt que pour des standards uniformes.

Les deux moitiés de la communauté juive mondiale formeront-elle encore un ensemble ?

Dans sa lettre de 1947, Ben-Gurion a écrit de faire « tout ce qui peut être fait pour satisfaire les besoins des observants religieux […] et empêcher une dissension dans le peuple juif. »

Et, selon une étude Pew de 2016, « Majoritairement, les juifs en Israël ressentent un fort sentiment d’appartenance au peuple juif et sont fiers d’être juif. Autant que 93 % des juifs disent qu’ils sont fiers de leur identité juive, et 88 % disent qu’ils ressentent un fort sentiment d’appartenance au peuple juif. »

Cependant, d’autres observateurs ressentent une fracture imminente au sein du peuple juif, qui peut déjà être sentie en Israël.

Le rabbin Seth Farber, fondateur d'ITIM. (Crédit : autorisation)

Pendant une conversation avec le Times of Israel à la suite d’une audience passionnée à la cour du district de Jérusalem avec le grand-rabbinat sur la liste des rabbins « acceptables » de Diaspora, le rabbin Seth Farber était d’humeur cynique.

« Il y a déjà plus de deux types de juifs ici. Je suis inquiet que même les personnes qui sont reconnues comme juives par l’Etat soient toujours éloignées de venir ici », a déclaré Farber, qui dirige une ONG qu’il a fondée en 2002, ITIM, qui aide les immigrants à naviguer dans la bureaucratie du grand-rabbinat.

La loi est claire, a dit Farber.

« Quelqu’un qui s’est converti dans une communauté reconnue est ‘éligible à l’alyah’. Tout l’argument de la Loi du Retour est qu’elle reconnaît la relation unique avec les communautés juives de l’étranger », a-t-il déclaré.

En établissant une liste de critères, ce qu’a fait le ministère de l’Intérieur « est définir ce qu’est la conversion » vis-à-vis d’un certain nombre d’heures d’études etc. « Nous pensons que c’est imposer la volonté israélienne sur la Diaspora », a dit Farber, ce qui « les prive de leurs droits et déstabilise leur autorité et leur autonomie. »

Alors que cela semble terrible, l’historien Ferziger n’est pas prêt à définir cette période trouble de la communauté juive mondiale comme un schisme.

Le professeur de Bar-Ilan Adam S. Ferziger. (Crédit : autorisation)

« Je suggérerai quelque chose de plus nuancé qu’une ‘fracture’ qui peut être soulignée via la dichotomie entre ‘cœur et périphérie’ », a-t-il déclaré.

« Alors que le spectre de l’identité juive s’élargit pour inclure de plus en plus ceux qui s’identifient comme juifs mais ne sont pas reconnus comme tels par la halakha, ainsi que des non juifs qui sont mariés à des juifs ou ont des enfants juifs, les autorités orthodoxes feront de plus grands efforts pour clarifier la ligne entre les juifs halakhiques du ‘cœur’ et la ‘périphérie’ affiliée’ », a dit Ferziger.

Ferziger a ajouté que cette dichotomie cœur/périphérie s’applique en particulier à Israël, « tant qu’il reste un nombre important d’immigrants russophones et de leurs enfants qui ne passent pas par une conversion officielle ».

« Plutôt qu’une fracture, alors, nous verrons une hiérarchie aigüe de l’identité juive », a dit Ferziger.

Il a cependant expliqué que l’agenda du gouvernement laïc pourrait entrer en conflit avec celui des autorités religieuses de l’Etat.

‘Plutôt qu’une fracture, nous verrons une hiérarchie aigüe de l’identité juive’

« Politiquement, l’intérêt de l’Etat d’Israël à cultiver la connexion à Israël contraste avec le désir du rabbinat orthodoxe de maintenir des normes halachiques [….]. Par conséquent, l’état va intervenir, comme il l’a fait pour le Kotel [référence à la décision du gouvernement de mettre en place un espace de prières mixte au mur Occidental] s’il voit l’aliénation [de la Diaspora] interférer avec le soutien politique à Israël », a déclaré Ferziger.

Pour Farber, qui a également fondé un tribunal rabbinique halakhique indépendant non reconnu en Israël appelé Giyur Kahalacha, la communauté juive stratifiée d’Israël – et de plus en plus, de la communauté juive mondiale – est la conséquence d’une peur inhibitrice.

Il a déclaré qu’il pouvait y avoir des mesures prises pour créer un processus de conversion plus universelle assuré par les juifs libéraux qui serait acceptable par l’orthodoxie.

« Il y a des méthodes halakhiques qui ont été essayées dans le passé et qui méritent d’être explorées aujourd’hui, mais cela demande beaucoup de dialogue, et vous devez mettre la peur de côté pour cela », a déclaré Farber.

‘Pour commencer à marcher hardiment vers un futur juif, nous devons permettre aux gens de travailler ensemble et d’apprendre à se faire confiance’

« Je pense qu’il y a des opportunités disponibles aujourd’hui, mais nous devons être moins inhibés. Pour commencer à marcher hardiment vers un futur juif, nous devons permettre aux gens de travailler ensemble et d’apprendre à se faire confiance », a déclaré Farber.

Buvant son café et appréciant un matin ensoleillé de février devant le siège du mouvement conservateur en pierres blanches de Jérusalem, Wernick donne une opinion d’ensemble du changement d’aujourd’hui du monde juif.

Après la destruction du deuxième Temple, a-t-il dit, « il a fallu 300 ans pour que les rabbins soient capables de déclarer qu’il y avait eu deux Torah au Sinaï », la bible hébraïque écrite, et leur tradition rabbinique orale, sur laquelle a été basée le judaïsme ces 2 000 dernières années.

« La Shoah [Holocauste] et l’Etat d’Israël annoncent le prochain changement de paradigme », a dit Wernick. La combinaison d’un état juif souverain avec « la communauté juive la plus libre et accueillante – en Amérique du Nord – que l’histoire a jamais connue » fait un monde qui « change, rapidement », a déclaré Wernick.

« Tout est en mouvement », a-t-il dit.

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La décision de la Cour suprême sur le monopole du rabbinat sera-t-elle respectée ?

Dans un jugement historique visant à embrasser la diversité du peuple juif, les conversions hors des autorités religieuses d’Israël doivent être acceptées pour l’état civil. Mais cette décision sera-t-elle “avortée” par une coalition de députés religieux ?

La présidente de la Cour suprême Miriam Naor lors d'une audience relative à la démolition de maisons de terroristes arabes, le 29 octobre 2015 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Halawa a été de plus en plus attiré par le judaïsme et a finalement décidé de cimenter son engagement et de suivre une conversion respectant strictement la halakha [loi juive]. Après des années d’étude, il est devenu juif dans la ville israélienne ultra-orthodoxe de Bnei Brak en 2013.

Dans un jugement historique de la Cour suprême, une session plénière complète de neuf juges a établi que pour le statut civil israélien, la loi du retour reconnaissait les conversions des milliers de juifs en Diaspora qui, comme Halawa, se sont convertis dans une cour indépendante, en dehors des auspices du grand-rabbinat israélien.

« Dimanche matin, je vais commencer mon processus de citoyenneté », a déclaré un Halawa enthousiaste tout en se préparant pour Shabbat. « Je veux l’alyah [immigration juive en Israël], je veux commencer à faire des choses ici. »

Mark Halawa, né au Koweit, est un réfugié palestinien qui a retrouvé ses racines juives et vit comme un juif pratiquant à Jérusalem aujourd'hui.(Crédit : Amanda Borschel-Dan / The Times of Israel)

Aux côtés de centaines d’autres en Israël, Halawa – et l’un des pétitionnaires de l’affaire de la Cour suprême – s’est converti dans le tribunal du rabbin Nissim Karelitz. Bien que leurs conversions soient « casher » selon la halakha, jusqu’à jeudi leur statut en Israël procurait du stress, des complications bureaucratiques et de l’incertitude.

‘Dimanche matin, je vais commencer mon processus de citoyenneté’

Halawa, un militant pro-Israël populaire qui chante les louanges du pays dans le monde, a déclaré que sa situation civile était devenue si précaire en Israël que lui et sa femme avaient commencé à discuter de s’installer à l’étranger.

« J’adorerais payer des impôts ici », a-t-il déclaré, ajourant qu’on lui avait proposé du travail au ministère des Affaires étrangères, mais qu’il devait être citoyen pour pouvoir être payé. « C’est si difficile de faire des choses ici côté travail… Je veux contribuer à ce pays. »

Pour beaucoup de convertis vivant des vies juives en Israël et en Diaspora et qui ont lié leur destin à celui du peuple juive, depuis que leurs conversions ne sont pas reconnues par le grand-rabbinat d’Israël, ils sont coincés dans une sorte de limbe existentielle vis-à-vis d’Israël.

Sans législation claire, de multiples pétitions ont été présentées devant la Cour suprême au cours des dix dernières années, mais ils attendent toujours un jugement sur leur statut civil.

« Il y a beaucoup de personnes qui sont coincées, qui ne peuvent ni avancer ni reculer à cause de l’incertitude sur leur statut juif. Cela ravive leur judaïsme et renforce Israël à l’étranger dans le même temps », a déclaré Halawa.

‘Le peuple d’Israël est un’

En effet, dans son jugement critique de jeudi, la juge de la Cour suprême Miriam Naor a eu un moment Emma Lazarus.

Alors que les politiciens orthodoxes ont récolté l’attention de médias dernièrement pour des déclarations désobligeantes et répétées à l’encontre de la communauté juive non orthodoxe, Naor devrait faire accueillir à Israël toute la diversité de la communauté juive de la Diaspora sur ses rivages surpeuplés.

La présidente de la Cour suprême, Miriam Naor; à la première réunion du comité de sélection judiciaire israélien au ministère de la Justice à Jérusalem le 9 aoû, 2015. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash 90)

Signifiant l’importance du sujet, une plénière complète de juges a entendu les représentants de quatre défendants de trois affaires, une de 2006 et deux de 2011.

Ils ont été entendus dans une pétition combinée contre le ministère de l’Intérieur, l’état civil, l’autorité des conversions (via le bureau du Premier ministre) et les autorités de l’immigration. Les mouvements réformé et conservateur d’Israël s’étaient joints aux plaignants, ainsi que l’union mondiale pour un judaïsme progressif.

Le jugement comprend cinq pages de réfutation du refus de l’Etat de reconnaître comme juif les quatre individus qui se sont convertis au judaïsme en dehors des auspices du grand-rabbinat. Les juges Naor, Elyakim Rubinstein et Neal Hendel ont également réprimandé à plusieurs reprises le gouvernement d’aujourd’hui et des générations de politiciens pour leur extrême incapacité à mettre en place une législation claire sur la conversion.

‘La loi du retour reflète l’objectif de maintenir l’union du peuple juif en Diaspora et en Israël’

Selon Naor, une lecture large de la loi du retour de 1950 est essentielle pour que l’Etat d’Israël maintienne ses natures juive et démocratique. Il n’y a pas de place pour un traitement inégalitaire au sein de la diversité du peuple juif, a-t-elle écrit, et, par conséquent, au moins pour un objet civil laïc, le grand-rabbinat d’Israël ne peut pas être la seule autorité reconnue pour la conversion.

« Le peuple d’Israël est en fait un peuple, mais dispersé aux quatre coins du globe, et composé de beaucoup de communautés, avec des nuances différentes et des variations au sein de ces mêmes communautés. Par conséquent, la loi du retour reflète, en plus de la promotion de l’alyah, l’objectif de maintenir l’union du peuple juif en Diaspora et en Israël », écrit Naor.

Semblant réfuter l’idée que les individus utiliseraient la conversion comme un moyen d’immigration, citant le Livre de Jérémie (31:17), Naor écrit qu’une approche sectaire de la loi du retour est un anathème de l’idée de rassemblement des exilés, et par conséquent contraire à la nature essentielle de pays juif.

La portée sectaire des répondants ne permet pas cette inclusion, mais réduit plutôt de manière substantive le droit à l’alyah et ne prend pas en considération la diversité existante des communautés juives, et est donc inacceptable, a écrit Naor.

De ‘sans religion’ à juif en une nuit

Un jour après que le jugement historique de la Cour suprême qui a accepté la conversion au judaïsme en dehors des seuls auspices du grand-rabbinat israélien, le rabbin Seth Farber a déjà reçu des emails de convertis vivant en dehors d’Israël et demandant si leurs conversions au judaïsme étaient à présent considérées comme assez « casher » pour immigrer.

Un Sud-Américain, qui comme Halawa s’est converti via le tribunal ultra-orthodoxe Kurelitz, a demandé s’il pouvait immigrer « demain » en Israël, a déclaré Farber vendredi matin. Avant de transférer l’affaire à un autre avocat, l’association de Farber, Itim, qui aide les immigrants à naviguer dans le bourbier bureaucratique du grand-rabbinat, était l’un des premiers pétitionnaires de l’affaire de 2006 arrêtée jeudi par la Cour suprême.

Le dirigeant de Itim, le rabbin Seth Farber, et Martina Pagacova à la Cour suprême à Jérusalem, le 30 juin 2015 (Crédit : autorisation Itim)

Bien que cette pétitionnaire ne soit pas assurée de recevoir une reconnaissance civile parce qu’elle résidait illégalement en Israël au moment de sa conversion, le jugement sur le sujet juridique a une résonnance immédiate pour les 150 Israéliens qui se sont convertis via les tribunaux de conversion orthodoxes de Farber, indépendants et récemment fondés.

L’initiative débutante Giyur Kahalacha a été soutenue par des dirigeants halachiques respectés, comme le grand rabbin d’Efrat Shlomo Riskin, le rabbin Nachum Rabinovitch de Maale Adumim, l’ancien rabbin politicien du Shas Haim Amsalem, le rabbin d’Otniel Reem HaCohen, et le dirigeant du mouvement rabbinique Tzohar, le rabbin David Stav. Il tente de résoudre le statut problématique douloureux d’environ 400 000 immigrants en Israël qui soit ne sont pas nés juifs selon la définition halakhique, soit ne peuvent pas prouver leur origine juive à la satisfaction du rabbinat.

En opposition aux demandes de plus en plus strictes du rabbinat aux convertis potentiels, Giyur Kahalacha a une position plus accueillante et indulgente et voit la conversion comme le début de la formation à l’identité juive, pas la fin du jeu.

Farber a expliqué que le jugement de jeudi de la Cour suprême reconnaît pour la première fois qu’aujourd’hui, contrairement à l’idée du 20e siècle des mouvements juifs, la communauté juive du 21e siècle est un judaïsme de diversité.

« Il dit aussi au gouvernement qu’il y a un problème dans ce pays qui doit être résolu », a déclaré Farber.

Le rabbi d'Efrat Shlomo Riskin (deuxième à gauche) pendant un examen de conversion au tribunal rabbinique Giyur Kahalacha, en novembre 2015. (Crédit : autorisation)

Pour les convertis Giyur Kahalacha, qui résident largement en Israël en tant que non juifs avec un grand-parent juif, ce jugement leur permet d’être reconnus dans le registre de la population comme juif. Aujourd’hui, ils sont enregistrés « sans religion », a déclaré Farber.

Pour les convertis Giyur Kahalacha, jusqu’à présent, leurs conversions étaient des actes privés d’affirmation religieuse. « Mais à présent, la Cour suprême dit que l’Etat d’Israël vous reconnaît en tant que juif », a déclaré Farber.

‘Cela change la vie parce que beaucoup de nos personnes ne s’intéressent pas au rabbinat. Ils veulent savoir que l’Etat les reconnaît en tant que juifs’

« Cela a une énorme portée symbolique, a déclaré Farber. Cela change la vie parce que beaucoup de nos personnes ne s’intéressent pas au rabbinat. Ils veulent savoir que l’Etat les reconnaît en tant que juifs ; c’est très important. »

Bien que personnellement significatif, en terme d’impact pratique, Farber a reconnu qu’il y a un long chemin à faire avant que les juifs qui se sont convertis en dehors du rabbinat ne jouissent de la parité religieuse.

« C’est un jalon, mais notre objectif réel est de résoudre le problème de la conversion et de résoudre la question ‘qui est juif ?’ Il y a encore beaucoup de travail devant nous », a-t-il déclaré.

Farber, comme les juges Naor, Hendel et Rubinstein, est clairement frustré par le quasi vide juridique et l’absence de volonté pour atteindre un compromis de la part du gouvernement. Dans son long jugement, Rubinstein a détaillé pour le protocole de l’histoire des exemples indénombrables dans lesquels le progrès a été entravé par la politique.

« J’ai toujours considéré la Cour suprême comme le dernier ressort », a déclaré Farber.

Un jalon important dans la bataille pour le pluralisme religieux

L’avocate Nicole Maor a représenté les mouvements réformé et conservateur en tant que répondants à la pétition. Rentrée tard chez elle jeudi, elle a souligné l’importance de la décision.

« La Cour suprême a établi aujourd’hui qu’il y a plus d’une manière d’être reconnu comme juif dans l’Etat d’Israël. Elle a établi qu’il ne peut pas y avoir de discriminations entre les conversions faites à l’étranger et celles faites en Israël », a déclaré Maor.

Pendant des années, la communauté juive libérale a été forcée de jongler dans sa lutte pour la reconnaissance de ses conversions en Israël, au point de faire voyager ses convertis à l’étranger pour des « conversions express » puisque celles réalisées en Israël n’étaient pas considérées comme valides pour l’état civil.

Nicole Maor, avocate du centre d'action religieuse du mouvement réformé en Israël, spécialisée dans l'aide légale aux immigrants. (Crédit : autorisation)

« Bien que la décision soit liée aux conversions haredi réalisées en Israël, les bases sont posées pour un jugement établissant l’égalité des conversions réalisées dans toutes les communautés juives reconnues en Israël. Elle a nié chaque argument que l’Etat a utilisé pour essayer de justifier la non reconnaissance des conversions réformées et conservatrices pratiquées en Israël, a déclaré Maor. C’est vraiment un jalon important dans la bataille pour le pluralisme religieux en Israël. »

Dans un long email de réponse de Californie, le rabbin avocat et militant de la liberté religieuse, Uri Regev, le dirigeant de l’ONG israélienne Hiddush, a également souligné l’importance du jugement pour le pluralisme juif en cela qu’il ouvre la voie à la reconnaissance totale des conversions de la communauté juive progressive pour le statut de citoyen dans le cadre de la loi du retour.

« L’importance principale de ce jugement est qu’il clarifie à nouveau que la législation sur la question de ‘qui est juif ?’ pour des raisons d’enregistrement et d’état civil doit être définie d’une manière large et pluraliste, qui inclut la diversité des mouvements juifs qui existent au sein du peuple juif », a déclaré Regev.

En apparence, la décision de jeudi de la Cour suprême est une grande victoire pour le pluralisme religieux.

Le dirigeant du parti Shas Aryeh Deri (à gauche) avec Moshe Gafni, de Yahadout HaTorah, le 2 septembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cependant, a suggéré un Regev cynique, puisque la décision est une étape claire vers la rupture du monopole du rabbinat, les politiciens religieux de la Knesset vont sûrement se lever et légiférer pour « avorter » la décision de la Cour, comme ils l’ont fait avec d’autres jugements « progressistes », comme l’utilisation des bains rituels [mikvés] pour les conversions juives libérales en Israël.

Ou peut-être, a déclaré Regev, pour encore arriver à leurs fins, les politiciens religieux vont simplement menacer de renverser la coalition si fragile du gouvernement, comme cela semble être le cas pour le compromis égalitaire très annoncé au mur Occidental.

« Le jugement traite certes du sujet de la conversion privée », a déclaré Regev. Mais il est emblématique d’un combat bien plus profond – l’affrontement entre les pouvoirs législatif et judiciaire d’Israël concernant la nature essentielle d’Israël.

« Tous ceux qui s’inquiètent de l’identité d’Israël en tant qu’Etat à la fois juif et démocratique devraient se battre de toutes leurs forces pour empêcher une législation qui nuirait à la Cour suprême et tenterait de nier et castrer ses décisions », a déclaré Regev.

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